Mutation de la COVID: pas plus de morts? Pas si sûr...

On doit rester sur nos gardes.

Des variants du coronavirus ont été identifiés à la fin de 2020 au Royaume-Uni, en Afrique du Sud et au Brésil, avant de se propager dans plus de 60 pays, dont le Canada. Il a rapidement été dit qu’ils étaient plus contagieux, quoique pas plus mortels. Mais ce n’est pas aussi simple. Explication.

La source de l’inquiétude

Un virus subit continuellement des mutations. Plus le nombre de personnes infectées s’accroît, plus le risque augmente qu’une de ces mutations rende ce virus plus « efficace ». Depuis le début de la pandémie, l’une des principales craintes a donc été de voir apparaître un variant plus contagieux.

D’après les premières recherches, le variant détecté pour la première fois au Royaume-Uni en novembre, et qui circulait depuis au moins le mois de septembre, semble de 50 à 74 % plus transmissible que les autres versions du virus. Les chercheurs l’attribuent à une mutation, similaire à celle repérée dans les variants apparus en Afrique du Sud et au Brésil, et qui permet au virus de mieux se fixer à nos cellules.

Dans une analyse préliminaire (et non encore révisée par les pairs) parue le 15 janvier, des chercheurs britanniques auraient observé une plus grande charge virale chez les personnes infectées par le variant, ce qui expliquerait qu’elles soient plus contagieuses.

Rien n’indique toutefois que les personnes infectées par ces nouveaux variants soient plus malades que les autres ou aient des symptômes différents. Et rien n’indique non plus que le taux de mortalité soit plus élevé, ce qui a tout de suite été vu comme une nouvelle rassurante.

Plus de cas : plus de décès

Mais la nouvelle n’est pas rassurante pour autant. Parce que c’est une question de statistiques : un virus plus contagieux qui se propage davantage dans la communauté signifie qu’il y aura, tôt ou tard, davantage d’hospitalisations. Autrement dit, plus il y a de gens infectés, plus il y a de personnes hospitalisées et plus il risque d’y avoir des décès. Et ce, même si le virus n’est pas plus mortel.

« Un virus qui est 50 % plus contagieux est même plus préoccupant qu’un virus qui est 50 % plus mortel », a résumé sur Twitter l’épidémiologiste britannique Adam Kucharski.

La façon d’évaluer cela passe par le concept du taux de reproduction du virus, ou R. Quand R est égal à 1, chaque personne infectée transmet le virus, en moyenne, à une autre personne. Le nombre de cas demeure ainsi le même, de semaine en semaine. L’objectif des diverses mesures (confinement, distanciation, masque, etc.) est donc de ramener ce chiffre en dessous de 1.

À titre d’exemple, au Québec cet automne, ce taux a oscillé entre 0,92 et 1,18. Une augmentation de la transmissibilité de 50 % pourrait donc signifier un R se situant autour de 1,5. S’il devait atteindre ce seuil, ce serait un taux comparable à celui qui avait été atteint à la fin-mars, alors qu’on s’approchait du pic de la première vague.

Le magazine Vox illustre l’affirmation d’Adam Kucharski par une communauté fictive où 10 000 personnes sont infectées. Supposons que chaque personne en infectait en moyenne 1,1, avant l’arrivée du nouveau variant. Considérant qu’il peut s’écouler quelques jours entre le moment où une personne est infectée et celui où elle est contagieuse, un mois plus tard (à la 5e « génération »), 16 000 étaient contaminées. En supposant un taux de mortalité de 0,8 %, comme c’était le cas en Angleterre à la fin de la première vague, le nombre de morts serait de 128.

Imaginons à présent deux scénarios. Dans le premier, le virus devient 50 % plus mortel : on compterait 192 morts plutôt que 128, après un mois. Dans le second scénario, il devient « simplement » 50 % plus contagieux, comme cela semble être le cas avec ce nouveau variant : le nombre de cas atteint alors 122 000 après un mois, ce qui représenterait 978 décès.

Une étude britannique non revue par des pairs, parue le 4 janvier, concluait que le variant en question se propageait avec un taux de 1,45 — malgré les restrictions sanitaires — comparativement à un taux de propagation de l’ancienne version de 0,95. Une semaine plus tôt, une analyse préliminaire du Collège impérial de Londres avait été plus inquiétante encore, faisant état de différentes estimations qui plaçaient le taux de reproduction entre 1,4 et 1,8.

On peut nuancer cela en rappelant que les décès surviennent davantage dans des populations vulnérables, et qu’il n’est pas inévitable que ce variant pénètre des milieux où résident des populations plus malades ou plus âgées.

Mais on peut aussi ajouter que si le taux de contagion est plus élevé, le pourcentage de la population qui devra être vaccinée pour atteindre l’immunité collective devra également être plus élevé.

Verdict

Un virus plus contagieux entraîne inévitablement une hausse des hospitalisations, et celles-ci entraînent un risque accru d’une augmentation des décès, du moins dès que le virus atteint les populations les plus vulnérables.

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