DIVERTISSEMENT
27/07/2019 21:02 EDT

«Once Upon a Time... in Hollywood»: les souvenirs et la vengeance de Quentin Tarantino

Tarantino, Pitt, DiCaprio, Robbie... Qu'est-ce qui pouvait mal tourner?

Sony Entertainment

Avec son neuvième long-métrage, Once Upon a Time… in Hollywood, Quentin Tarantino a décidé d’offrir au public un petit voyage de 161 minutes au coeur de ses souvenirs, des méandres de sa créativité et des questions existentielles venant avec la fin (brutale) d’une époque, et d’une certaine innocence.

Ayant fait de l’hommage et du croisement des genres sa marque de commerce, le réalisateur nous entraîne à Hollywood, en 1969, pour nous faire suivre les parcours de plus en plus sinueux de l’acteur Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) et de sa doublure / homme à tout faire Cliff Booth (Brad Pitt).

Tarantino s’aventure dès lors dans les coulisses à la fois fascinants et peu reluisants de l’industrie du divertissement qui l’a fait tant rêver pour en relever le grotesque, raconter les anecdotes, et célébrer ces instants de grâce (une scène jouée à la perfection, un plan magnifique, une réplique assassine) qui peuvent survenir à tout moment, et qui alimentent les passions.


Il y a peu de choses plus stimulantes pour un cinéphile qu’écouter Quentin Tarantino parler inlassablement de cinéma et de culture populaire. Et
Once Upon a Time… in Hollywood, c’est un peu l’équivalent de voir le cinéaste mettre en images ses longues discussions tournant autour de ses sujets de prédilection, et tout mettre en oeuvre pour nous transmettre cette passion.

Fidèle à ses habitudes, le réalisateur américain s’amuse abondamment avec la ligne du temps de son récit, les changements de ton, et les dialogues, mais aussi avec l’étrange rapport qu’entretient la réalité avec la fiction.

Once Upon a Time… in Hollywood est un film de Tarantino réalisé dans les règles de l’art. Sur le plan de la forme, il s’agit probablement du long-métrage le plus ambitieux du cinéaste depuis Kill Bill. La direction artistique et la direction photo sont à couper le souffle, et font transparaître à chaque instant la touche très personnelle qu’insuffle le réalisateur à cette superbe reconstitution d’époque.

De par sa grande attention aux détails, sa trame musicale parfaitement assemblée (évidemment), ses performances impulsives et son rythme déjanté, Once Upon a Time… in Hollywood devient rapidement un film aussi captivant que dans lequel il fait bon se perdre et se laisser absorber par les moindres petites choses que son auteur nous présente.


Ne cachant pas sa propre nostalgie, Quentin Tarantino ne cherche pas non plus à camoufler les travers de l’époque. Ce dernier dresse le portrait d’une Hollywood très blanche (même Samuel L. Jackson, fidèle acolyte du réalisateur, n’apparaît pas au générique du présent opus), témoignant de son racisme ordinaire («Don’t cry in front of the Mexicans») et de son machisme, tout comme de ses vices, de son égocentrisme et de sa lutte des classes.

Tout y passe sans qu’aucune de ces questions ne deviennent jamais un véritable enjeu, s’imposant plutôt comme les observations d’un cinéaste soucieux de l’authenticité et de la sincérité de sa démarche, mais créant aussi une belle ambivalence autour de ses personnages.

À cet égard, entre les grands moments de comédie, les drames personnels, les scènes de tension et une séquence d’une violence inouïe, Leonardo DiCaprio et Brad Pitt composent un duo aussi tragique que comique avec un enthousiasme débordant.

Évidemment, il y a aussi en arrière-plan l’histoire de Sharon Tate (Margot Robbie), jeune actrice candide promise à un bel avenir et femme de Roman Polanski qui, dans la réalité, fut brutalement assassinée par trois disciples de Charles Manson.

Tarantino étant Tarantino, la façon dont est traitée cette partie du film renvoie directement à l’inhérente naïveté de son titre, permettant au cinéaste de prendre ses aises pour permettre à cet âge d’or hollywoodien envers lequel il se montre aussi admiratif que critique de se poursuivre, et aux stars si chers à l’auteur - même si fictives - de prospérer un peu plus longtemps.

Once Upon a Time… in Hollywood est présentement à l’affiche partout au Québec.