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22/12/2019 12:10 EST

Le pape dénonce la «rigidité» de l'Église et reconnaît sa perte d'influence

François a appelé les fonctionnaires du Vatican à s’ouvrir au changement lorsqu’il a adressé ses vœux de Noël aux cardinaux, aux évêques et aux prêtres qui oeuvrent au Saint-Siège.

ASSOCIATED PRESS Photo/Andrew Medichini, Pool
Le pape François prononce son discours à l'occasion de ses vœux de Noël, au Vatican, le samedi 21 décembre 2019.

Le pape François a mis en garde samedi contre la «rigidité» dans la manière de vivre sa foi chrétienne qui crée, selon lui, un «champ de mines» de haine et d’incompréhension dans un monde où le christianisme est de moins en moins influent.

François a appelé les fonctionnaires du Vatican à s’ouvrir plutôt au changement lorsqu’il a adressé ses vœux de Noël aux cardinaux, aux évêques et aux prêtres qui oeuvrent au Saint-Siège.

Le message du pape semblait destiné aux catholiques conservateurs et traditionalistes, y compris ceux de la Curie du Vatican, dont l’opposition se fait de plus en plus entendre face à sa papauté progressiste. Leurs critiques se sont multipliées au cours de la dernière année, marquée par des scandales financiers et d’abus sexuels au Vatican. Des gestes qui ont peut-être précédé la nomination de François, mais qui viennent d’être mis au jour.

François a rappelé à la réalité les hommes d’Église présents à la Sala Clementina du Palais apostolique, reconnaissant que le christianisme ne détenait plus le pouvoir et l’influence sur la société qu’il exerçait autrefois.

Il a cité le défunt cardinal Carlo Maria Martini, l’un des leaders de l’aile progressiste de l’Église catholique, qui, dans son dernier entretien avant de mourir en 2012, a déploré que l’Église soit «200 ans en retard» en raison de sa peur innée du changement.

«Aujourd’hui, nous ne sommes plus les seuls à produire de la culture, plus les premiers entendus ni les plus écoutés, a déclaré François aux prélats. La foi en Europe et dans une grande partie de l’Occident n’est plus une présomption évidente, mais plutôt souvent niée, marginalisée et ridiculisée.»

Ici, nous devons nous méfier de la tentation d’adopter une vision rigide. La rigidité qui naît de la peur du changement et qui finit par disséminer des obstacles et des pièges sur le terrain du bien commun, en le transformant en un champ de mines d’incompréhension et de haine.pape François

En conséquence, il a exhorté la hiérarchie catholique à adopter les réformes pastorales et les perspectives nécessaires pour rendre l’Église attrayante afin qu’elle puisse remplir sa mission de répandre la foi.

«Ici, nous devons nous méfier de la tentation d’adopter une vision rigide, a déclaré François. La rigidité qui naît de la peur du changement et qui finit par disséminer des obstacles et des pièges sur le terrain du bien commun, en le transformant en un champ de mines d’incompréhension et de haine.»

Il a rappelé, comme il l’a déjà affirmé par le passé, que les personnes qui adoptent des positions rigides le font généralement pour masquer leurs propres problèmes, scandales ou «déséquilibres».

«La rigidité et le déséquilibre s’alimentent dans un cercle vicieux, a-t-il poursuivi. Et ces jours-ci, la tentation de la rigidité est devenue si évidente.»

Les catholiques traditionalistes ont dénoncé l’accent que met le pape François sur la miséricorde et l’ouverture à une marge de manœuvre doctrinale sur des questions telles que les sacrements pour les catholiques divorcés et remariés civilement. Ils ont également vivement critiqué son récent synode en Amazonie, qui appelait à l’ordination d’hommes mariés en tant que prêtres. Ils lui ont aussi reproché ce qu’ils considéraient comme le culte païen d’une statue amazonienne de femme enceinte présentée lors de la rencontre.

François a défendu sa vision et ses priorités en tant que reflet de l’Évangile et de l’axiome selon lequel la vraie tradition de l’Église est celle d’un chemin de changement continu et distinct.

«La tradition n’est pas statique, elle est dynamique», a-t-il renchéri samedi.

Dans un signe tangible de changement, François a publié samedi un nouveau décret limitant la durée du mandat du doyen du Collège des cardinaux, un poste influent qui était auparavant détenu à vie. Le pape a accepté la démission de l’actuel doyen, le cardinal Angelo Sodano, et a décrété qu’à l’avenir, le futur cardinal supérieur n’aurait qu’un mandat renouvelable de cinq ans.

Angelo Sodano a été le puissant secrétaire d’État de Saint-Jean-Paul II et a été blâmé en partie pour le refus du Vatican de réprimer les prêtres pédophiles, y compris le tristement célèbre révérend Marcial Maciel. Âgé de 92 ans, Sodano a continué d’exercer son influence en coulisses sous les deux papes qui ont suivi, agissant plus récemment comme une sorte de mentor pour l’opposition conservatrice.

En tant que doyen, il a offert ses derniers voeux de Noël à François samedi.

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