DIVERTISSEMENT
26/07/2019 07:40 EDT | Actualisé 26/07/2019 13:13 EDT

«Orange Is the New Black»: un surveillant de prison nous donne son avis sur la série

Piper Chapman, Alex Vause, et les autres prisonnières d'«Orange Is the New Black» sont-elles des personnages crédibles? Un surveillant pénitentiaire nous donne son avis.

Peut-on faire confiance aux séries pour nous décrire la réalité du monde hospitalier, policier ou carcéral? C’est la question que beaucoup se posent devant “Orange Is the New Black” sur Netflix: La vie en prison, ça se passe vraiment comme ça ?

À l’occasion de la sortie de la 7e et dernière saison ce vendredi 26 juillet, LeHuffPost France a demandé à Sofian de Sloover, surveillant de prison au centre pénitentiaire d’Aiton, en Savoie, de nous donner son point de vue sur la série. 

Il est recommandé d’être à jour jusqu’à la saison 6 de “Orange Is the New Black” pour poursuivre cette lecture qui ne contient par contre pas de spoilers sur la saison 7. 

D’entrée, Sofian de Sloover salue la qualité d’écriture de la série, “d’autant plus qu’elle met en scène une prison pour femmes, ce qu’on ne voit pas dans les autres films ou séries sur le monde carcéral comme “Les Évadés”, “Prison Break” ou “Oz” ”. Il explique ainsi cette tendance: “En France, il y a 71 000 détenus dont 2 500 femmes. En général, elles sont plutôt enfermées pour des actes isolés comme le meurtre, l’infanticide, la consommation de drogue, que pour de la délinquance, du trafic, ou des infractions sur le long terme”. Et de poursuivre: “La grand-mère du début, Miss Claudette, qui a tué quelqu’un qui voulait abuser de sa fille, est un bon exemple de ce qu’on retrouve en réalité”.

Des profils très réalistes

“Piper Chapman est une primo-arrivante, ce qui est finalement assez rare en prison, elle fait tâche puis s’adapte. Et chaque résidente de la prison représente un autre profil particulier, qu’on peut trouver dans la réalité : celle avec des troubles psychiatriques (Suzanne), la toxicomane (Tricia), la trafiquante (Alex)”, évoque-t-il.

Des personnages comme Suzanne, qui n’auraient pas leur place en prison mais plutôt dans un centre médical, ne sont pas rares dans les prisons françaises. D’après la Cour des comptes et le rapport du groupe de travail santé justice, 20% à 30% de la population carcérale serait atteinte de pathologies psychiatriques importantes. 

Netflix
Crazy Eyes Suzanne, "la folle dingue" de "Orange is the new black"

Le surveillant de prison trouve aussi les relations entre les personnages cohérentes. “C’est un système de dominant-dominé, avec des conflits et des vengeances”, un peu comme lors de l’adolescence. Lorsqu’on lui demande si la série n’insiste pas assez sur le phénomène de bouc-émissaire ou de harcèlement entre prisonniers, il répond: “Non, en réalité il n’y en a pas plus que dans la vie hors de la prison, d’autant plus que l’on peut déplacer les détenu.e.s. La série est juste sur ce point.”

En revanche la thématique du suicide est assez peu évoquée dans la série, malgré le maquillage de la mort de Tricia en suicide. “Alors que pourtant, c’est un problème, il y en a en France comme aux États-Unis”, insiste-t-il.

Des relations amoureuses moins fréquentes

La vie en prison, c’est “comme dans un petit village”, tout est remplacé en miniature. Il y a des postes à la cuisine comme pour Galina “Red” Reznikov, à la maintenance, des ateliers. Pour Sofian de Sloover, “aux États-Unis, la prison est plus ouverte qu’en France, les détenus ont plus de marge de manoeuvre pour y circuler”, et cela facilite la socialisation dans la prison. Certaines détenues comme Piper gagnent en responsabilité, d’autres sont dé-responsabilisées par la prison qui gère toute leur vie. La sortie peut alors être très difficile, comme pour le personnage d’Aleida Diaz.

Néanmoins “les relations amoureuses comme celle entre Piper et Alex sont peu fréquentes”, selon M. de Sloover. La prison n’est sans doute pas le meilleur cadre pour en établir une, ne serait-ce que du fait de la mobilité des prisonniers: “En cas de transfert, il y a une rupture des liens, surtout s’il s’agit d’une mutation disciplinaire”. Alors qu’à l’inverse les personnages de la série maintiennent leurs liens même quand certaines sortent de la prison, en établissant parfois des trafics de l’extérieur vers l’intérieur de l’établissement (comme Aleida et son trafic d’héroïne en prison dans la saison 6).

Netflix
Aleida Diaz

Le rôle du surveillant

L’objet (interdit) le plus convoité en prison est... le smartphone. Sofian de Sloover en explique les méthodes: “Soit un prisonnier le fait rentrer, en le cachant dans son anus (qui est l’option ‘safe’) ou bien le garde près de lui en espérant ne pas se faire fouiller, soit quelqu’un lui lance par dessus le mur de la prison, depuis l’extérieur”. La drogue circule, mais bien moins que dans le show d’après notre interlocuteur.

Dans la série, c’est principalement des surveillants corrompus et malsains comme George “Pornstache” Mendez qui font entrer de la drogue ou des objets en échange de faveurs sexuelles. Sofiane de Sloover revient sur ce point: “En France, heureusement, le règlement dispose que seules des femmes peuvent surveiller des femmes, aux États-Unis c’est différent... Mais les surveillants de la série servent aussi à créer des antagonistes, qu’ils soient tous corrompus, ce serait impensable en France, c’est une profession très cadrée.”

Ce texte a été publié originalement dans le HuffPost France.