POLITIQUE
29/11/2019 08:07 EST | Actualisé 29/11/2019 14:33 EST

Québec donne la priorité à l'économie dans sa nouvelle politique internationale

Avec le gouvernement caquiste, on passe clairement d’une ère de diplomatie d’«influence», plus politique, à une diplomatie économique.

Jacques Boissinot/La Presse canadienne
Photo d'archives de François Legault.

Le gouvernement Legault confirme dans sa nouvelle politique internationale, dévoilée vendredi matin à Montréal par la ministre Nadine Girault, sa détermination à donner la priorité absolue à l’économie dans les relations du Québec avec l’étranger.

Dans le document d’une soixantaine de pages, intitulé “Le Québec: Fier et en affaires partout dans le monde”, il émane clairement une vision affairiste du rayonnement du Québec à l’étranger.

Avec le gouvernement caquiste, on vient de passer d’une ère de diplomatie d’“influence”, plus politique, à une diplomatie économique, basée sur une relation d’affaires entre le Québec et le monde.

En mêlée de presse après avoir présenté la nouvelle politique à un parterre de gens d’affaires à la Maison des régions à Montréal, la ministre des Relations internationales, Nadine Girault, a insisté sur le fait que la diplomatie économique vient s’ajouter à ce qui se fait déjà dans les délégations québécoises et non pas remplacer tout le reste.

“On faisait certaines activités économiques de manière sporadique, maintenant ça devient un focus, mais on continue à faire notre diplomatie d’influence aussi, a-t-elle déclaré. La base, la fondation de notre travail demeure. Ce qu’on fait, c’est qu’on s’en sert comme levier, dans les endroits où on a la capacité de le faire pour mettre un étage économique au-dessus.”

Afin d’appuyer davantage le virage économique de l’annonce, la ministre était entourée du président du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), Pierre Lemonde, et de la vice-présidente stratégie et affaires économiques de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Kathy Megyery.

“L’action internationale du Québec contribuera ainsi davantage à la fois à attirer les investissements étrangers, à accroître les exportations, à recruter la main-d’oeuvre et les talents ainsi qu’à promouvoir l’innovation québécoise, le tout dans une perspective de développement durable”, peut-on lire dans le document.

Dans son mot de présentation, le premier ministre François Legault donne le ton dès la première phrase: “Depuis plus d’un an, notre gouvernement s’affaire à renforcer la présence économique du Québec à l’étranger. Notre équipe de ministres multiplie les missions pour présenter les atouts du Québec et pour faire rayonner notre culture, nos talents et nos entreprises.”

Essentiellement, les grands axes de la politique étaient déjà connus: attirer davantage d’investisseurs étrangers et trouver de nouveaux marchés pour les PME du Québec.

En matière d’exportations, le gouvernement se donne des objectifs ambitieux.

En 2018, la valeur des exportations internationales de biens et de services représentait près de 30 pour cent du PIB. D’ici cinq ans, Québec veut faire grimper cette proportion à 50 pour cent de la valeur du PIB.

Le gouvernement cherchera à diversifier les marchés d’exportation, conscient que 70 pour cent des biens exportés par le Québec vont vers les États-Unis.

Une stratégie spécifique viendra plus tard “aider nos entreprises à s’implanter dans de nouveaux pays”.

Le gouvernement Legault veut “décupler la force économique du Québec à l’étranger”, en faisant en sorte d’être beaucoup plus proactif dans les démarches effectuées pour attirer d’éventuels investisseurs.

Comme jamais, le réseau diplomatique du Québec sera mis à contribution pour la prospection d’investisseurs et de nouveaux marchés.

Les chefs de poste devront assurément soutenir activement le virage économique du gouvernement. Ils auront désormais des cibles à atteindre sur leur territoire respectif.

