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26/11/2019 14:48 EST | Actualisé 26/11/2019 18:52 EST

Plus de permis d'infirmières... mais le manque de ressources persiste

Et pourtant, seulement 60 pour cent des infirmières travaillent à temps complet.

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MONTRÉAL — Alors que l’Ordre des infirmières et infirmiers a délivré un nombre record de permis d’exercice pour 2018-2019, le milieu de la santé se plaint toujours d’un manque de ressources sur le terrain. Et seulement 60 pour cent des infirmières travaillent à temps complet.

L’ordre professionnel des infirmières a dévoilé, mardi, son portrait annuel des effectifs pour l’exercice 2018-2019. Ce sont ainsi 76 360 infirmières qui sont inscrites au tableau de l’ordre, dont 75 529 actives. (Les inactives peuvent être retraitées).

L’Ordre a délivré 3893 permis d’exercice cette année. Il s’agit d’un nouveau record, qui dépasse celui de 2015-2016.

Pourtant, malgré ces augmentations, l’Ordre déplore un «manque de ressources criant sur le terrain».

«On trouve qu’il y a un paradoxe là, parce que nos effectifs nous démontrent qu’on n’arrête pas d’ajouter des infirmières — 3900 au cours de la dernière année — mais, d’autre part, les milieux cliniques nous disent qu’ils sont en situation de pénurie. Alors il y a quelque chose à explorer là, pour voir ce qui peut expliquer ça», a souligné en entrevue Luc Mathieu, président de l’Ordre. 

Pourquoi?

L’une des explications de ce paradoxe réside dans le fait que seulement 60 pour cent des effectifs infirmiers travaillent à temps complet. Et la proportion de temps complet tombe même à 26 pour cent chez les plus jeunes.

La Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) — l’organisation syndicale qui représente 76 000 infirmières, infirmières auxiliaires et autres — a déjà déploré le fait que des directions d’établissements n’ouvrent pas de postes à temps complet.

«Ouvrir des postes à temps complet, oui, mais il faut que ce soit attrayant», a opiné M. Mathieu.

Le rapport de l’OIIQ note une «timide remontée du taux d’emploi à temps complet». Celui-ci est passé de 58,5 à 59,9 pour cent.

«Il y a certains établissements de santé où il y a peu ou pas de pénurie. La question qu’on peut se poser, c’est: est-ce que ce sont des modes d’organisation de soins, est-ce que ce sont des politiques, des procédures qui sont mises en place qui font en sorte qu’il y en a peu ou pas? Ou au contraire qui accentuent les situations de pénurie?» demande-t-il.

 Une autre raison déjà évoquée pour expliquer cette faible proportion d’infirmières à temps complet est l’obligation parfois faite à celles qui détiennent un poste à temps complet de faire des heures supplémentaires obligatoires.

«Une infirmière, si elle travaille à temps complet et si elle sait qu’elle va se faire imposer du temps supplémentaire obligatoire, peut-être qu’elle va se dire: ‘moi je vais prendre un temps partiel trois jours et si je fais deux ou trois TSO, bien je vais avoir travaillé l’équivalent d’un temps complet’ », a illustré M. Mathieu.

Une pénurie artificielle, dit la FIQ

La FIQ retrouve dans ces chiffres des munitions pour étayer ce qu’elle dit depuis des années. Avec 60 pour cent des infirmières à temps complet seulement, «il faut revoir l’organisation du travail, et ce, pour l’ensemble de l’équipe de soins», a commenté sa présidente, Nancy Bédard, dans un communiqué.

«L’argument de la pénurie ne peut plus expliquer tous les maux du réseau. La pénurie est en grande partie une pénurie artificielle et ni le gouvernement ni les employeurs ne peuvent se cacher derrière elle pour expliquer tous les problèmes du réseau. Les problèmes vécus sont en grande partie la résultante des mauvaises décisions prises dans les dernières années et qui perdurent encore dans le réseau», a poursuivi Mme Bédard.

Moins de départs

L’Ordre a aussi remarqué une diminution des départs dans toutes les tranches d’âge. Ainsi, 3690 membres qui étaient inscrits pour l’exercice 2017-2018 n’ont pas renouvelé leur inscription en 2018-2019.

De ce nombre, 2033 étaient âgées de 55 ans et plus. Or, le nombre de départs dans cette catégorie d’âge était en constante augmentation depuis sept ans, affirme-t-on dans le rapport sur les effectifs. Il avait atteint un sommet de 2700 en 2017-2018.

L’OIIQ souligne que le taux de rétention dans la profession est de 90 pour cent, malgré les conditions de travail souvent difficiles. «Elles ont à coeur ce qu’elles font», conclut M. Mathieu.

À l’opposé, il y a eu 4965 entrées dans la profession, dont 1121 retours au tableau de l’ordre.

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