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23/06/2020 16:02 EDT

La fameuse «conversation» reste inévitable pour les parents noirs

Une conversation difficile qui débute parfois dès l'enfance.

digitalskillet via Getty Images
Photo d'archives.

Les parents noirs ont toujours porté le fardeau supplémentaire de parler, un jour, de racisme à leurs adolescents, mais certains parents ont maintenant du mal à avoir cette fameuse «conversation» plus précocement encore, avec de jeunes enfants.

Tanya Hayles, de l’organisme parental «Black Moms Connection», à Toronto, explique que certains parents commencent à en parler à leurs enfants dès l’âge de quatre ans, à cause de quolibets lancés sur les terrains de jeu, déjà.

L’indignation mondiale après la mort de George Floyd aux États-Unis a incité Mme Hayles à commencer à être plus ouverte avec son fils Jackson, âgé de sept ans, bien qu’elle craigne d’entamer la belle innocence d’un enfant qui croit encore à la fée des dents. Bien avant son entrée à l’école secondaire, Mme Hayles a expliqué à son fils qu’il serait jugé différemment des autres élèves en raison de la simple couleur de sa peau; elle se prépare maintenant à aller un peu plus loin dans cette «conversation», un rite initiatique chez les jeunes Noirs. 

Je sais que les “conversations” que les parents noirs ont toujours dû avoir avec leurs enfants sont inévitables. Je n’y échapperai pas.Tanya Hayles, Black Moms Connection

Comme les autres parents noirs, Mme Hayles craint que son fils et ses amis noirs ne soient suivis et harcelés par les agents de sécurité dans les centres commerciaux et les magasins. «Un jour, il aura 16 ans et son permis de conduire, et je devrai avoir une autre conversation avec lui à ce sujet», a déclaré la mère, qui craint que son fils soit alors harcelé par la police au volant d’une voiture.

Cette fameuse «conversation» sera axée sur la nécessité de répondre poliment aux questions des forces de l’ordre tout en connaissant ses droits, a déclaré Mme Hayles. «Ne provoque pas d’escalade, n’élève pas la voix, ne cache pas tes mains, ne pars pas en courant.»

Selon Mme Hayles, de nombreux parents qui ne sont pas noirs pourraient aussi avoir des conversations, inconfortables certes, sur le racisme avec leurs enfants, parce que l’éducation sur le racisme contre les Noirs dans leur école peut être limitée, voire inexistante. C’est aux parents de veiller à ce que leurs enfants soient exposés à d’autres cultures, notamment à travers leurs lectures, les films qu’ils regardent ou les amis qu’ils fréquentent, a-t-elle estimé.

«Si votre cercle n’est composé que de Blancs et que leur cercle l’est aussi, alors bien sûr, ils ne savent pas comment interagir avec les Noirs parce que vous ne vous êtes pas assuré que leur cercle est aussi diversifié que le pays dans lequel ils vivent.”

Stephanie Okoli, 20 ans, de Calgary, raconte qu’elle sera chargée de discuter du racisme avec son frère de 12 ans, Emmanuel.

«Cela n’a pas encore été abordé parce que c’est une conversation blessante, mais il arrive à cet âge où cela pourrait lui arriver et il est un peu grand pour son âge, donc c’est très stressant», a-t-elle déclaré.

«J’ai eu la conversation avec mon frère», a-t-elle dit à propos de son expérience alors qu’elle était à l’école secondaire.

«Mais même cela n’était pas complet. Il m’a juste envoyé un texto un jour et a dit: “Sois prudente. Si la police t’arrête, fais ce qu’ils disent et ne parle pas.” Et c’est tout.»

Une déclaration à la défense de la GRC

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) en Colombie-Britannique a publié la semaine dernière une déclaration du sergent-major Sébastien Lavoie, un officier «ni tout à fait Noir, ni tout à fait Blanc», qui a grandi au Québec. Il a exhorté les policiers à «comprendre que la société a le coeur brisé, en colère et incapable de prendre du recul émotionnel» actuellement, à la suite de la mort tragique de George Floyd au Minnesota.

M. Lavoie rappelle toutefois en entrevue que la population a immédiatement conclu que les gestes du policier blanc à Minneapolis étaient fondés sur le racisme. «Et si ce gars avait fait ça à un Blanc? Est-ce que ce gars pourrait simplement être un con? Doit-il être nécessairement raciste?», demande-t-il.

Selon lui, les préjugés contre la police «sont les seuls acceptables à l’heure actuelle», et les actes de racisme commis par la police aux États-Unis ne peuvent être assimilés à la police au Canada. La GRC a offert une formation sur la sensibilité culturelle à ses policiers et a accru la diversité dans ses rangs, a soutenu M. Lavoie. «Pour moi, dire que la GRC pourrait faire un meilleur travail de renforcement du respect culturel ou du respect de l’ethnicité ou quelque chose comme ça serait complètement insensé parce que nous l’avons fait très, très fortement», plaide-t-il.

M. Lavoie comprend par ailleurs le racisme dont sont victimes les Noirs dans les écoles, parce qu’il en a été lui-même victime régulièrement pendant ses jeunes années à Saint-Jérôme, en banlieue de Montréal. Et il a lui aussi eu droit à «la conversation», avec sa mère.

«Elle n’a pas pu me protéger de ce qui m’a frappé, mais elle a certainement essayé, dit-il aujourd’hui. J’ai eu beaucoup de difficultés dans mon parcours scolaire. Il y a eu beaucoup d’intimidation, beaucoup de coups.»