NOUVELLES
29/07/2019 12:50 EDT | Actualisé 29/07/2019 14:41 EDT

Pas question d'une «Crise d'Oka 2.0», affirme le Grand Chef mohawk

Dans une lettre ouverte publiée sur les réseaux sociaux lundi matin, Serge Otsi Simon assure que sa communauté ne recherche que «la paix et la cohabitation harmonieuse».

THE CANADIAN PRESS/Graham Hughes
Le grand chef de Kanesatake, Serge Simon, s'entretient avec des journalistes à la suite d'une réunion avec des représentants fédéraux et provinciaux à Montréal, le vendredi 26 juillet 2019, à propos du conflit foncier en cours à Oka et à Kanesatake.

Le Grand Chef du conseil mohawk de Kanesatake, Serge Otsi Simon, assure qu’il n’est aucunement question de revivre une nouvelle crise d’Oka. Dans une lettre ouverte publiée sur les réseaux sociaux lundi matin, il tient à calmer le jeu en insistant sur le fait que sa communauté ne recherche que “la paix et la cohabitation harmonieuse”.

La lettre adressée aux Québécois est une réaction aux récentes couvertures médiatiques concernant la volonté d’un promoteur de céder des terrains aux Mohawks et la controverse soulevée par la réaction du maire d’Oka.

“Il me semble nécessaire de faire publiquement cette déclaration

à la lumière des récentes couvertures médiatiques qui tendent à vouloir dépeindre la situation actuellement comme précurseur d’un nouveau conflit semblable à celui vécu en 1990″, écrit M. Simon.

À cette hypothèse, il répond sans détour que pour lui: “Il n’est pas question de “Crise d’Oka 2.0″”. Toutefois, “il y a bel et bien problème”, affirme le Grand Chef.

S’il reconnaît que les enjeux liés aux droits des Autochtones sont complexes et que certains citoyens peuvent avoir de la difficulté à comprendre l’importance du processus de réparation des erreurs du passé colonialiste du Canada, cela ne justifie pas tous les comportements.

“La méconnaissance et l’ignorance ne justifient pas l’inaction ni les déclarations à caractère raciste”, écrit Serge Otsi Simon dans sa lettre publiée en anglais et en français sur la page Facebook du conseil mohawk de Kanesatake.

Sur ce point, il vise directement le maire d’Oka, Pascal Quevillon, à qui il reproche d’utiliser “un langage colonialiste” dans son opposition à la rétrocession de terrains aux Autochtones.

Selon M. Simon, sa communauté a été traumatisée et a subi de profondes blessures durant la Crise d’Oka. Il estime que le maire devrait comprendre qu’il est dans l’intérêt supérieur de tous de ne pas chercher la confrontation en ravivant les vieilles blessures.

La Presse canadienne a tenté de parler au maire Pascal Quevillon, mais ce dernier a refusé de commenter la lettre parce qu’il se trouve en vacances avec sa famille.

Ottawa blâmé

D’après Serge Otsi Simon, les progrès effectués dans les relations entre Ottawa et les Autochtones depuis les années 1990 font en sorte qu’il n’y a pas de raison d’avoir à revivre un conflit armé.

Le Grand Chef souligne que plusieurs choses ont changé depuis 1990 en citant notamment diverses commissions organisées par le gouvernement fédéral, la déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et la mise en place d’une table de négociation avec Ottawa.

Malgré tout, il blâme le gouvernement fédéral pour sa négligence à dénouer l’impasse sur le statut des territoires de Kanesatake. Un enjeu qui aurait dû être réglé depuis bien longtemps, mais qui traîne toujours.

Pour le leader de la communauté mohawk de Kanesatake, la méconnaissance des Québécois pour la réalité et l’histoire des Premières Nations représente une partie du problème.

Il raconte que des colons français et des Mohawks ont planté ensemble les pins blancs de la colline, vers 1870, afin de retenir le sable qui était balayé par le vent.

