TÉMOIGNAGES
16/11/2020 10:40 EST | Actualisé 17/11/2020 09:12 EST

Le mépris envers les enseignants est accentué depuis le début de la pandémie

Je crois que nous venons de toucher le fond du baril avec l’annonce surprise du gouvernement qui envisage allonger la période des vacances de Noël.

smolaw11 via Getty Images

Depuis le début de cette pandémie, les enseignants sont critiqués et jugés, et ce, sans un véritable soutien de la part de la population. Depuis, le début de cette pandémie, jamais on ne nous consulte. On consulte des pédiatres, des cadres en centres de services, des directions, des parents, mais jamais les profs.

On craint pour la santé mentale de nos enfants, mais jamais pour celle des enseignants qui sont au front et qui doivent en faire plus pour compenser les innombrables mauvaises décisions du gouvernement dans le milieu scolaire. Personne ne se soucie de la lourdeur de notre tâche qui est exponentielle avec cette pandémie. Personne ne s’inquiète du danger que courent les enseignants chaque jour en étant inévitablement à proximité d’élèves potentiellement porteurs du virus. Surtout, ne me parlez pas de nos protections! C’est comme mettre une personne dans un réacteur nucléaire avec la bavette de plomb qu’on nous met chez le dentiste pour prendre des radios.

Mais d’où vient ce mépris? De nos deux mois d’été non payés? Parce que nous n’avons pas perdu notre travail comme des centaines de Québécois depuis avril 2020?

Vous avez envie de raconter votre histoire? Un événement de votre vie vous a fait voir les choses différemment? Vous voulez briser un tabou? Dénoncer une situation? Vous pouvez envoyer votre témoignage à propositions@huffpost.com et consulter tous nos témoignages.

Dois-je vous rappeler que très peu de travailleurs vivent une crise comme la nôtre depuis plus de 20 ans! La crise en éducation, ce sont les écoles vétustes dans lesquelles nous devons travailler chaque jour, des écoles mal ventilées, un écart salarial important avec nos collègues des autres provinces, des services coupés, des classes spéciales fermées, une charge de travail accentuée qui nous fait dépasser nos 32 heures sans être payés, des classes bondées qui sont tout sauf régulières, une pénurie d’employés qui essouffle les enseignants. Une belle carrière en enseignement? Mais surtout, qui tient l’école publique à bout de bras depuis 20 ans? Nous, les enseignants! Mais la pandémie vient de nous les casser.

Ce qui me tient debout, c’est ma colère!

Ma colère de voir mes collègues s’épuiser à faire des remplacements d’urgence, car il n’y a pas de suppléants. Ma colère de voir qu’on engage des gens comme «enseignants» alors qu’ils n’ont qu’un secondaire 5 par manque d’enseignants qualifiés. Ma colère d’être moins bien payée que mes collègues canadiens, et ce, Terre-Neuve inclus. Ma colère de voir que le gouvernement essaie encore de négocier ma convention à coût nul sur le dos de la COVID-19.

Ma colère de voir des enfants un par-dessus l’autre à l’Halloween en sachant que le lundi d’après, ils seront en classe. Ma colère d’entendre mes élèves me raconter leur fin de semaine chez matante chose avec cousins et cousines à jouer. Ma colère d’entendre les experts s’inquiéter de la santé mentale des enfants, mais jamais de celle des enseignants. Ma colère de faire de l’enseignement à distance et de voir mes élèves décrocher en direct. Ma colère de faire les frais des mauvaises décisions de ce gouvernement en éducation.

En plus, il faudrait que les enseignants sauvent Noël? Pour que les enfants reviennent à la mi-janvier encore plus contaminés par les bisous en pincette de matante Gertrude?

Non, mais quel mépris!