POLITIQUE
27/12/2019 14:23 EST

L'année 2019 sur la scène fédérale en 12 événements

Ce fut une année chargée en politique fédérale.

La Presse canadienne
Andrew Scheer, Justin Trudeau et Jody Wilson-Raybould.

OTTAWA — Douze des événements qui ont marqué les 12 mois de 2019 sur la scène fédérale.

Janvier: Congédiement de John McCallum, ambassadeur canadien à Pékin

L’arrestation à Vancouver d’une dirigeante de Huawei, à la demande des États-Unis qui réclament son extradition, causait déjà de sérieux ennuis au Canada depuis plus d’un mois. La dame a été arrêtée le 1er décembre 2018. La trop grande candeur de l’ambassadeur canadien à Pékin, lors d’entrevues accordées à des journalistes torontois, pousse Justin Trudeau à réclamer la démission de John McCallum. M. McCallum a eu la mauvaise idée de faire remarquer que Meng Wanzhou pourrait utiliser certaines déclarations de Donald Trump pour convaincre un juge canadien de refuser la demande d’extradition faite par Washington. Le mauvais sort subi par l’ambassadeur déchu est enviable lorsque comparé à celui de Michael Spavor et Michael Kovrig, tous deux encore détenus, sans raison, à Pékin.

Février: Un article du Globe and Mail démarre la saga SNC-Lavalin

Commence alors l’étalage de la colère de Jody Wilson-Raybould, rétrogradée en janvier du ministère de la Justice à celui des Anciens Combattants. La ministre laisse entendre, puis dit de plus en plus clairement, qu’elle estime que le bureau du premier ministre lui a fait subir des pressions pour qu’elle intervienne et évite un procès à SNC-Lavalin. Avant la fin du mois, le secrétaire principal du premier ministre, Gerald Butts, aura démissionné, les comités parlementaires se seront régalés des témoignages des uns et des autres, et le chef de l’opposition officielle aura réclamé la démission de Justin Trudeau «qui a perdu l’autorité morale de gouverner», de l’avis d’Andrew Scheer.

Mars: Le budget fédéral déposé dans le bruit et le chaos

Andrew Scheer et ses députés conservateurs retardent le discours du ministre Bill Morneau aux Communes pour garder les projecteurs sur l’affaire SNC-Lavalin. Selon le chef conservateur, le budget fédéral n’est qu’un exercice de camouflage. M. Scheer refuse ainsi de dire ce qu’il pense du contenu du budget.

Avril:Jane Philpott et Jody Wilson-Raybould expulsées du caucus libéral

Justin Trudeau arrache finalement le pansement, malgré la douleur. Le soir du 2 avril, il expulse les deux ex-ministres qui, depuis des semaines, multipliaient les sorties contre lui tout en demeurant députées libérales. Ça ne suffira pas pour étouffer l’affaire SNC-Lavalin qui continuera à servir l’opposition, surtout conservatrice, jusqu’à la campagne électorale de l’automne suivant.

Mai: Entente entre le Canada et les États-Unis pour lever les tarifs sur l’acier et l’aluminium

Donald Trump avait imposé ces tarifs en juin 2018 pour, a-t-on cru, influencer les négociations de la nouvelle version de l’ALÉNA. Ottawa avait répliqué en imposant ses propres tarifs. Lorsque le nouvel Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) a été conclu en octobre 2018, c’était au tour du Canada de laisser entendre qu’il ne serait pas ratifié tant que Washington imposait ses tarifs sur les exportations canadiennes. La querelle des tarifs a pris fin le 17 mai 2019.

Juin:Publication du rapport de l’enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées

L’enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées arrive à une dure conclusion: c’est un génocide. Le mot gêne la classe politique à Ottawa qui hésite à le reprendre à son compte le jour du dévoilement du rapport, le 3 juin. Le lendemain, le premier ministre Justin Trudeau se ravise et prononce le mot. Mais son bureau continuera à assurer que cela n’engage en rien le gouvernement d’un point de vue légal.

