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01/12/2020 06:53 EST

Les physiothérapeutes constatent une augmentation des problèmes en santé mentale

Plusieurs patients ne se sentent pas capables de retourner au travail après leur blessure physique guérie.

CandyRetriever via Getty Images
Les physiothérapeutes partout ont commencé à se questionner sur les enjeux de santé mentale et sur la possibilité pour eux d’être habiletés pour intervenir.

QUÉBEC — La pandémie de la COVID-19 a réduit les accidents de travail mais augmenté les blessures liées au télétravail, or ce n’est pas ce qui inquiète le plus les physiothérapeutes.

«Ce qui fait en sorte que les dossiers se complexifient, c’est qu’il y a une dynamique de santé mentale, et ça, on le voit beaucoup plus depuis huit mois», affirme en entrevue Pascal Gagnon.

Le président de la Fédération des cliniques de physiothérapie du Québec dit avoir sondé ses membres au cours des derniers jours et s’être fait parler de santé mentale «de manière unanime». 

«C’est un large problème», dit-il.

Il donne l’exemple d’un patient traité pour une blessure au coude, mais qui, une fois sa blessure guérie, se sent absolument incapable de retourner au travail. 

«La condition physique est résolue, elle va bien (mais) je me rends compte que le patient a des problèmes d’anxiété. (...) Il me fait état de certains troubles qui peuvent être associés à de la dépression.»

Le physiothérapeute placé dans une telle situation n’a d’autre choix que de retourner la personne à son médecin traitant. «Ça, je vous le dis, avant c’était pas mal rare», insiste M. Gagnon. 

«Là, actuellement, minimum ça a doublé. Dans à peu près 40 % des dossiers, on se rend compte qu’un coup le problème de santé physique résorbé, le patient n’est pas prêt à retourner au travail.»

Est-ce la blessure qui cause le problème de santé mentale, ou l’inverse? 

C’est un peu la poule et l’oeuf, poursuit-il. Une personne dépressive, par exemple, ressentira plus intensément la douleur. La petite raideur dans le dos va vite devenir incapacitante.

«C’est prouvé clairement (...) que ces gens-là vont percevoir leur douleur comme étant plus importante. (...) Quand il va y avoir une douleur, elle va être plus grande.»

Tâche alourdie

Pascal Gagnon affirme qu’il y a de sérieux délais pour se faire traiter en santé mentale, et que, dans ce contexte, les physiothérapeutes qu’il représente se sentent souvent «pris entre l’arbre et l’écorce». 

En désespoir de cause, ils vont chercher des conseils dans leurs équipes multidisciplinaires «pour aider ces patients-là le temps de les amener vers un traitement ou un encadrement en santé mentale». 

Ça alourdit votre tâche? «Oui, je vous le confirme, oui.»  

Selon lui, les physiothérapeutes partout ont commencé à se questionner sur les enjeux de santé mentale et sur la possibilité pour eux d’être habiletés pour intervenir.

«C’est bien beau que le gouvernement nous dise qu’il va mettre des millions (...), mais sincèrement, les psychologues sont débordés, les ergothérapeutes en santé mentale aussi, les psychoéducateurs aussi.»

Au début du mois, le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, a annoncé un investissement de 100 millions $ en santé mentale, tout en refusant d’assimiler la situation actuelle à une crise.

Le ministre soutient que malgré l’augmentation de la demande en raison de la pandémie, les listes d’attente pour avoir accès aux services de santé mentale diminuent tant chez les adultes que les jeunes.

La Fédération des cliniques de physiothérapie du Québec rassemble plus de 250 cliniques sur l’ensemble du territoire québécois.

À VOIR: Québec investit 100 millions $ en santé mentale