Le Québec compte 33 représentations implantées dans 18 pays, soit 8 délégations générales, 5 délégations (dont 4 aux États-Unis), 13 bureaux, 5 antennes et 2 représentations en affaires multilatérales. Il n’est pas question pour le moment d’apporter de changements au réseau.

“On n’est pas rendu là. Il va découler de la stratégie internationale une stratégie de développement des marchés étrangers et là on va regarder vraiment comment on se positionne dans chacun des pays”, a précisé la ministre Girault.

En attendant, le gouvernement dit vouloir “réinventer” ses représentations du Québec à l’étranger, pour en faire des carrefours d’appui, qu’il s’agisse d’artistes, d’investisseurs ou d’entrepreneurs.

On veut en faire de “véritables vitrines économiques de la modernité québécoise”, et sur le plan physique des “espaces ouverts, numériques, collaboratifs et innovants”.

Mario Beauregard/La Presse canadienne
Photo d'archives de Nadine Girault.

Aux yeux de la ministre Girault, il importe désormais “d’augmenter notre force de frappe économique et reconnaître à nos chefs de poste à l’étranger un rôle prédominant dans l’atteinte de nos objectifs économiques sur l’ensemble des marchés internationaux”, écrit-elle dans sa politique.

Quelques chefs de poste ont d’ailleurs fait une brève apparition durant la conférence de presse, par la voie de capsules vidéo. On a pu entendre Fatima Houda-Pepin, depuis Dakar, David Brulotte, depuis Tokyo, et Michèle Boisvert, depuis Paris.

Pour assurer ce rayonnement économique, Investissement Québec ne sera jamais loin, notamment par l’intermédiaire de sa nouvelle filiale Investissement Québec International.

Investissement Québec disposera à terme de moyens renforcés pour déployer ses actions à travers le réseau des délégations. On verra à accompagner les entreprises étrangères non présentes au Québec pour les aider à s’y implanter.

On visera également les filiales d’entreprises étrangères installées sur le territoire québécois, afin qu’elles y réinvestissent et y fassent croître leurs activités.

La cible retenue par le gouvernement est de doubler d’ici cinq ans les investissements privés sous contrôle étranger effectués au Québec.

Le gouvernement va donc dans les prochaines années multiplier les missions à l’étranger et accueillir davantage de délégations d’investisseurs étrangers.

On va aussi ouvrir les bras aux diverses organisations internationales, pour les inviter au Québec, et augmenter le démarchage destiné à accueillir chez nous davantage d’événements internationaux, source importante de retombées économiques.

Le gouvernement veut aussi miser sur ses ressources naturelles pour accroître son rayonnement économique international.

″À l’échelle mondiale, l’évolution des technologies entraîne une augmentation marquée de la demande de ressources naturelles, notamment des métaux critiques et stratégiques tels que le lithium, le graphite et les éléments de terres rares, pour lesquels il existe des possibilités de production au Québec”, peut-on lire dans le document.

Le gouvernement confirme aussi son projet de revoir le mandat de l’émissaire de la lutte aux changements climatiques, Jean Lemire, pour ajouter à ses tâches un volet économique de prospection d’investisseurs et de marchés. Il dirigera une équipe formée de représentants de plusieurs ministères.

Au cours de sa présentation, Nadine Girault a parlé de la lutte aux changements climatiques comme d’une “occasion d’affaires” dont il faut savoir “tirer profit”.

Elle a précisé en mêlée de presse que son ministère s’intéressait aux opportunités d’affaires et que la lutte aux changements climatiques était plutôt du ressort du ministère de l’Environnement.

On n’a pas oublié les artistes, toujours sous l’angle économique.

Québec veut appuyer les artistes, les entreprises et les organismes culturels dans leurs actions de développement de marchés internationaux. On veut par exemple renforcer le soutien aux tournées ainsi qu’à la diffusion et à l’exportation des productions culturelles québécoises.

Le gouvernement confirme aussi la création d’un Institut de la diplomatie du Québec, destiné à mieux former les futurs diplomates du Québec.

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