OPINION
02/10/2019 10:21 EDT | Actualisé 02/10/2019 10:26 EDT

Pollution par le plastique: la solution existe pourtant

Il est temps pour les bioplastiques de prendre la place qui leur revient.

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Après des décennies d’utilisation, la preuve est maintenant faite que le recyclage du plastique a échoué. La science a mis pourtant une solution à notre portée: les bioplastiques.

Le terme bioplastique a été utilisé à toutes les sauces et nous considérons ici uniquement les bioplastiques compostables, i.e. ceux qui deviennent du compost en un temps limité sans laisser de résidus nocifs. Les plastiques qualifiés de dégradables, biodégradables… ne sont que des appellations de vente sans réelle signification et ne font donc pas partie de la solution au problème.

Même s’il est clair qu’il faut limiter notre usage des plastiques, leur utilité et même leur nécessité ne fait pas de doute. Les bioplastiques peuvent remplacer les «pétroplastiques» dans la majorité des applications: en alimentation, pour les produits d’entretien domestique, d’hygiène et de soins personnels, dans l’industrie du vêtement, des souliers et des couvre-planchers, en agriculture, dans le domaine de la construction et de l’automobile…

Ils trouvent aussi nombre d’applications dans le domaine de la santé et de la médecine, à cause de leur propriété d’innocuité. Par exemple, ils sont utilisés comme endoprothèse (stent) pour les chirurgies; après quelques semaines de leur implantation, ils disparaissent, digérés par l’organisme.

La propriété de compostage des bioplastiques transforme le problème des plastiques usés en un apport très positif à l’agriculture.

 Dans un domaine tout à fait différent, puisqu’ils sont digestibles, cela permettra d’épargner la vie de millions d’animaux sauvages : ils ne mourront plus avec un estomac rempli de centaines d’objets de pétroplastique au point de ne plus rien pouvoir manger, ou empêtrés dans des sacs, des cordages ou des filets, car soit ils les digéreront, soit les bioplastiques seront en voie de compostage et l’animal pourra s’en débarrasser facilement.

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Le recyclage du plastique a échoué: pourquoi le bioplastique ferait-il mieux?

Avant d’entrer dans les détails, précisons que lors de l’introduction des pétroplastiques dans les années 1950, on ne pensait pas aux problèmes que leur popularité allait engendrer et le recyclage a été proposé sans planification comme étant LA solution qui allait régler le problème. On sait aujourd’hui qu’on recycle mondialement à peine 10% du plastique, le reste étant incinéré d’une façon ou d’une autre. Le public est très conscient qu’il faut absolument trouver une solution réelle et la science peut apporter cette solution. Mais comme tout changement majeur, cela ne se fera pas sans peine.

Voici quelques arguments en faveur de la réussite des bioplastiques:

- Ils n’utilisent pas de pétrole et ils sont carboneutres car le CO2 rejeté lors de leur compostage est compensé par celui absorbé par les plantes dont ils sont issus.

- L’une des principales raisons de l’échec des pétroplastiques, est la complexité immense du processus de triage lors de leur récupération: le terme «collecte sélective» laisse déjà entrevoir les problèmes du tri à la maison, puis dans les centres de tri. Séparer des quantités astronomiques d’objets de matières différentes, avec des additifs parfois dommageables pour la santé, relève de l’impossible.

Actuellement, le tri des pétroplastiques pose des problèmes insurmontables.

Les bioplastiques éliminent cet obstacle car tous les bioplastiques seront placés sans tri avec les déchets organiques (même ceux qui sont compostables-maison), même s’ils sont souillés par des aliments, car ils sont décomposés par des bactéries qui les transforment en compost ou en méthane selon la méthode utilisée. En prime, en éliminant la plupart des plastiques de la collecte sélective, on facilite d’autant le recyclage des papiers, des métaux et du verre restant.

- Du point de vue environnemental, les bioplastiques éliminent les montagnes et les «continents» de plastique usé et les remplacent par du compost, permettant par le fait même d’utiliser moins d’engrais issu du pétrole. La propriété de compostage des bioplastiques transforme le problème des plastiques usés en un apport très positif à l’agriculture.

C’est quoi, un bioplastique?

Il existe des centaines de sortes de bioplastiques, qui sont faits à partir de végétaux et de produits organiques. La seule propriété que nous allons considérer ici est leur capacité à se composter. À cette fin nous allons considérer les deux sortes les plus populaires et les plus prometteuses.

L’une est fabriquée par des bactéries (un peu comme dans la fermentation): ce sont les PHA (pour polyhydroxyalkanoate). Cette famille est constituée de plus de cent variétés de bioplastiques formés par des bactéries qui utilisent la matière organique comme «nourriture». Au cours des dernières années, beaucoup de recherches ont été orientées vers l’utilisation de matière non comestibles pour les nourrir.

Cette grande diversité de variétés en fait un substitut partiel pour le PET (catégorie 1 des pétroplastiques, dont on fait les bouteilles), les polyéthylènes haute et basse densité (catégories 2 et 4), le PVC (cat 3), le polypropylène (cat 5) et le polystyrène (cat 6).

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Le PHA a la propriété très intéressante d’être «compostable-maison»: il se composte un peu à la manière du papier ou du bois, dans la terre ou dans l’eau, à température ambiante, en un temps qui dépend de l’épaisseur: pour des sacs, le temps de compostage est de l’ordre de deux à quatre semaines. Lorsque les bioplastiques seront universellement adoptés, tout objet qui risque de se retrouver dans la nature devra être fabriqué de ce matériau, afin d’éliminer toute accumulation de plastique dans la nature.

L’autre variété de bioplastique, dont l’exemple le plus courant est le PLA (pour acide polyactique). On utilise entre autres de l’amidon pour le fabriquer. Il ne se composte pas à moins d’être porté à 60 degrés Celsius. S’il est jeté dans la nature, il ne se compostera pas plus que le pétroplastique.

Pour éviter les problèmes de compostage, il faut donc que TOUS les bioplastiques soient traités dans les centres de compostage ou de biométhanisation, car même les PHA, s’ils sont trop épais, prendront plus de temps pour devenir du compost ou  du méthane.

Si les bioplastiques sont si extraordinaires, pourquoi ne sont-ils pas déjà là?

Le recyclage du plastique est devenu une très grosse entreprise mondiale, dans laquelle il y a des enjeux considérables, des points de vue politique et commercial, ce qui entraîne des luttes de pouvoir et d’influence. À cela, il faut ajouter que le recyclage du pétroplastique se heurte de front au compostage des bioplastiques.

Actuellement, le tri des pétroplastiques pose des problèmes insurmontables. On ne peut pas distinguer à l’œil un pétroplastique d’un bioplastique, et si on mélange les deux lors de l’opération de recyclage, on gaspille le tout qui devient impropre au recyclage. D’où le fait que même beaucoup d’environnementalistes sont opposés au bioplastique, allant jusqu’à faire imposer des taxes exorbitantes aux bioplastiques. (D’après la grille tarifaire en cours au Québec, l’utilisateur de PLA doit payer 7 fois plus que s’il utilisait du polyéthylène haute densité HDPE.)

Ce qu’il faut pour permettre aux bioplastiques de prendre la place qui leur revient

Il faudra minimalement que les conditions suivantes soient remplies:

- La plus évidente est qu’il faut obliger les centres de compostage et de méthanisation à accepter les bioplastiques. Actuellement, les bioplastiques sont envoyés au dépotoir. 

 - Identifier très clairement les bioplastiques pour éviter le mélange des plastiques d’origine différente; on pourrait envisager par exemple de marquer d’un code de couleur spécifique tout objet de bioplastique. 

- Implanter la récupération des déchets organiques partout où ce n’est pas déjà le cas. Ça va coûter cher? Sans doute, mais certainement moins cher que de se débarrasser de ces déchets de façon sécuritaire, sanitaire, et responsable. De plus, la vente de compost et de méthane comblera en partie les coûts de la récupération.

- Lancer une campagne de publicité expliquant que TOUT bioplastique et seulement le bioplastique doit aller dans le bac avec les déchets organiques.

- Certains pays ont déjà accepté les sacs et les emballages de bioplastique dans la restauration rapide. L’Italie et la France, entre autres, permettent des plastiques «biosourcés» en restauration rapide. On construit actuellement des usines de fabrication de bioplastique en Amérique, en Europe, en Asie et en Afrique. 

Chaque année qui passe accumule des millions de tonnes de plastique qu’il faudra bien un jour faire disparaître: le coût sera astronomique. Chaque année, des millions de poissons, de cétacés, d’oiseaux… meurent à cause des plastiques. La solution pour mettre fin à cela existe, aurons nous le courage de l’appliquer?