POLITIQUE
23/05/2020 12:58 EDT

Des partis fédéraux ont recours à la subvention salariale pour leurs employés

Le programme devait initialement s’appliquer à la période du 15 mars au 6 juin, mais il a été prolongé jusqu’à la fin août.

THE CANADIAN PRESS/Adrian Wyld
Le Parlement à Ottawa, le lundi 27 avril 2020 (photo d'archives)

OTTAWA — Des partis politiques fédéraux ont recours à la subvention salariale d’urgence pour éviter de licencier leurs employés alors que les dons se tarissent pendant la pandémie de COVID-19.

Les partis libéral et conservateur ont tous deux été approuvés pour recevoir la subvention salariale de 75 %.

Le NPD et le Parti vert ont présenté une demande, mais n’ont pas encore été approuvés.

Le Bloc québécois a pour sa part affirmé vendredi qu’il n’a pas demandé cette subvention et qu’il n’en a pas besoin.

Dans le cadre du programme de 73 milliards $, le gouvernement fédéral couvrira 75 % des salaires — jusqu’à un maximum de 847 $ par semaine, par employé — pour les entreprises et organisations admissibles.

Le programme devait initialement s’appliquer à la période du 15 mars au 6 juin, mais il a été prolongé jusqu’à la fin août.

Pour être admissible, une entreprise ou une organisation doit avoir eu une baisse de revenu de 15 % en mars ou de 30 % en avril ou mai, selon différentes méthodes de calcul — des conditions que quatre des cinq partis fédéraux croient respecter.

Des dons insuffisants

Les partis politiques comptent beaucoup sur les dons pour financer leurs opérations, mais ils ont dû suspendre leurs activités de collecte de fonds en personne depuis la mi-mars, lorsque le confinement a été imposé partout au pays pour freiner la propagation de la COVID-19.

Ils ont également diminué, ou arrêté complètement, leurs collectes de fonds auprès de leurs supporteurs, reconnaissant que beaucoup d’entre eux ont perdu leur emploi et des revenus en raison de la pandémie et ne sont pas en mesure de donner de l’argent aux partis politiques.

«La santé et la sécurité des Canadiens sont toujours notre priorité absolue, et tous les événements de collecte de fonds en personne ont été suspendus au début de mars», a déclaré le porte-parole du Parti libéral, Braeden Caley, ajoutant que les communications du parti avec ses supporteurs pendant la pandémie ont mis l’emphase sur les programmes d’aide d’urgence qui leur sont offerts, plutôt que sur les demandes de dons qui se font habituellement.

«Comme cela a également été le cas pour d’autres partis, le Parti libéral du Canada a satisfait aux critères d’admissibilité à la Subvention salariale d’urgence du Canada au cours des dernières semaines et a reçu cette aide.»

M. Caley a déclaré qu’environ 75 à 100 salaires d’employés à temps plein et à temps partiel sont subventionnés par le gouvernement fédéral.

Le porte-parole du Parti conservateur, Cory Hann, a indiqué que la subvention aide son parti à maintenir 60 employés sur la liste de paie.

«En tant qu’organisation, nous comptons beaucoup sur les dons des individus, en particulier pour nos opérations quotidiennes qui sont financées à 100 % par nos donateurs. Nous comprenons que de nombreux Canadiens ne sont pas en mesure de donner pour le moment, c’est pourquoi nous avons adopté une approche différente en ce qui concerne les demandes de dons et les opérations qui en tiennent compte», a-t-il déclaré.

Mais ce ne sont pas que les dons qui se sont taris. M. Hann a soutenu que la pandémie «a entraîné des dépenses imprévues qui permettent que notre personnel ait la capacité et les moyens technologiques nécessaires pour faire du télétravail pendant une période prolongée».

Ils veulent que les contribuables se cotisent pour subventionner le salaire de gens dont le travail est de récolter du financement, tout cela alors que ces partis ont des coffres pleins et s’opposent même au financement public des partis politiques.Alain Therrien, leader parlementaire du Bloc québécois

«Nous avons demandé et avons été jugés admissibles à la subvention salariale fédérale, et avec des employés à travers le Canada qui a des familles jeunes et élargies qui dépendent de notre organisation, nous voulons faire tout notre possible pour maintenir nos activités habituelles et continuer d’éviter des licenciements.»

Le Bloc québécois, troisième parti en importance en nombre de sièges, s’est pour sa part indigné que des partis politiques «utilisent les fonds publics pour payer des salaires partisans et ainsi préserver leur cagnotte électorale alors qu’ils n’ont pas besoin d’argent».

«Ils veulent que les contribuables se cotisent pour subventionner le salaire de gens dont le travail est de récolter du financement, tout cela alors que ces partis ont des coffres pleins et s’opposent même au financement public des partis politiques», a affirmé le leader parlementaire Alain Therrien dans une déclaration transmise par sa formation politique.

Questionné par La Presse canadienne quant à son admissibilité même au programme fédéral, le parti dont la taille a explosé depuis un an a répondu ne pas avoir vérifié si c’était le cas et ne pas avoir l’intention de le faire non plus.

Du côté du NPD, la directrice nationale, Anne McGrath, a déclaré que son parti venait de demander la subvention pour une trentaine d’employés à temps plein et à temps partiel et attend la réponse du gouvernement.

«Nous avions un plan de collecte de fonds pour cette année. Il allait même mieux que prévu, puis la pandémie a frappé, a-t-elle déploré. Nos revenus de collecte de fonds ont connu une baisse importante.»

Mme McGrath a dit s’attendre à ce que les partis politiques ayant recours à un programme de subventions salariales qui a été adopté par tous les députés affiliés à des partis fassent l’objet de critiques.

Elle estime cependant que les partis politiques sont un élément fondamental de la démocratie canadienne et méritent d’être traités de la même manière que les autres organisations admissibles, notamment les organismes de bienfaisance et les organismes sans but lucratif.

«Personnellement, je pense que c’est la chose responsable et juste à faire. C’est pour cela que le programme a été conçu. Nous faisons partie de cette société, nos travailleurs méritent d’être protégés autant que n’importe quel autre travailleur.»

Le directeur exécutif du Parti vert, Prateek Awasthi, a déclaré que son parti avait demandé la subvention salariale, mais ne l’avait pas encore reçue.

«Nos dons ont baissé et nous sommes une organisation à but non lucratif et prenons au sérieux nos responsabilités pour protéger les emplois de notre personnel», a-t-il déclaré.

L’ampleur des impacts de la pandémie sur les démarches de collecte de fonds des partis politiques demeure inconnue pour le moment.

Les derniers rapports financiers déposés auprès d’Élections Canada portaient sur les trois premiers mois de 2020, et ne couvraient donc que quelques semaines du ralentissement provoqué par la pandémie.

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