POLITIQUE
12/07/2019 14:07 EDT

Oléoduc: François Legault sous pression à Saskatoon

Le premier ministre québécois a juré de contester tout éventuel projet de pipeline qui passerait par la province.

La Presse Canadienne
François Legault discute avec le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, qui a affirmé vouloir «convaincre» le Québec d’accepter un nouveau projet de pipeline.

SASKATOON — Sous la pression de ses homologues, le premier ministre François Legault a juré jeudi de contester tout éventuel projet d’oléoduc qui partirait de l’Alberta jusqu’au Nouveau-Brunswick, en passant par le Québec.

Mais la question n’est pas tant juridique que politique, a-t-il déclaré en concluant sa première rencontre du Conseil de la fédération. Il n’y a tout simplement pas «d’acceptabilité sociale» au Québec pour un oléoduc qui transporterait du pétrole, a-t-il répété, au grand dam de son homologue albertain, Jason Kenney, qui a paru parfois excédé par la formule employée.

La veille, M. Kenney s’en était pris à M. Legault, en lui rappelant, par médias interposés, que les oléoducs interprovinciaux relèvent de la responsabilité réglementaire fédérale. En ce sens, il a fait valoir que le gouvernement fédéral peut imposer une infrastructure interprovinciale, malgré l’opposition d’une province. 

Évidemment, quand il y a un projet important comme un oléoduc, il doit y avoir une évaluation environnementale, et la province de Québec a tous les pouvoirs, selon nous, pour accepter ou refuser un tel projet.François Legault, premier ministre du Québec

Il a accusé le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, d’avoir accordé «à une province (le Québec) un veto sur un projet de pipeline interprovincial» comme Énergie Est. 

L’oléoduc Énergie Est, évalué à 15,7 milliards $, devait acheminer quotidiennement 1,1 million de barils de pétrole de l’Alberta et de la Saskatchewan vers les raffineries et terminaux portuaires de l’Est du Canada.

La compagnie TransCanada avait dû abandonner le projet Énergie Est en raison notamment des nouvelles exigences de l’Office national de l’énergie, qui avait décidé d’élargir le processus d’évaluation pour tenir compte de la production de gaz à effet de serre (GES) en amont et en aval du projet.

«Le niveau de frustration et d’aliénation qui existe en Alberta en ce moment à l’endroit d’Ottawa et de la fédération est, je suis persuadé, à son plus haut certainement de l’histoire contemporaine de notre pays», a déclaré M. Kenney, jeudi.

L’environnement, une compétence provinciale, dit Legault

Le thème de l’énergie a largement dominé les échanges lors de la réunion des premiers ministres, le Québec faisant figure de rabat-joie. M. Legault s’est en revanche dit disposé à concrétiser un projet de gazoduc afin d’exporter du gaz naturel liquéfié sur les marchés internationaux.

Si un nouveau projet Énergie Est venait à être proposé, le Québec défendrait ses pouvoirs en matière d’environnement, a-t-il dit. «Nous, on croit que l’environnement et les évaluations environnementales, ça relève des provinces, a déclaré François Legault. Évidemment, quand il y a un projet important comme un oléoduc, il doit y avoir une évaluation environnementale, et la province de Québec a tous les pouvoirs, selon nous, pour accepter ou refuser un tel projet.» 

«Mais au-delà de la constitution et de la légalité de certains gestes, il reste quand même qu’il y a de la politique, et en bout de ligne, ce sont les citoyens qui s’expriment [...] et au Québec, il y a une majorité de Québécois qui ne veulent pas avoir un nouveau pipeline de pétrole», a-t-il ajouté.  

M. Legault a dû reconnaître, par contre, qu’il se fiait à de vieux sondages pour appuyer ses dires. Un sondage réalisé par la firme Angus Reid en 2016 suggérait que l’appui au projet Énergie Est au Québec s’élevait à 48 pour cent, comparativement à 87 et 78 pour cent en Alberta et en Saskatchewan. 

En décembre 2018, un sondage commandé par l’Institut économique de Montréal (IEDM) avançait que 66 pour cent des répondants québécois préfèrent que le pétrole importé dans leur province provienne de l’Ouest canadien que de n’importe quel autre endroit dans le monde.

Le Nouveau-Brunswick veut «convaincre» le Québec

Pour sa part, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, a affirmé vouloir «convaincre» le Québec d’accepter un nouveau projet de pipeline.

«Prenons le temps d’expliquer que d’accepter un pipeline ne revient pas à accepter des combustibles fossiles pendant 40 ou 50 ans, a-t-il dit. C’est d’offrir le meilleur moyen de transport qui existe aujourd’hui, le plus sécuritaire et le plus fiable. [...] Et puis, l’industrie peut financer l’innovation.» 

La prochaine rencontre estivale du Conseil de la fédération se tiendra au Château Frontenac, à Québec.   

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