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19/08/2020 14:47 EDT

Je n'ai pas honte de ma virginité. Je l'embrasse fièrement.

Je ne mets pas le sexe de côté pour toujours, mais j’insiste pour que nous reconsidérions nos conceptions dépassées de la virginité et de l’abstinence.

Omar Osman via Getty Images

Dans une société qui à la fois glorifie et méprise l’activité sexuelle, on nous dit que la libération sexuelle doit être synonyme d’aventures, de liberté et de moeurs légères. Mais alors que beaucoup de personnes trouvent ces trois choses libératrices, je me demande si elles doivent vraiment être considérées comme le but ultime.

En effet, si les progrès que nous avons réalisés en matière de libération sexuelle des femmes sont importants, notre définition actuelle de ce concept marginalise un groupe d’individus qui méritent le même respect et la même liberté de choix: les personnes vierges.

La vérité, c’est que la virginité peut être une source de force - nous devons simplement adapter ce que nous avons appris sur la pudeur, la pureté et la honte, et apprendre à valoriser le choix non seulement d’avoir autant de sexe qu’on le souhaite, mais aussi le choix de ne pas en avoir du tout.

J’ai 25 ans maintenant, je suis vierge et heureuse. J’ai eu du mal à composer avec cette réalité. Avant, je me demandais ce que je manquais, puis ensuite je me suis rendu compte que certaines interactions physiques me mettaient mal à l’aise. J’ai finalement fait le choix de ne pas avoir de relations sexuelles.

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Je suis née à Hong Kong et j’ai passé la plus grande partie de mon adolescence à Macao, une ville très petite où on doit se débrouiller par soi-même pour s’amuser.  La plupart d’entre nous avons grandi très rapidement - les adolescents n’avaient pas grand-chose à faire à part traîner chez les autres ou boire et aller dans les bars très jeunes. Mais malgré ces activités tentantes, je n’étais pas facilement influencée par la pression de mes pairs. Je ne me rasais pas les jambes comme les autres filles, je n’ai pas bu d’alcool avant d’être beaucoup plus âgée et je n’avais pas d’activités sexuelles. Jamais.

C’est important de préciser que mon éducation sexuelle a été très saine, et mes parents ont toujours encouragé une communication ouverte en ce qui concerne la santé sexuelle. Mon expérience avec la virginité s’est vraiment développée selon mon propre vécu, ce qui est un privilège en soi. Ce qui était au départ une chose que je ne faisais pas comme les autres est tranquillement devenu une identité inébranlable.

Au cours de ma vie adulte, j’ai parfois constaté que j’étais physiquement mal à l’aise avec des choses comme les préliminaires, qui me rendaient trop sensible ou me faisaient souffrir. Je suis devenue horrifiée à l’idée de tout rapport sexuel, ce qui m’empêchait de progresser, quelle que soit la proximité que je ressentais avec mon partenaire - une chose que j’explore et que j’essaie encore de comprendre aujourd’hui.

J’ai dû accepter le fait que tout le monde ne comprendra pas ma décision.

Même si je n’ai pas le sentiment de passer à côté de quelque chose ou de devoir être pressée de me mettre dans une situation qui ne me plaît pas, je ne peux pas faire comme si ce n’était pas difficile de parler de ma virginité avec les gens. En tant qu’adulte, si je commence à fréquenter quelqu’un qui s’avère n’être intéressé que par le sexe, je lui explique mon point de vue mais, généralement, je finis par partir rapidement. J’ai commencé à annoncer sur les applications de rencontre que je ne suis «pas là pour quoi que ce soit de physique», ce qui - tout en filtrant les hommes qui recherchent explicitement des histoires d’un soir - finit presque toujours par une discussion sur le moment où «ça» se produira.

J’ai dû accepter le fait que tout le monde ne comprendra pas ma décision. J’ai essayé de prouver aux hommes que je valais la peine d’attendre, que nous pouvions créer une relation qui avait du sens, mais le plus souvent, je n’ai rencontré que leur déception constante. J’ai été coupable de douter de moi, de penser que ce que j’avais à offrir dans une relation n’était peut-être pas suffisant.

Malgré tout, ces expériences m’ont permis de développer une conviction que le sexe n’est pas nécessaire pour que je sois heureuse. Bien que le sexe m’ait été expliqué comme cette interaction physique - et, apparemment, spirituelle - qui lie les gens entre eux, j’ai trouvé tellement de liens profonds qui ne tournent pas autour de ça. Être la confidente des gens au sujet de leur traumatisme, entendre parler de leur passé, de leurs passions, de leurs passe-temps et de leurs croyances m’a énormément rapproché d’eux et a créé des liens durables.

Je pourrais bien avoir des relations sexuelles un jour avec quelqu’un en qui j’ai vraiment confiance, mais, comme l’a dit l’écrivaine Jodi Tandet: «Bien que je reste ouverte à la possibilité d’avoir un rapport sexuel avec une personne en qui je peux avoir une confiance profonde, ça ne change rien à ce que je ressens dans le présent. À partir de maintenant, je serais tout à fait capable de mourir vierge.»

Dans notre société, être vierge est synonyme de pureté, tandis qu’avoir des relations sexuelles ferait des femmes des salopes. Mais nous devons réaliser que la quantité de sexe que nous avons ne doit pas définir notre valeur en tant qu’humains. Que nous soyons traumatisés par des rapports sexuels, asexuels ou que nous n’ayons tout simplement pas eu de rapports sexuels, notre valeur en tant qu’êtres humains doit certainement dépasser notre histoire sexuelle.

Il n'y a aucune raison de se changer soi-même pour apaiser les autres.

Que vous préfériez trouver votre valeur au-delà de votre virginité, ou que vous choisissiez de l’embrasser fièrement, les deux voies doivent être respectées. Je suis incroyablement fière de ma virginité et de ce qu’elle représente, mais, tout comme l’obsession du sexe peut nuire à la santé mentale, trop se concentrer sur notre virginité ou notre manque d’expérience sexuelle, et sur ce qu’elle dit de nous, peut également nuire à notre santé mentale. Par-dessus tout, j’ai appris qu’il n’y a aucune raison de se changer soi-même pour apaiser les autres. Lorsque nous prenons des décisions quant à la façon dont nous nous définissons, il est essentiel que nous soyons à la fois heureux avec ces choix et disposés à les vivre.

Je ne mets pas le sexe de côté pour toujours, mais j’insiste pour que nous reconsidérions nos conceptions dépassées de la virginité et de l’abstinence. Que vous multipliez les partenaires ou que vous n’ayez aucune relation sexuelle, je vous souhaite de trouver dans ce choix la force et la paix d’esprit.

Ce texte, initialement publié sur le HuffPost Royaume-Uni, a été traduit de l’anglais.