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06/07/2020 11:23 EDT

PCU et impôts 2020: comment éviter les mauvaises surprises l'an prochain

Pensez-y maintenant, si vous avez bénéficié de la Prestation canadienne d'urgence en raison de la crise de la COVID-19.

Osarieme Eweka via Getty Images
Des experts expliquent comment estimer l'impact de la Prestation canadienne d'urgence sur votre prochaine déclaration d'impôts.

Si vous faites partie des millions de Canadiens qui ont reçu des versements de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) au cours des derniers mois, préparez-vous à devoir de l’argent à l’Agence du revenu du Canada le printemps prochain.

Les versements de la PCU sont entièrement imposables, et ― contrairement au chèque de paye typique que vous remet votre employeur ― les impôts ne sont pas déduits du montant que vous envoie le gouvernement.

Pour plusieurs bénéficiaires de la PCU, «ce sera un choc quand ils réaliseront qu’ils doivent de l’argent l’an prochain», a affirmé l’expert en insolvabilité Doug Hoyes dans un courriel au HuffPost Canada.

«Pire encore, plusieurs personnes reçoivent des retours d’impôts, alors si vous comptez normalement sur votre remboursement de 1000$, non seulement vous ne le recevrez pas l’an prochain, mais vous pourriez devoir 1400$, par exemple.»

Pour les nouveaux chômeurs, un solde d’impôt à payer pourrait être particulièrement difficile à avaler. Et puisque des millions de Canadiens ont perçu la PCU cette année, la consommation canadienne pourrait prendre tout un coup.

Pour cette raison, il est possible ― certains disent même probable ― que le gouvernement modifie le programme de façon à alléger ce fardeau fiscal.

Mais pour l’instant, aucun de ces assouplissements n’a été annoncé et les mesures récemment mises en place pour épingler les fraudeurs qui profitent de la PCU laissent croire que le gouvernement a bien l’intention de récupérer les impôts dûs par les récipiendaires.

Combien pourrais-je devoir payer?

Ça dépend de combien d’argent vous gagnerez pour la totalité de l’année 2020.

Si vos revenus avant et après la PCU sont bas, il est possible que vous n’ayez rien à payer du tout. Le montant personnel de base pour 2020 au fédéral est de 13 229 $, donc si vous gagnez moins que ça cette année, vous ne devrez aucun impôt fédéral.

Si la PCU est votre seule source de revenus en 2020 et que vous avez reçu le montant maximal de 12 000 $, vous ne paierez aucun impôt si vous résidez au Québec, en Alberta ou en Saskatchewan. Les résidents des autres provinces auront un solde d’impôts au provincial variant entre 46$ (Nouvelle-Écosse) et 234$ (Manitoba).

Une fois le montant personnel de base dépassé, le solde d’impôt peut vite représenter des milliers de dollars. Chaque situation est différente; il vous faudra donc examiner attentivement la vôtre.

Estimez vos revenus

Pour déterminer le montant d’impôts à payer sur vos versements de PCU, vous aurez besoin de trois données:

  • vos revenus de 2020 avant la PCU
  • le montant total de PCU que vous avez reçu ou allez recevoir
  • une estimation de vos revenus jusqu’à la fin de 2020

Certains auront l’impression de jouer aux devinettes en déterminant ce dernier chiffre, mais même une approximation est mieux que rien.

Une fois que vous avez ces chiffres en main, vous pouvez déterminer combien d’impôts vous êtes susceptible de devoir payer.

C’est important de s’assurer de ne pas passer d’une difficulté financière à une autre.Jordan Damiani, conseiller financier

Joe Devaney, comptable agréé, conseiller financier et membre du conseil d’administration de VideoTax.ca, suggère d’utiliser un outil d’estimation en ligne.

«Entrez tous vos revenus non-liés à la PCU pour 2020. Prenez en note le solde d’impôts. Refaites l’exercice en incluant la PCU. La différence est ce que vous devriez vous attendre à devoir payer. Faites votre budget en fonction de ça», écrit M. Devaney dans un courriel au HuffPost.

Préparez un plan d’attaque

Pour être certain que l’argent sera disponible à la date limite des impôts 2020, vous pourriez ouvrir un nouveau compte épargne distinct et y déposer une portion de vos revenus, suggère Jordan Damiani, conseiller financier chez Meridian Credit Union, en Ontario.

«Si vous avez besoin du montant de PCU dans l’immédiat, vous ne pourrez peut-être pas en mettre une partie de côté. Si vous pouvez le faire, ça aide, mais sinon, vous pourrez compenser quand vous retournerez au travail», dit-il.

«C’est important de s’assurer de ne pas passer d’une difficulté financière à une autre.»

Si vous retournez au travail après avoir reçu la PCU, vous pouvez demander à votre employeur de retenir un peu plus d’impôts sur vos chèques de paye, ce qui réduira (ou éliminera!) le montant dû sur la PCU le printemps prochain, suggère M. Damiani.

Pour certains, il pourrait être intéressant de placer cette épargne dans un REER, puisque le montant sera déduit de vos revenus dans votre déclaration d’impôts, ce qui pourrait compenser une partie ou la totalité de ce que vous devez en impôts sur les versements de PCU, ajoute-t-il. Mais à moins d’être féru de finance personnelle, mieux vaut demander l’avis d’un conseiller financier sur cette stratégie.

Et si je n’ai aucune marge de manoeuvre?

Si les changements au programme de PCU ne se matérialisent pas et que vous n’avez pas l’argent pour payer vos impôts, votre seul choix sera de payer votre solde en retard.

On ne sait pas si des allègements seront possibles, et dans quelles circonstances, l’an prochain.Joe Devaney, conseiller financier

Même si vous prévoyez faire cela, assurez-vous de soumettre votre déclaration d’impôts avant la date limite, avertit M. Devaney. Sinon, l’ARC vous chargera un frais de retard de 5 pour cent, en plus d’un pour cent pour chaque mois pour lequel le solde demeure impayé.

Vous pouvez aussi établir une entente de paiements avec l’ARC, note-t-il, mais des frais d’intérêts vous seront tout de même réclamés.

Il n’est toutefois pas impossible que l’agence soit un peu plus flexible que d’habitude l’an prochain.

«L’ARC a encouragé les gens à faire des demandes d’allègement pour les paiements en retard reliés à la crise de la COVID-19. Ça ne semble toutefois s’appliquer qu’aux déclarations faites en 2020. On ne sait pas si des allègements seront possibles, et dans quelles circonstances, l’an prochain.»

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l’anglais.