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05/11/2019 14:49 EST | Actualisé 05/11/2019 14:53 EST

J'ai perdu mon amoureux dans un accident et voici ce que j'ai vécu dans la dernière année

C’est lorsque je suis sortie de l’hôpital que je me suis retrouvée sans repère. Un retour à la réalité et à la routine, sans Julien à mes côtés.

Courtoisie/Frédérique Vézina
Julien et Frédérique

Lorsqu’on pense au temps des fêtes, on imagine souvent les festivités et les moments heureux en famille et entre amis. On pense aux instants remplis d’amour qui nous rassemblent et qui nous permettent de se remémorer les événements forts qui ont marqué cette année sur le point de s’achever. Mon histoire débute avec l’un de ces moments heureux.

22 décembre 2018

Je passe une belle soirée en compagnie de ma famille et de mon amoureux Julien. Plaisirs, rires et amour sont au rendez-vous. Lorsque Julien part travailler (quart de travail de nuit), je décide d’aller rejoindre mes amies qui faisaient une petite fête à Sainte-Sophie et de retourner chez moi à Blainville, plus tard dans la soirée, pour attendre le retour de Julien.
Une fois de plus, le plaisir ne manque pas et je décide de prendre quelques verres. Sachant que je ne peux plus conduire ma voiture, Julien, toujours aussi généreux, propose de venir me chercher à condition qu’on aille dormir chez lui, à Lachute.

23 décembre 2018

Vers 4h30-5h du matin, Julien arrive à Sainte-Sophie. La route est tranquille, on croise quelques voitures sur la route 158 direction Lachute et on écoute de la musique relax.

Et puis, BOOM!
Lors d’un léger tournant, il y a collision avec une autre voiture. J’ai été consciente tout au long de l’accident, du moment de l’impact jusqu’à l’arrivée des secours. J’ai essayé d’aider Julien, de lui parler, de le réchauffer, mais il était trop tard…

Arrivée à l’hôpital, 4-5 infirmières et un médecin font leur travail sur moi, mais tout ce qui sortait de ma bouche était: «Est-ce que Julien est correct?» Personne ne répondait à ma question...

C’est seulement lorsque mon plâtre sur mon bras est fait et que tous mes tests sont passés que ma mère vient m’annoncer la nouvelle: «Frédérique, Julien n’est plus parmi nous...»

Ça y est. C’est fini. Je n’ai plus espoir en la vie.

Toujours à l’hôpital, après avoir été rencontrée par l’équipe médicale, des psychologues et travailleurs sociaux, j’ai toujours le même discours: «Je vais bien, je suis correcte». À force de le répéter, j’ai eu mon congé... mais mon plan était déjà établi. Dès que j’ai su que Julien était parti, j’avais décidé que j’allais aller le rejoindre.

24 décembre 2018

Souper de Noël. Toute ma famille est chez moi. Ce n’est, disons, pas la même ambiance que l’autre soir! Je veux être seule, je suis enfermée dans ma chambre à pleurer et à refuser de croire ce qu’il s’est passé...
Je décide alors que c’est le moment d’aller rejoindre Julien...

Sans même qu’elle le sache, mon amie Megan frappe à ma porte... Elle prenait une chance de voir si j’étais sortie de l’hôpital pour venir me voir. Elle fut ma première «sauveuse»...
Ma mère a immédiatement appelé l’ambulance et c’était le retour à l’hôpital.

24 décembre 2018 au 7 janvier 2019

J’ai passé deux semaines à l’hôpital à l’unité d’hospitalisation brève, en santé mentale. J’avais de la visite toute la journée: ma famille, Megan, Lauriane, Maïra, Flo-Anaïs, Alex, William, Eloi... Malgré tout, j’étais complètement isolée de la réalité.

C’est lorsque je suis sortie de l’hôpital que je me suis retrouvée sans repère. Un retour à la réalité et à la routine, sans Julien à mes côtés.

Février 2019

C’est alors qu’un autre sauveur est arrivé dans ma vie, William. Il a tenté de me libérer de tout le poids que j’avais à l’intérieur de moi. Un être si bon, si généreux et si vaillant qu’il en oubliait même de prendre soin de lui, tellement il voulait prendre soin de moi...

J’ai passé six merveilleux mois avec lui, mais puisque notre relation était établie sur un événement si tragique, cela n’a pas pu durer. J’avais besoin de me recentrer, d’être bien avec moi-même avant de m’investir avec une nouvelle personne.

Août 2019

C’est alors que je suis retournée vivre chez mes parents. Vraiment pas facile... Se retrouver seule le soir était tellement dur que des idées noires ont commencé à réapparaître. C’est comme si je commençais à vivre mon deuil, six mois après l’accident...

J’en faisais des cauchemars, cela me hantait jour et nuit. C’est alors que j’ai compris que je vivais vraiment un choc post-traumatique.

11 septembre 2019

J’ai encore pris la mauvaise décision d’essayer d’aller rejoindre Julien... je n’en pouvais plus. Personne ne pouvait comprendre ce que je vivais puisqu’il m’était impossible d’en parler...

Retour à l’hôpital à l’unité d’hospitalisation brève. Ça y est, c’est assez. Je veux aller mieux et je suis maintenant prête à accepter l’aide qui m’est offerte.

Après une semaine, on me transfère dans un centre de crise. C’est ce qu’ils appellent une transition entre hôpital et retour à la maison. Après avoir accepté l’aide, je réalise qu’il y a de l’aide, côté médication, pour le deuil et le retour au quotidien (travail et école), mais qu’il y a un manque au niveau des ressources me permettant de témoigner de mon traumatisme et de me sentir écoutée…

Aujourd’hui, je peux dire que je vais quand même mieux, et que oui, le temps fait son œuvre. Mais il faut accepter l’aide de notre entourage et utiliser toutes les ressources possibles.

Je sais que je vais encore avoir des journées plus émotives, mais je sais aussi que c’est possible de voir la lumière au bout du tunnel.

La clé, avant tout, est de communiquer ce que nous ressentons. J’ai compris qu’il est plus difficile d’expliquer ce que nous vivons et ressentons à des personnes qui n’ont pas vécu ce genre d’évènement. Maintenant, je me lève le matin plus motivée, car j’ai le désir d’aider les gens qui, comme moi, ont vécu un choc post-traumatique. Je veux les aider à passer au travers, car comme m’a dit si souvent ma maman: «La vie est tellement belle!». 

Le processus risque de ne pas ressembler au mien mais le résultat sera semblable. N’ayez pas peur de parler.

En souvenir de Julien

Vous ou vos proches avez besoin d’aide? N’hésitez pas à joindre le Centre de prévention du suicide au 1866 APPELLE (277-3553).