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14/09/2020 12:04 EDT | Actualisé 14/09/2020 12:06 EDT

J'ai pris du poids pendant le confinement et mon corps me remercie

Même si mon corps ne s'est pas encore complètement remis, voilà comment je me sens avec un poids sain post-confinement.

HuffPost UK
J’ai passé une grande partie du confinement cachée dans des salopettes et des t-shirts amples, soulagée de ne pas avoir à sortir pour ne pas croiser des gens qui se rendraient inévitablement compte de ma prise de poids.

Si je vous disais que j’ai gagné du poids pendant le confinement, que penseriez-vous de moi?

Il y a de grandes chances que les mots «gourmande», «paresseuse» et «en mauvaise santé» vous viennent à l’esprit, et ce même si vous vous considérez plutôt sensible au mouvement «body positive». Vous avez peut-être en tête des images de Bridget Jones en train de se gaver de crème glacée, affalée sur son canapé, ou du petit garçon qui se goinfrait de gâteau au chocolat dans le film Matilda.

Je ne vous le reproche pas. Ce n’est pas votre faute. Que nous choisissions d’adhérer à ce discours consciemment ou non, nous avons été conditionnés par les médias et la rhétorique culturelle à croire que prendre du poids, c’est «mal» et qu’en perdre, c’est «bien». Ceux qui prennent du poids «se laissent aller», tandis que ceux qui en perdent sont disciplinés et savent se contrôler. Je souffre d’un trouble alimentaire et cette mentalité m’épuise.

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Au début du confinement en mars, j’étais en pleine rechute d’anorexie, un trouble alimentaire contre lequel je me bats depuis sept ans. J’avais emménagé en colocation, en janvier, et j’ai immédiatement repris de vieilles habitudes dont les répercussions sur mon corps commençaient à se faire sentir. Quelques semaines après le début du confinement, je me suis retrouvée au chômage et j’ai donc décidé, à contrecœur, de retourner vivre chez mes parents pour économiser et fuir ce qui était alors l’épicentre de la pandémie.

Même si mon corps ne s'en est pas encore tout à fait remis à l'intérieur, j'arrive à maintenir un poids sain depuis deux mois.

Même si mon trouble alimentaire m’a fait vivre un enfer, enveloppée à nouveau dans la sécurité du foyer familial, j’ai peu à peu repris des forces. J’ai recommencé à manger à heure fixe, repris ma thérapie via Zoom et pris du poids. Avec l’aide de mon thérapeute, j’ai réalisé que je ne souhaitais pas être encore empêtrée dans des problèmes d’alimentation, de calories et d’image corporelle quand, dans cinq ans, je fêterai mon 30e anniversaire.

Et pourtant, je me sentais répugnante, sur le point de pleurer à chaque fois que je me voyais dans le miroir, et mon humeur du jour dépendait des chiffres qu’affichait la balance. J’ai passé une grande partie du confinement cachée dans des salopettes et des t-shirts amples, soulagée de ne pas avoir à sortir pour ne pas croiser des gens qui se rendraient inévitablement compte de ma prise de poids.

Nous sommes maintenant en septembre, et même si mon corps ne s’en est pas encore tout à fait remis à l’intérieur, j’arrive à maintenir un poids sain depuis deux mois. J’ai l’air en bonne santé et non plus anorexique. La tâche n’a pas été trop ardue, car je n’avais que deux mois de comportements néfastes à rattraper. J’ai commencé à porter des vêtements plus moulants, et ma tête s’habitue doucement aux changements de mon corps. J’apprends à accepter que je n’ai pas besoin d’avoir l’air malade pour exprimer ce que je ressens.

Cette partie de mon rétablissement aurait été difficile dans le meilleur des cas. J’ai connu la prise de poids forcée à l’hôpital et le rétablissement à domicile, mais cette fois, ça a été doublement pénible avec les encouragements du gouvernement et des médias à perdre du poids après le confinement. Même si je ne me sens pas visée par cette campagne, le discours ambiant n’en est pas moins néfaste et envahit insidieusement mes pensées. Pour prendre du poids, j’ai dû enfiler des œillères.

Au cours des derniers mois, j'ai appris à respecter mon corps sain pour ce qu'il me permet de faire, et ce même lorsque me regarder dans le miroir me donne envie de pleurer.

Quand on est obnubilé par les chiffres sur la balance et qu’on veut flotter dans ses vêtements, voir l’inverse se produire engendre une véritable souffrance physique. Mais, comme de nombreux professionnels me l’ont dit au fil des ans, les choses deviennent plus faciles. J’ai toujours cru qu’il s’agissait de mensonges diaboliques pour que je mange plus, alors que je pleurnichais sur une assiette de pâtes. J’ai du mal à le reconnaître, mais j’ai découvert que de nombreux troubles alimentaires se surmontaient en adoptant des comportements qui allaient à l’encontre de son instinct, en espérant que le cerveau finisse par comprendre le message. Au cours des derniers mois, j’ai appris à respecter mon corps sain pour ce qu’il me permet de faire, et ce même lorsque me regarder dans le miroir me donne envie de pleurer.

Tous ceux et celles qui souffrent de troubles alimentaires ne sont pas cliniquement en sous-poids, mais ont peut-être besoin de prendre un peu de poids pour atteindre un IMC raisonnable. Si vous vous restreignez ou que vous vous faites vomir, recommencer à manger plus intuitivement et «normalement» va sans doute vous faire prendre du poids. De la même façon, toutes les personnes qui grossissement sainement ne souffrent pas d’un trouble alimentaire. Certaines ont pris du poids lors du confinement parce qu’elles ont eu plus de temps pour bien s’occuper d’elles-mêmes.

Je sais d’expérience à quel point il est dangereux de fêter la perte de poids pour ensuite froncer les sourcils face à quelques kilos repris. Aucun de ces deux événements ne devrait définir la valeur ou le caractère d’une personne, et la perte ou la prise de poids peuvent toutes deux améliorer la santé globale et le bien-être d’une personne.

J’ai pris du poids, mais j’ai aussi gagné en vie sociale, en temps de qualité avec ma famille, en bien-être émotionnel, en joie, en liberté et en spontanéité. Je souris à la vie, avec les hauts et les bas et toutes les complications émotionnelles que ça implique.

Ce texte, initialement publié sur le HuffPost Royaume-Uni, a été traduit de l’anglais pour le HuffPost France.