COVID-19: les articles jetables ne sont pas plus sûrs que les réutilisables, disent des experts en santé

Un nouveau sondage révèle par ailleurs qu'une majorité de Québécois souhaite toujours voir les plastiques à usage unique être interdits cette année.
Dès le début de la pandémie, de nombreux détaillants ont interdit les gobelets et sacs réutilisables, citant le risque de contamination. Or, les articles à usage unique ne seraient pas moins susceptibles de transmettre la COVID-19.
Dès le début de la pandémie, de nombreux détaillants ont interdit les gobelets et sacs réutilisables, citant le risque de contamination. Or, les articles à usage unique ne seraient pas moins susceptibles de transmettre la COVID-19.

Remplacer les contenants et sacs réutilisables par des articles de plastique à usage unique ne permet pas de réduire le risque de propagation de la COVID-19 et pourrait causer du tort à la santé publique, estiment 119 experts du domaine de la santé.

«Le plastique à usage unique n’est pas intrinsèquement plus sûr que les contenants réutilisables, et pose des problèmes supplémentaires de santé publique une fois jeté», écrivent des experts de 18 pays, dont le président de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, dans une déclaration publiée lundi par Greenpeace et Upstream, une ONG qui lutte contre la pollution plastique.

D’abord, la lettre signée par des médecins, des infirmières, des scientifiques et des experts en santé publique souligne que «les preuves disponibles indiquent que le virus se propage essentiellement par l’inhalation de gouttelettes aérosolisées, plutôt que par contact avec des surfaces».

S’il est théoriquement possible d’attraper la COVID-19 en se touchant la bouche, le nez ou les yeux après avoir touché une surface infectée, «nous ne croyons pas qu’il s’agisse du principal mode de transmission du virus», écrit le Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies sur son site web.

Par ailleurs, les signataires rappellent que le virus SARS-CoV-2 responsable de la COVID-19 peut survivre de deux à trois jours sur une surface de plastique, qu’il soit à usage unique ou non.

«Pour prévenir la transmission par des objets et des surfaces, on peut supposer que tout objet ou surface dans un espace public - réutilisable ou jetable - pourrait être contaminé par le virus», avertissent-ils. Il est donc impératif de respecter les normes d’hygiène de base en tout temps.

C’est d’ailleurs ce qu’ont répété plusieurs autorités sanitaires au sujet des gants depuis de la début de la pandémie.

«Quand on porte des gants et qu’on a touché partout, si on ne les enlève pas adéquatement, on se contamine», avertissait le directeur national de la santé publique du Québec, Dr Horacio Arruda, en mars. Il faisait écho à une déclaration de l’Agence canadienne de santé publique, qui avait rappelé quelques jours plus tôt que les gants peuvent facilement être contaminés et qu’il est plus sécuritaire de privilégier un lavage des mains fréquent.

Lavez, lavez

Les signataires de la déclaration estiment que l’utilisation d’articles réutilisables peut se faire en toute sécurité, même dans le contexte de la pandémie, en respectant les règles d’hygiène de base.

«Rien ne remplace une hygiène rigoureuse», écrivent-ils. «Les articles réutilisables ne présentent aucun danger dans la mesure où ils sont nettoyés à l’eau chaude et au savon.»

Il semble y avoir peu de chance d'attraper la COVID-19 en manipulant un objet infecté. Et le risque est le même, qu'il s'agisse d'un objet à usage unique ou d'un article réutilisable.
Il semble y avoir peu de chance d'attraper la COVID-19 en manipulant un objet infecté. Et le risque est le même, qu'il s'agisse d'un objet à usage unique ou d'un article réutilisable.

Ils encouragent les détaillants et les restaurateurs à se conformer aux codes de sécurité alimentaire et sanitaire, à appliquer les mesures de désinfection supplémentaires recommandées par les autorités locales de santé publique et à mettre en place un protocole «sans contact» lorsque le client amène son propre sac ou sa propre tasse.

Les experts en profitent également pour exhorter les détaillants à protéger leur personnel en leur offrant des congés de maladie payés, en leur fournissant des équipements de protection individuelle et en exigeant que la clientèle porte un masque et pratique la distanciation physique.

Les plastiques jetables, toujours dans la mire

Depuis le début de la pandémie, des acteurs des industries pétrolière et pétrochimique ont intensifié leurs activités de lobbying auprès du gouvernement canadien, selon une analyse du Registre des lobbyistes faite par Greenpeace Canada.

L’ONG a recensé quelque 416 communications entre des fonctionnaires fédéraux et des lobbyistes associés à ces secteurs d’activités entre le 12 mars et le 31 mai 2020, pour une moyenne de plus cinq échanges par jour depuis le début de la pandémie.

«Pour eux, la pandémie a été... j’ai envie de dire une aubaine», déplore Agnès Le Rouzic, chargée de la campagne Océans et plastique pour Greenpeace Canada. «Ils ont vraiment travaillé fort pour convaincre que les plastiques sont plus “sanitaires” que les articles réutilisables, alors que c’est faux.»

Alors que l’économie reprend peu à peu, elle ne voudrait pas nous voir perdre les bonnes habitudes qu’il nous a fallu du temps à prendre, comme l’utilisation de gobelets, de gourdes et de sacs réutilisables.

Greenpeace souhaite voir le gouvernement fédéral de Justin Trudeau respecter son engagement d’interdire les plastiques à usage unique d’ici l’an prochain. Et un sondage d’Abacus Data publié lundi par l’organisme Oceana Canada révèle que 86% des Canadiens sont toujours favorables à cette interdiction, malgré la pandémie.

Sayara Thurston, responsable de campagne pour l’organisme de protection des océans, estime même que la pandémie a renforcé la volonté de la population de se débarrasser de ces items polluants.

«Cette crise, c’est un moment où on pense à ce qu’on voudrait pour la société, dit-elle. On est en train de réfléchir à ce qu’on aimerait voir pour le futur, parce qu’on est bouleversé.»

«On espère que, malgré la pandémie, ce dossier continue à avancer.»

- Sayara Thurston, Oceana Canada

Si rien n’indique pour l’instant que le gouvernement Trudeau songe à renier sa promesse, Mme Thurston est consciente que «beaucoup de choses ont changé dans les derniers mois».

En réalisant le coup de sonde auprès de 1800 adultes canadiens, du 2 au 6 juin dernier, Oceana Canada voulait «montrer qu’il y a toujours énormément de soutien» pour l’engagement du gouvernement. Une pétition à cet effet lancée début juin par l’organisme a d’ailleurs recueilli plus de 53 000 signatures.

«On est en discussion avec le gouvernement, affirme Mme Thurston. C’est normal que des choses aillent plus lentement en ce moment à cause de la crise. Mais on espère que, malgré la pandémie, ce dossier continue à avancer.»

La marge d’erreur du sondage est de +/- 2,29, 19 fois sur 20.

Selon des données citées par le premier ministre Justin Trudeau l’an dernier, les Canadiens jettent plus de 3 millions de tonnes de déchets plastique par année, dont près de la moitié proviennent de matériaux d’emballage et de produits à usage unique. De ce nombre, 29 000 tonnes de plastique se retrouvent dans l’environnement canadien chaque année, souligne Oceana.

À l’échelle mondiale, à peine 10% des plastiques produits depuis 1950 ont été recyclés.

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