“Ce sont les arbres de la paix”, conclut le Grand Chef Simon qui souhaite que l’on retienne les leçons du passé pour éviter d’envenimer le débat.

Une fausse crise, selon des citoyens

Des citoyens rencontrés par La Presse canadienne, à Oka, assurent qu’il n’y a pas de crise aux yeux de la population. Certains vont même jusqu’à accuser le maire Pascal Quevillon de chercher à créer de toute pièce un conflit qui n’existe pas.

Paul Marinier a passé toute sa vie à Oka. L’homme de 68 ans n’est pas tendre à l’endroit du maire et réclame “qu’il arrête de dire des conneries”.

“Le Grand Chef demande des excuses et je suis entièrement d’accord avec lui, a commenté le camionneur à la retraite. Qu’il les fasse ses excuses, mais il ne les fera pas parce que notre maire est un narcissique.”

D’après M. Marinier, le maire Pascal Quevillon se sert des médias pour régler des comptes et se donner du prestige. 

Il parle des cabanes à pot, mais qu’il commence donc par faire enlever la drogue qui se vend ici tous les jours avant d’attaquer les Autochtones.Paul Marinier

Le citoyen dit jongler avec l’idée de présenter sa candidature aux prochaines élections municipales.

Tyler Francis est bien placé pour prendre le pouls des deux communautés, alors qu’il possède des résidences à Oka et à Kanesatake.

“Le maire parle comme s’il allait y avoir une nouvelle crise, on dirait que c’est ce qu’il souhaite. J’ai de nombreux amis ici, il n’y a pas de racisme, pas de saloperies comme ça. On dirait que le maire essaie de lancer quelque chose en espérant que des gens vont le suivre”, observe l’homme de 33 ans qui travaille à l’installation de charpentes d’acier dans la construction.

Au sujet des commentaires du maire Quevillon contre les “cabanes à cigarettes”, Tyler Francis fait remarquer que cela n’a absolument rien à voir avec les terrains visés par la démarche de rétrocession en cours.

Il explique que les points de vente de cigarettes sont tous situés en bordure de la route 344 parce que les voitures passent directement à côté. “Les terrains dont on parle, ils sont dans le bois!”, note-t-il en insistant sur le fait que personne ne veut de conflit dans les deux communautés.

Un troisième citoyen rencontré à Oka, Michel Tapp, soutient lui aussi que la cohabitation est très bonne pour les deux communautés. Entrepreneur en construction, il ne croit pas du tout à l’argument d’une perte de valeur de certaines propriétés en raison d’une rétrocession de terrains aux Mohawks.

“Les gens ont eu peur pendant la crise, mais tout le monde est resté ici quand même. Les gens n’ont pas perdu leur maison et la valeur a continué de monter”, résume l’homme qui possède lui-même une résidence à Oka.

Dialogue rompu

Vendredi dernier, le Grand Chef de Kanesatake et le maire d’Oka ont participé à des entretiens séparés avec Marc Miller, le secrétaire parlementaire de la ministre des Relations Couronne-Autochtones et la ministre québécoise des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours à Montréal.

Les deux hommes ne se sont pas parlé directement et M. Simon a annoncé qu’il rompait toute communication avec son vis-à-vis tant que ce dernier n’offrait pas d’excuses pour des propos jugés désobligeants à l’égard tu territoire des Premières Nations.

Le débat entre Oka et Kanesatake porte sur le projet du promoteur Grégoire Gollin qui veut faire don de 60 hectares de la pinède d’Oka au conseil mohawk de Kanesatake.

Le maire Quevillon a offensé de nombreuses personnes de la communauté autochtone en exprimant sa crainte d’être enclavé par Kanesatake. Il avait affirmé que la valeur des propriétés diminuerait et a fait craindre une hausse du nombre des marchands de cannabis et de cigarettes.

Vendredi, l’élu a esquissé une forme d’excuses sans reconnaître de tort alors qu’il a affirmé ne pas savoir quels mots parmi ceux qu’il a prononcés avaient pu offenser.

À VOIR AUSSI: