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04/01/2021 13:09 EST | Actualisé 05/01/2021 09:24 EST

Quand la pandémie va-t-elle se terminer? Voici la chronologie prévue pour le Canada.

«Aucun de nous n'est en sécurité tant et aussi longtemps que nous ne serons pas tous en sécurité.»

La Presse Canadienne/Graham Hughes

«Quand la pandémie sera terminée.»

C’est l’avertissement à donner quand on planifie des projets avec ses amis, sa famille et presque tout le monde ces temps-ci. Nous avons deux vaccins approuvés au Canada, et dans le monde entier, des dizaines d’autres sont en cours d’essai à différents stades.

Mais il faudra peut-être un certain temps avant que tout le monde au pays soit vacciné. En attendant, le nombre de cas augmente et les hôpitaux de certaines provinces sont confrontés à d’inquiétants problèmes de capacité.

Selon les experts, la suite s’annonce compliquée. Des questions subsistent quant au nombre de personnes qui se feront vacciner et à son efficacité pour arrêter la propagation du virus. Tous les projets d’avenir que nous voulons réaliser - des soupers avec la famille élargie aux karaokés avec les amis - dépendent de ces facteurs, bien que les experts affirment que ce ne sera probablement pas avant la fin de 2021 que la vie reprendra une certaine normalité.

Le «retour à la normale» peut dépendre de la capacité du système de santé

Pour qu’une maladie soit éradiquée, il faut deux choses: un traitement et un vaccin qui conduise à une immunité collective, précise Cynthia Carr, épidémiologiste basée à Winnipeg, au HuffPost Canada. L’immunité collective se produit lorsqu’un nombre suffisant de personnes contractent une maladie et deviennent immunisées contre elle, de sorte qu’elle ne peut plus se propager.

Sur la base de ces critères, Mme Carr explique qu’il est «très peu probable» que la COVID-19 disparaisse complètement - elle continuera probablement à circuler, peut-être de façon saisonnière, comme les autres virus.

«Je pense donc qu’en termes de retour à la normale, cela dépendra de la façon dont ces vaccins aideront le système de santé», ajoute-t-elle.

ASSOCIATED PRESS
Mme Carr a également averti que les vaccins contre la COVID-19 pourraient ne pas empêcher les conséquences sur la santé à long terme que certaines personnes expérimentent.

Si un vaccin peut atténuer une partie de l’impact immédiat sur le système, il pourrait être éventuellement plus sécuritaire de se réunir en plus grands groupes - mais cela ne se fera probablement pas avant que 2021 soit bien avancée, a averti Mme Carr.

Il pourrait incomber aux différentes localités de prendre des décisions sur les réouvertures lorsque la propagation au niveau communautaire et les taux de graves répercussions sur la santé diminueront, dit-elle.

Mme Carr avertit également que les vaccins contre la COVID-19 pourraient ne pas empêcher les conséquences à long terme sur la santé que certaines personnes expérimentent.

«Cela nous indiquera une fois de plus le niveau de risque que nous pouvons réellement nous permettre de prendre», mentionne-t-elle.

Les réouvertures éventuelles dépendront également du nombre de personnes qui se feront vacciner, affirme la Dre Susy Hota, directrice médicale de la prévention et du contrôle des infections à l’University Health Network de Toronto.

Un sondage Angus Reid de décembre a indiqué que 48% des Canadiens veulent être vaccinés le plus tôt possible, contre 40% il y a un mois.

«La vie sera meilleure» grâce au vaccin

Même si certains Canadiens se font vacciner, les autres devront continuer à suivre les directives de la santé publique.

«C’est un peu comme si c’était tout ou rien», explique Mme Hota. «C’est l’ensemble des personnes qui se font vacciner qui déterminera le moment où nous pourrons commencer à penser à rouvrir différents lieux.»

Elle fait remarquer que certaines personnes ne pourront pas se faire vacciner. Les femmes enceintes n’ont pas été incluses dans les essais cliniques et Santé Canada a averti les personnes allergiques aux ingrédients du vaccin de ne pas se faire vacciner.

Cela signifie que certaines personnes continueront de suivre les mesures de sécurité, comme porter des masques ou limiter le nombre de personnes à l’intérieur, précise Mme Hota.

«Nous devons être prudents en ce qui a trait à baisser la garde, donc je dirais que c’est plutôt vers la fin de 2021 que nous commencerons à voir des réouvertures progressives», dit-elle.

Elle ajoute qu’elle ne veut pas que les gens soient découragés par l’attente.

«Cela semble si lointain, mais je pense que la vie sera meilleure et qu’il n’y aura pas tant de nouvelles négatives avant cela, car nous avons réussi à distribuer ce vaccin et les gens sont prêts à le recevoir», assure-t-elle.

Elle ajoute que les décisions relatives à la réouverture dépendront de ce que les gouvernements décideront de prioriser, en fonction de ce qui est le plus important pour la société. Mme Hota souligne la nécessité de prendre en compte l’impact économique de la fermeture des entreprises.

Mais elle espère que la réouverture progressive permettra aux Canadiens d’avoir plus de contacts sociaux avec leur famille et leurs amis en toute sécurité.

«Tant que cela se fait avec soin et lentement, je pense que ce serait extrêmement important pour moi, et probablement pour beaucoup de gens», dit-elle. «Vous savez, vous pouvez retarder le moment où vous irez voir ce match de hockey si vous pouvez au moins voir vos amis et votre famille.»

Le vaccin et les porteurs asymptomatiques

Bien que certaines régions puissent avoir un nombre de cas de COVID-19 tellement élevé qu’une immunité naturelle de groupe soit possible, le Canada compte essentiellement sur un vaccin pour y parvenir, explique le Dr Michael Libman au HuffPost.

