OPINION
22/05/2020 15:18 EDT | Actualisé 22/05/2020 15:18 EDT

Que sommes-nous en train de faire avec nos enfants?

Pouvons-nous cesser un instant de mettre l’accent sur les acquis académiques et la performance comme si l’essentiel de la réussite, du bien-être et du futur d’un enfant se mesurait à ses réussites scolaires?

Justin Paget via Getty Images

Si, avant la pandémie de la COVID-19, l’aspect affectif et social n’était pas au cœur des préoccupations dans les milieux scolaires, actuellement, nous atteignons un non-sens délirant avec toutes ces recommandations académiques ET sanitaires que nous imposons à nos enfants - et aux adultes qui les accompagnent. 

«Il ne saurait être acceptable qu’un élève ne bénéficie pas d’un encadrement pédagogique de qualité dès cette semaine, et ce, jusqu’à la fin de l’année scolaire», a écrit le ministre Roberge cette semaine. Rattrapage, obligation de suivre des cours en ligne, plan d’intervention pour assurer la réussite scolaire. Rien dans les recommandations du ministre ne considère l’aspect affectif et social des enfants et des adolescents. Rien ne considère l’impact sur le plan psychologique tant pour les enfants et les adolescents que pour les adultes qui les accompagnent. 

La sécurité, un besoin fondamental

Comment pouvons-nous demander aux jeunes de performer alors que les parents, les enseignants et tous les adultes qui les entourent sont eux-mêmes complètement submergés, dépassés, anxieux et par conséquent, non-disponibles mentalement pour offrir une véritable qualité de présence à ces jeunes?

Comment pouvons-nous demander aux jeunes d’apprendre des matières scolaires avec des exigences précises alors que leur environnement est instable et pour bon nombre d’entre eux, anxiogène?

Comment pouvons-nous demander aux jeunes de réussir et de répondre aux exigences alors que leurs besoins affectifs (relation, connexion, proximité, toucher physique) ne sont pas comblés?

Nous avons choisi collectivement qu’il était plus rentable sur le plan financier, à court et moyen terme, d’offrir des psychostimulants aux enfants plutôt que de modifier l’environnement dans lequel ils évoluent .

Comment pouvons-nous demander aux jeunes d’être concentrés, d’être créatifs, d’être motivés, d’être impliqués si nous n’entendons pas leur vécu intérieur? 

Ce qui se passe dans le cerveau d’un enfant n’est pas prioritaire. Nous avions déjà ce mode de pensée hors pandémie. Dès qu’un enfant se retrouve en situation d’échec ou à risque d’échouer, nous lui imposons un diagnostic et le médicamentons. Nous avons choisi collectivement qu’il était plus rentable sur le plan financier, à court et moyen terme, d’offrir des psychostimulants aux enfants plutôt que de modifier l’environnement dans lequel ils évoluent et de prendre le temps de connaître comment leur cerveau fonctionne. 

Nous sommes en train de s’enliser davantage avec ces exigences ministérielles, soi-disant pour sauver les acquis, limiter les retards d’apprentissage et éviter qu’un écart se creuse avec les enfants ayant une intelligence atypique (EHDAA), dont une grande partie sont hypersensibles et ont davantage besoin de sécurité affective pour apprendre.

Les impacts seront majeurs à moyen et long terme. Lorsque les besoins fondamentaux ne sont pas entendus, compris et comblés, les comportements dérangeants et problématiques surviennent : anxiété, colère, opposition, provocation, détachement, troubles de concentration, crises, défis d’apprentissage, dépression, comportements auto-agressifs, comportements à risque. Des comportements qui sont le langage affectif de nos jeunes qui s’exprimeront maladroitement, tôt ou tard. 

Cet espace sécuritaire dans lequel un enfant se sent libre, respecté, aimé, vu et entendu est un enjeu de santé publique majeur!

Le cerveau n’est pas qu’un organe cognitif, moteur et sensoriel. De nombreuses structures et circuits cérébraux sont consacrés aux émotions ainsi qu’aux relations affectives. En ces temps de pandémie, le confinement nous fait prendre davantage conscience que nous avons besoin des uns des autres et que la séparation physique est extrêmement difficile pour les humains, enfants comme adultes. 

La distanciation sociale nous impacte tous. Nos jeunes, qui sont des êtres en développement, en ressentent intensément les effets négatifs. Pour croître, le cerveau d’un enfant a besoin de sécurité affective, de contacts physiques, de lien d’attachement, d’appartenance. Les câlins sont vitaux! Cet espace sécuritaire dans lequel un enfant se sent libre, respecté, aimé, vu et entendu est un enjeu de santé publique majeur! 

Pouvons-nous aborder cet aspect essentiel au développement des enfants? Pouvons-nous, ensemble, s’assurer que les besoins fondamentaux de nos tout-petits, de nos enfants et de nos adolescents sont réellement considérés? Pouvons-nous mettre en place un environnement sécuritaire et favorable aux apprentissages? Pouvons-nous cesser un instant de mettre l’accent sur les acquis académiques et la performance comme si l’essentiel de la réussite, du bien-être et du futur d’un enfant se mesurait à ses réussites scolaires?

Comment pouvons-nous soutenir les parents sur le plan psychosocial et s’assurer qu’ils reçoivent le soutien dont ils ont besoin? Comment pouvons-nous apporter ce soutien afin qu’il puisse favoriser les relations harmonieuses au sein de la dynamique familiale afin que chaque parent puisse prendre soin de lui-même ET de son enfant? Comment briser l’isolement, en tant de pandémie ET en temps «normal»? Comment favoriser les villages d’attachement autour de l’enfant? 

Comment pouvons-nous soutenir le personnel scolaire dans cette accompagnement affectif et social des enfants? Pouvons-nous mettre sur pied des formations sur le développement affectif des jeunes? Pouvons-nous soutenir enseignants afin qu’ils puissent mettre l’accent sur l’importance des émotions, de l’empathie, de la bienveillance, de l’attachement et sur toutes les compétences émotionnelles et sociales dans nos milieux scolaires? 

Cette pandémie nous démontre à quel point notre mode de vie et notre système actuel est défaillant, autant pour les jeunes que pour les adultes. C’est une belle occasion de revoir l’éducation autrement et ensemble, de mettre nos jeunes au cœur de nos priorités.