POLITIQUE
09/10/2020 15:22 EDT

La place des femmes continue de diminuer dans le gouvernement Legault

Sylvie D’Amours est devenue la deuxième femme ministre en deux ans à être rétrogradée au rang de députée.

Jacques Boissinot/PC
François Legault, 15 septembre 2020

Le mini-remaniement de vendredi consacre la perte constante d’influence et de poids politique des femmes au sein du gouvernement Legault.

Il confirme aussi que l’engagement électoral du premier ministre François Legault de former un conseil des ministres paritaire est à classer dans le tiroir des promesses brisées.

En deux ans, Sylvie D’Amours est la deuxième femme ministre que le premier ministre choisit de rétrograder au rang de simple députée. Aucun ministre masculin n’a eu à subir ce sort.

En octobre 2018, M. Legault avait invité MarieChantale Chassé à faire partie du conseil des ministres, mais la nouvelle ministre de l’Environnement avait eu à peine le temps de s’installer qu’elle redevenait simple députée trois mois plus tard.

Chaque fois qu’une femme est tassée, c’est un homme qui la remplace. Ian Lafrenière a succédé vendredi à Sylvie D’Amours sur les questions autochtones, avant c’était Benoit Charette qui a pris les commandes de l’Environnement à la place de MarieChantal Chassé, Christian Dubé a pris le relais de Danielle McCann à la Santé et Simon Jolin-Barrette a pris en charge le dossier linguistique que pilotait Nathalie Roy.

Mmes McCann et Roy siègent toujours au conseil des ministres, mais elles ont été éloignées du premier cercle du pouvoir.

Danielle McCann, qui avait fait carrière comme gestionnaire dans le réseau de la santé, s’était lancée en politique avec la promesse de devenir ministre de la Santé, si la CAQ prenait le pouvoir. Elle a effectivement dirigé le plus important ministère du gouvernement, mais en juin, Mme McCann a été rétrogradée, contre son gré, à un ministère avec infiniment moins de moyens et de prestige, l’Enseignement supérieur, forcée de jouer un rôle bien plus discret qu’à la Santé. Désormais, le trio de choc de la lutte à la pandémie est totalement masculin, formé du premier ministre, du ministre Dubé et du Dr Horacio Arruda.

Une autre ministre qui est toujours en poste, mais qui a perdu une partie de son aire de pouvoir, est Nathalie Roy, qui demeure ministre de la Culture et des Communications, mais qui a perdu en chemin le dossier délicat de la langue française.

Encore là, le premier ministre a fait confiance davantage à un homme, cette fois le ministre Simon Jolin-Barrette, pour mener à bien la promotion du français et la mise à jour de la loi 101, lui qui était déjà surchargé, étant leader du gouvernement et ministre de la Justice.

Au printemps 2018, quelques mois avant de former un gouvernement, M. Legault s’était pourtant engagé publiquement à diriger “un conseil des ministres paritaire. C’est un engagement ferme que je prends pour le conseil des ministres”.

En octobre 2018, en annonçant la composition de son équipe, il a failli atteindre son objectif, au moins pendant quelques mois, alors que son premier gouvernement comptait 27 membres, incluant lui-même, dont 13 femmes.

Deux ans plus tard, loin de s’en approcher, on s’éloigne de l’engagement: l’équipe aux commandes du Québec est désormais à 60 % masculine et 40 % féminine, soit 16 hommes et 11 femmes.

Le caucus de la CAQ compte 76 élus, dont 29 femmes. Le premier ministre a donc l’embarras du choix au moment de déterminer qui seront les heureux élus appelés à siéger à ses côtés au conseil des ministres.

Au printemps, quand le premier ministre a décidé de former un comité ministériel de relance économique, aucune femme n’en faisait partie.

En Chambre, quand l’opposition libérale le lui a reproché, il a lancé “shame on you!” (“Vous devriez avoir honte!”) à la cheffe, Dominique Anglade.

Devant le tollé soulevé par cette absence remarquée, M. Legault s’était finalement ravisé par la suite, incluant les ministres Sonia LeBel, Nadine Girault et Geneviève Guilbault dans le groupe.

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