Nous savons que les vaccins de Pfizer et de Moderna préviennent les maladies, mais nous ne savons pas s’ils empêchent les gens d’être contagieux, relate le Dr Libman, professeur à la division des maladies infectieuses de l’Université McGill.

«Il est possible que vous soyez toujours infecté par le virus, que vous n’ayez pas de symptômes... mais que vous soyez toujours contagieux», ajoute-t-il.

Cela pourrait être le pire des scénarios, soutient M. Libman, car les personnes qui ne peuvent pas se faire vacciner - ou dont le corps ne réagit pas au vaccin - seraient vulnérables à la contamination par la COVID-19. Mais des niveaux de vaccination élevés pourraient rendre la circulation du virus plus difficile, mentionne-t-il.

Les estimations actuelles suggèrent que le fait de vacciner ou d’infecter 70% d’une population avec la COVID-19 apporterait une immunité collective, rapporte-t-il.

Il y a quelques cas documentés où une personne a eu deux fois la COVID-19, dit M. Libman, mais tant que ce nombre reste faible, nous allons dans la bonne direction.

«Ce n’est pas grave si l’immunité s’affaiblit, tant que le vaccin fonctionne et que nous pouvons continuer à faire vacciner les gens avec des rappels, par exemple - c’est assez courant dans le monde des vaccins, que nous devons faire vacciner... périodiquement», explique-t-il.

Carr, l’épidémiologiste de Winnipeg, précise que l’efficacité des vaccins actuels reste un avantage majeur pour la santé publique puisque les données des essais cliniques montrent qu’ils stoppent la gravité de la maladie. Mais, comme Libman, elle affirme que cela ne suffit pas pour avoir un impact sur l’immunité collective, à moins que la diminution de la gravité ne signifie que les personnes vaccinées ont une charge virale plus faible et sont moins contagieuses.

Selon Mme Hota, les vaccins auraient un impact sur l’arrêt de la transmission. Elle souligne aussi que des données supplémentaires permettraient de clarifier la situation.

Aucun d’entre nous n’est en sécurité tant et aussi longtemps que nous ne sommes pas tous en sécurité

Raywat Deonandan, épidémiologiste et professeur associé à l’Université d’Ottawa, explique au HuffPost qu’il prévoyait que le Canada serait en mesure de commencer à lever les restrictions vers l’été 2021 - en supposant que les vaccins empêchent la transmission et qu’un nombre suffisant de personnes soient vaccinées.

Il prévoit que la pandémie sera officiellement déclarée terminée d’ici 2022, mais note qu’elle existera probablement encore dans certains pays. Cela signifie que les voyages internationaux ne reviendront pas «à la normale avant plusieurs années», déclare-t-il, ajoutant que certaines compagnies aériennes pourraient exiger une preuve de vaccination.

Mais cela dépend aussi de ce que l’on entend par «normal». Nous ne reviendrons probablement jamais à la vie d’avant 2019, avance M. Deonandan, car certains aspects, comme les réunions Zoom et l’enseignement à distance, sont devenus des éléments acceptés dans la vie quotidienne pendant la pandémie.

Jusqu’à présent, les essais cliniques n’ont pas validé l’efficacité des vaccins chez les enfants; c’est donc possible que les écoles offrent encore un enseignement à distance à l’automne 2021. Mais il pourrait être plus sûr pour les enfants de socialiser d’ici là, explique M. Deonandan, car les parents plus âgés seraient moins susceptibles de tomber malades s’ils contractent le virus s’ils ont été vaccinés et sont immunisés.

Cependant, même si certaines tranches de la population commencent à se faire vacciner, il ne sera sécuritaire de reprendre des activités plus normales que lorsque la COVID-19 sera contrôlée au niveau de la population.

Il semble que vous pourrez serrer vos grands-parents dans vos bras en toute impunité d'ici la fin de la prochaine année.Raywat Deonandan

«Juste parce que vous avez eu une piqûre dans le bras, l’épreuve n’est pas terminée pour vous pour autant. Aucun d’entre nous n’est en sécurité tant et aussi longtemps que nous ne sommes pas tous en sécurité», soutient M. Deonandan.

Malgré les variables inconnues, il affirme qu’il y a cependant des raisons d’être optimiste.

«Il semble que vous pourrez serrer vos grands-parents dans vos bras en toute impunité d’ici la fin de la prochaine année», affirme-t-il.

Qu’est-ce qui va changer à jamais?

La pandémie a changé radicalement de nombreux aspects de la vie quotidienne, notamment en portant préjudice à la santé mentale des Canadiens et aux petites entreprises du pays.

Mais d’autres changements pendant cette crise peuvent en fait être positifs, souligne Mme Carr.

Maintenant que les Canadiens ont tant appris sur la façon dont les virus se propagent, elle prédit que davantage de personnes resteront à la maison si elles sont malades au lieu de se sentir coupables et d’y aller quand même.

Le port du masque pourrait également devenir un «outil courant dans la boîte à outils», en particulier pendant la saison du rhume et de la grippe, dit-elle, notant que les masques sont déjà couramment portés en Asie.

M. Libman dit qu’on comprend peut-être mieux les meilleurs moyens d’assurer la sécurité des gens, comme l’amélioration de la ventilation dans les restaurants.

En fin de compte, dit-il, l’objectif actuel n’est pas de ramener le risque de contracter la COVID-19 à zéro - c’est de rendre ce risque «compatible avec les risques que nous prenons dans la vie de tous les jours.»

«Dans la vie, nous choisissons tous les risques que nous acceptons de prendre», conclut-il. «Si nous ramenons le coronavirus à ce niveau de risque, et bien, c’est le risque de la vie.»

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l’anglais.

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