Juillet:Nicolas Kasirer choisi comme troisième juge québécois à la Cour suprême du Canada 

Le choix est la conclusion d’un nouveau processus qui, pour la première fois, implique le gouvernement québécois dans la sélection d’un juge du plus haut tribunal du pays. La ministre québécoise de la Justice, Sonia LeBel, a mené ses propres consultations à la suite du rapport d’un comité consultatif indépendant dont la majorité des membres étaient choisis par Québec. Le premier ministre du Québec, François Legault, a ensuite eu un entretien avec le premier ministre Trudeau pour lui faire part de ses recommandations. Le choix final revenait à Justin Trudeau mais on a su que le juge Kasirer était le premier choix de Québec.

Août:Le commissaire fédéral à l’éthique conclut que Justin Trudeau a contrevenu à la Loi sur les conflits d’intérêts dans l’affaire SNC-Lavalin

Le commissaire Mario Dion estime que le premier ministre a usé de son autorité auprès de Jody Wilson-Raybould, alors ministre de la Justice et procureure générale, pour la convaincre de conclure un accord de poursuite suspendue avec SNC-Lavalin. Il écrit: «La preuve a démontré que M. Trudeau a tenté d’influencer la procureure générale de diverses façons, tant directement que par le biais de personnes sous son autorité.» De l’avis du commissaire, M. Trudeau aurait favorisé les intérêts de l’entreprise s’il avait obtenu ce qu’il voulait. Les gestes posés pour favoriser ces intérêts étaient donc irréguliers. Autant de munitions qui seront utilisées à répétition par les conservateurs d’Andrew Scheer durant la campagne électorale.

Septembre: Déclenchement de la campagne électorale le 11 septembre

Au moment du déclenchement, le Parti libéral détenait 177 sièges, le Parti conservateur 95, le Nouveau Parti démocratique 39, le Bloc québécois 10, le Parti vert deux. Il y avait huit députés indépendants, dont les ex-libérales Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott. Le Parti populaire du Canada avait pour seul élu son chef Maxime Bernier. Et un ancien député néo-démocrate s’identifiait comme appartenant à la Fédération du Commonwealth coopératif. Cinq des 338 sièges étaient vides. Le premier des 40 jours de la campagne électorale fédérale aura été l’occasion pour Justin Trudeau de dire, enfin, sa position sur une éventuelle participation du gouvernement fédéral à la contestation de la loi québécoise sur la laïcité. C’est non, «pour l’instant».

Octobre: Trudeau réélu mais à la tête d’un gouvernement minoritaire

Le résultat du 21 octobre: 157 PLC, 121 PCC, 32 Bloc québécois, 24 NPD, 3 Parti vert et une indépendante. Dès le lendemain, tous les leaders perdants, à une exception près, assurent qu’ils sont là pour rester. Andrew Scheer réussit à résister, pendant 50 jours, aux militants qui lui reprochent la défaite. Il démissionnera le 12 décembre. Jagmeet Singh réussit à convaincre ses troupes qu’avec seulement 24 députés il fera plier le gouvernement libéral minoritaire sur certains enjeux comme un régime national d’assurance-médicament. Yves-François Blanchet considère comme une victoire éclatante l’élection de 32 députés bloquistes au Québec. Elizabeth May cède la place à une leader par intérim, Jo-Ann Roberts, en attendant l’élection d’un nouveau chef pour le Parti vert en octobre 2020.

Novembre:Formation du nouveau conseil des ministres du second mandat Trudeau

Des Québécois prennent du gallon. François-Philippe Champagne devient ministre des Affaires étrangères. Mais c’est Chrystia Freeland, devenue vice-première ministre, qui garde le contrôle sur la relation étrangère la plus importante, celle avec le voisin américain. Steven Guilbeault est nommé ministre... du Patrimoine, à la grande déception de ses anciens alliés environnementalistes.

Décembre:Signature de la nouvelle version de l’ACEUM

Le Canada, les États-Unis et le Mexique s’entendent, pour la deuxième fois, sur une nouvelle version de l’accord de libre-échange qui remplacera l’ALÉNA. Dès la signature de l’ACEUM, des voix au Québec reprochent à Ottawa de ne pas avoir assuré une protection au secteur de l’aluminium semblable à celle obtenue pour l’acier. Pendant que le Bloc fait ses choux gras en Chambre de ce «sacrifice» dont est victime le Québec, le premier ministre François Legault et l’Association de l’aluminium du Canada réclament la ratification au plus vite de l’accord, malgré leur déception.

Le 13 décembre, les Communes ferment leurs portes jusqu’au 27 janvier 2020. Le gouvernement minoritaire peut souffler... pour quelques semaines.

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