OPINION
11/06/2020 11:50 EDT

PEQ: une mauvaise suite à un mauvais film

Force est de constater que ni Simon Jolin-Barrette ni François Legault n’ont tiré de leçons du fiasco monumental de l’automne dernier.

La Presse canadienne/Jacques Boissinot
Simon-Jolin-Barrette et François Legault à l'Assemblée nationale, le 2 juin 2020

Il y a de ces films qu’on va voir au cinéma et desquels on se dit, en sortant de la salle, qu’on espère qu’il n’y aura pas de suite tellement il était mauvais.

On pourrait en dire autant du fameux Programme de l’expérience québécoise (PEQ) du ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette.

La première tentative de réforme du PEQ, on s’en souviendra, était un vrai navet. Mal ficelée, incohérente, voire complètement loufoque - qui a oublié la tristement célèbre liste des professions admissibles, dont les «sciences domestiques»? - elle aura fini à la poubelle moins d’une semaine après son dévoilement, quand un Simon Jolin-Barrette contrit s’est maladroitement excusé et engagé à retourner à la table à dessin. 

Six mois plus tard, force est de constater que ni Simon Jolin-Barrette ni François Legault n’ont tiré de leçons du fiasco monumental de l’automne dernier.

Au moment où le Québec prenait conscience de l’apport essentiel des personnes immigrantes à la société québécoise, au moment où les projecteurs étaient braqués sur les demandeurs d’asile qui prêtaient main-forte dans les CHSLD au péril de leur vie, au moment même où le premier ministre s’engageait - sur le bout des lèvres - à étudier les options pour régulariser leur statut, le ministre de l’Immigration, lui, revenait à la charge avec une refonte du PEQ qui est révélatrice des vraies intentions de la CAQ: mettre des bâtons dans les roues des personnes immigrantes qui souhaitent faire du Québec leur maison.

Cela revient ni plus ni moins à créer deux classes de citoyens.

Enfermé dans une logique économiciste et utilitariste de l’immigration, Simon Jolin-Barrette ne voit pas d’un bon œil le Programme d’expérience québécoise. La réforme qu’il vient de présenter vise précisément à liquider à petit feu ce programme, qui a le malheur d’être si populaire qu’il occupe une bonne partie des places en immigration qu’il voudrait allouer à son programme ARRIMA, qui fonctionne, grosso modo, comme une agence de placement en emploi, mais à l’international.

En excluant du nouveau PEQ les travailleurs peu ou pas qualifiés, M. Jolin-Barrette les condamne à rester éternellement cantonnés dans un statut temporaire qui leur nie l’accès à l’assurance-emploi, à l’assurance maladie et à tous les programmes sociaux qui font notre fierté collective. Cela revient ni plus ni moins à créer deux classes de citoyens.

Quant aux étudiants internationaux, ils écopent bien malgré eux du rôle des sacrifiés : l’automne dernier, MM. Jolin-Barrette et Legault leur avaient promis une clause de droit acquis qui leur permettrait d’appliquer sur le PEQ même en cas de changement des critères d’admissibilité. Or, cette promesse a disparu du nouveau scénario. C’est à se demander que vaut la parole du ministre, du premier ministre, voire de l’État québécois.

Selon les nouveaux critères du PEQ, ces étudiants internationaux, après l’obtention de leur diplôme québécois, devront attendre cinq ans avant d’obtenir leur résidence permanente. Pendant ce temps-là, une personne ayant seulement 12 mois d’expérience de travail canadienne pourrait, en vertu des règles en vigueur au fédéral, obtenir sa résidence permanente au bout de six mois seulement.

Entre vous et moi, que choisira un jeune francophone qui veut s’établir ici à long terme? Le Québec, où ça lui prendra cinq ans avant de devenir résident permanent, ou une autre province, où il aura accès à ce statut convoité au bout de 18 mois? Ce choix nous informe du véritable objectif de Simon Jolin-Barrette : décourager la venue de jeunes, dont beaucoup de francophones, qui veulent étudier et s’installer au Québec, et dont la compétence et la créativité bénéficieraient à toute notre société.

N’ayons pas peur des mots : ce nouveau remake du PEQ, à l’image de tout le discours caquiste sur l’immigration, sent l’idéologie et l’amateurisme à plein nez. Il est conçu pour utiliser les personnes immigrantes comme du cheap labor pour combler des offres d’emploi, sans véritablement leur offrir la possibilité de s’installer de façon permanente et de construire avec nous le Québec de demain.

Alors maintenant, que le ministre Jolin-Barrette ne vienne pas nous dire qu’il a à cœur l’intégration des personnes immigrantes à la société québécoise : tout ça, c’est du cinéma.