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20/11/2020 09:36 EST | Actualisé 23/11/2020 10:49 EST

La pandémie m'a permis de découvrir mon identité de genre

Le sexe assigné à la naissance et le genre sont deux choses complètement différentes. Pour comprendre mon histoire, tu dois comprendre ça.

À ma naissance, un médecin regarde entre mes jambes et décide de mon genre: je suis élevé.e en fille cisgenre hétérosexuelle à Chicoutimi. Par contre, je m’habille dans la section des gars chez Walmart et je demande le jouet masculin chez McDo.

Quand j’arrive en sixième année, c’est là que je commence à ressentir la pression de me conformer à mon genre assigné. J’échange mes chums de gars pour des chums de filles qui m’apprennent à «m’arranger».

Courtoisie
J'ai longtemps tenu à garder ma féminité pour ne pas «avoir l'air lesbienne».

Mon (premier) coming out

Deux semaines avant de déménager à Montréal pour l’université, je lâche la «L bombe» sur ma famille. Lesbienne. Une femme qui aime les femmes. Mon orientation sexuelle est intrinsèquement reliée à mon genre. J’ai tellement d’homophobie et de transphobie internalisées en moi que je tiens fermement à garder ma féminité et à ne pas «avoir l’air lesbienne».

Ça prend des années de thérapie et la rencontre de ma blonde actuelle pour faire la paix avec ma queerness.

Février 2020. À l’aube de la pandémie, je suis «out and proud». Je joue un peu avec les codes de genre, tant que je trouve mon linge dans la section des femmes. J’adore tout ce qui est queer et je suis vocal.e sur les enjeux LGBTQ+. Ça dérange le monde par moments.

Une fois, à la job, une collègue me demande si je m’identifie comme non-binaire. Non. J’ai passé des années à me battre pour faire valider mon homosexualité par mes parents et mon entourage. Mon chemin est fait, je me connais, je suis lesbienne. Point.

La COVID-19 frappe. Du jour au lendemain, je me retrouve sans emploi, avec bien du temps devant moi. C’est la première fois de ma vie adulte que je ne travaille pas ou que je n’étudie pas.

C’est là qu’une chose magique arrive. Je commence à vivre selon mes standards, pas selon ceux imposés par la société. J’essaie le drag et je capote ben raide. Je deviens, quelques heures par semaine, Tony Tequila, drag king. J’aime performer la masculinité et jouer avec les codes de genre. Faire du drag ouvre grand la porte à des réflexions que je refoulais depuis très longtemps. 

Courtoisie
Je deviens, quelques heures par semaine, Tony Tequila, drag king. J’aime performer la masculinité et jouer avec les codes de genre.

Pendant le confinement, la question de ma collègue me trotte dans la tête. Avec le support inconditionnel de ma blonde, j’en viens à faire mon deuxième coming out. Je suis non-binaire et trans. Quand je me regarde dans le miroir, je ne vois ni un homme, ni une femme, ni les deux. Je vois une personne. Une personne qui utilise «iel» ou encore, en anglais, «they/them» comme pronoms.

Pas le temps de niaiser. Ça ne prend pas grand temps que j’envoie une vidéo de coming out à mes ami.es proches. Je ne dis rien à mes parents. La première sortie du placard n’a pas été facile, j’ai peur. C’est quelque chose de dire à des boomers que tu es lesbienne, s’en est une autre de dire que tu es trans/non-binaire. Au moment d’écrire ces lignes, mes parents ne le savent toujours pas. Ils l’apprendront par Facebook, quand je partagerai ce texte sans shame.

Dans la sécurité de mon appartement, je ne ressens pas la pression de l’extérieur de performer le genre qu'on m'a assigné à la naissance.

Au fur et à mesure que je joue avec Tony Tequila, je construis ma nouvelle identité. Mon parcours de genre est intrinsèquement lié avec le parcours de mon persona drag king.

Dans la sécurité de mon appartement, je ne ressens pas la pression de l’extérieur de performer le genre qu’on m’a assigné à la naissance. Comme je ne sors pas, il n’y a pas de collègues cis et hétéros pour faire des blagues déplacées sur la non-binarité et je n’ai pas besoin d’expliquer mon genre aux personnes que je rencontrerais dans un party en temps normal.

Tranquillement, je trouve ma (nouvelle) place dans la communauté et j’envisage un nouveau chapitre de vie. 

Nouvelle job. J’ai récemment été engagé.e à la Coalition des familles LGBT+, un organisme communautaire de défense des droits des familles de la diversité sexuelle et de genre. Là, tout le monde respecte mes pronoms et est aussi queer que moi. Personne pour me demander mon «deadname» (nom de naissance) ou me dire que je suis «too much». Travailler dans la communauté, c’est incroyable, c’est gratifiant, c’est la meilleure job que j’ai eue de ma vie.

J’ai besoin de vivre dans une ville qui ne me connait pas. De rencontrer des gens qui n’ont pas d’attentes envers une ancienne version de moi.

La pandémie a tout remis en perspective. Au point où la personne que je suis maintenant ne reconnaîtrait pas la personne que j’étais avant la pandémie.

Aujourd’hui, même si mon identité se construit encore, je me sens bien dans mon genre, et j’imagine que je devrais remercier la pandémie pour ça. Ma blonde et moi déménageons en Ontario en janvier. J’ai besoin de vivre dans une ville qui ne me connait pas. De rencontrer des gens qui n’ont pas d’attentes envers une ancienne version de moi. J’ai besoin de vivre en anglais, où tout n’est pas tellement genré dans la langue. J’ai besoin de commencer un nouveau chapitre, avec ma nouvelle identité. On vit tous.tes nos coming out différemment.

Le genre est une construction sociale

Jo. Non-binaire, trans, queer. Ça c’est moi. Personnellement, je ne m’identifie plus comme lesbienne, ça ne résonne plus vraiment avec qui je suis. Comme quoi l’identité, le genre et l’orientation sexuelle, c’est fluide. Au cours de mon cheminement, plusieurs choses m’ont fait sentir bien dans mon genre de la part de ma blonde, ma sœur et mes ami.es. Je laisse donc ici quelques trucs pour aider une personne trans à se sentir plus confortable:

- Normalise les pronoms. Demande ceux des gens quand tu les rencontres et présente-toi en nommant les tiens. Ça peut être aussi simple que de mettre «Elle/she/her» dans ta bio Instagram.

- Si tu travailles en service à la clientèle, laisse tomber les titres de civilité. Je viens pour acheter du papier de toilette, pas pour me faire appeler madame.

- Ne demande jamais notre «deadname» (nom de naissance). La plupart du temps, c’est un prénom qui est très genré et qui ne correspond pas à notre identité de genre.

- Si tu te trompes de pronom et qu’on te corrige, excuse-toi et fais plus attention à l’avenir. On ne te doit pas de te pardonner en disant que c’est rien, que c’est «tellement pas grave».

- Éduque-toi par toi-même. Ce n’est pas le devoir émotionnel de la communauté LGBTQIA2S+ de t’éduquer sur ses réalités et ses enjeux. Google it.

Courtoisie
La pandémie a tout remis en perspective. Au point où la personne que je suis maintenant ne reconnaîtrait pas la personne que j’étais avant la pandémie.

Il y en a d’autres et, bien entendu, ici je parle pour moi, je ne parle pas au nom de toutes les personnes non-binaires et trans du monde. Nos expériences sont toutes uniques et valides.

Ce qu’il faut garder en tête, c’est que le genre est une construction sociale. Le genre, c’est dans la tête, pas dans les pantalons. C’est fluide, et c’est personnel à chacun.e. C’est de l’auto-identification. Tu es la seule personne à connaître réellement ton genre. Personne ne peut forcer une identité de genre sur toi, même si la société te dit le contraire. Tu es valide.

Si tu te questionnes sur ton genre ou si tu éprouves de la difficulté à faire ton coming out, voici quelques ressources que tu peux utiliser, ainsi qu’un lien vers mon projet personnel, «Pour passer le temps».

La section Perspectives propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.