Notre obsession pour la noix de coco est-elle mauvaise pour l’environnement?

Votre huile, votre eau et vos autres produits préférés à base de noix de coco mettent à rude épreuve les terres et les agriculteurs. Voici comment.

Au cours de la dernière décennie, l’humble noix de coco a connu un essor considérable dans le monde occidental. Elle est passée d’un fruit tropical exotique, limité aux desserts et à l’occasionnelle pina colada, à un aliment de base important du garde-manger sous ses nombreuses formes ― huile de coco, eau, lait, crème, sucre, farine, flocons, croustilles et plus.

L’industrie croissante du bien-être a encouragé les consommateurs à intégrer plus de produits de noix de coco dans leur vie. L’huile de coco, par exemple, a été vantée pour ses propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires et même pour brûler les graisses.

Mais il y a un autre aspect inhérent à la forte demande de noix de coco: elle constitue une menace pour l’environnement et ne parvient pas à produire un salaire décent pour les agriculteurs.

Alors que les environnementalistes encouragent les gens à manger local, de manière durable et avec une empreinte carbone minimale, il n’y a rien de local ― ni généralement même continental ― dans la consommation de noix de coco aux États-Unis et en Europe, les plus grands importateurs de produits à base de noix de coco.

La noix de coco est originaire d’Asie du Sud-Est. Si elle pousse dans les pays tropicaux du monde entier, près des trois quarts de l’approvisionnement mondial viennent encore des Philippines, d’Indonésie et de l’Inde. Selon un rapport publié par Allied Market Research, l’industrie mondiale des produits à base de noix de coco était estimée à 12,75 milliards de dollars en 2019 et devrait atteindre 31,1 milliards de dollars d’ici 2026.

La demande en noix de coco dans les pays développés met à rude épreuve leur production naturelle durable par les agriculteurs des pays en développement. Voici ce qui cloche.

De nombreux producteurs de noix de coco utilisent des engrais chimiques nocifs.

Pour augmenter la rentabilité de leur ferme, plusieurs producteurs de noix de coco se lancent dans la «monoculture» ― ne cultivant qu’un seul produit sur la même terre, année après année. Cette pratique finit par épuiser les nutriments du sol, ce qui oblige ensuite les agriculteurs à utiliser des engrais chimiques, nocifs pour l’environnement.

Un travailleur sur une ferme de Ubud en Indonésie.
Un travailleur sur une ferme de Ubud en Indonésie.

Alimentés par le nouvel engouement pour les produits à base de noix de coco en Occident, les principaux producteurs ont cédé des superficies massives à cette monoculture, conduisant à une agriculture chimiquement intensive et ruinant la biodiversité des terres sur lesquelles les cocotiers sont plantés.

«On finit par créer une plantation de monoculture qui éliminera toutes les autres cultures», a déclaré Tomy Mathew, fondateur de Fair Trade Alliance Kerala et une entreprise indienne certifiée équitable et biologique qui exporte des produits à base de noix de coco aux États-Unis et en Europe.

M. Mathew note que les grandes plantations de l’État indien du Tamil Nadu, par exemple, sont situées dans des régions déjà frappées par la sécheresse, dont l’approvisionnement en eau s’épuise maintenant «à un rythme alarmant pour irriguer ces fermes».

«Comme c’est arrivé avec le cacao, de même qu’avec la vanille, ce type de production intensive de ressources n’est pas durable à long terme», explique M. Mathew. Les agriculteurs travaillant dans les plantations de vanille et de cacao dans l’État indien du Kerala ont subi une énorme perte de revenus lorsque les prix de ces produits se sont effondrés. Par la suite, dit-il, bon nombre de ces agriculteurs ont adopté une approche de polyculture plus durable, faisant alterner une variété de cultures sur leurs terres et répartissant le risque associé à la plantation d’une seule sur plusieurs.

«Je crois que la croissance des “tendances alimentaires” dans l’Occident et le Nord impose un fardeau injuste et difficile aux agriculteurs les plus pauvres du Sud», déplore Simrit Malhi, agricultrice en permaculture au sein de son entreprise familiale, Roundstone Farms. «On doit garder à l’esprit que des arbres comme la noix de coco ou l’avocat mettent au moins trois à cinq ans pour mûrir et commencer à produire des fruits. Souvent, au moment où les fruits sont prêts, la tendance est déjà passée, obligeant les agriculteurs les plus pauvres à cultiver leurs produits à l’aide d’engrais chimiques pour obtenir des résultats plus rapides.»

Elle cite, à titre d’exemple, les coûts environnementaux des avocats cultivés chimiquement au Mexique, plantés pour alimenter l’essor de l’avocat aux États-Unis.

À mesure que les cocotiers vieillissent, leur rendement diminue ― ainsi que le revenu des agriculteurs.

Les cocotiers ont une durée de vie productive de 30 à 40 ans. En vieillissant, ils produisent de moins en moins de noix de coco. Beaucoup de leurs arbres ayant dépassé le pic de productivité depuis longtemps, l’industrie de la culture de la noix de coco en Asie souffre de faibles rendements depuis des années. Les récoltes ont diminué depuis que la production mondiale de noix de coco a culminé en 2013.

Malgré la demande occidentale, la région Asie-Pacifique a connu une augmentation globale de la production de seulement 1,3% par an de 2000 à 2015, tandis que les Philippines ont en fait connu une baisse de la production ces dernières années. Pour de nombreux agriculteurs, la culture de la noix de coco ne rapporte plus un revenu durable.

Un travailleur s'affaire à la fabrication de friandises avec des noix de coco dans la région du delta du Mékong, au Vietnam.
Un travailleur s'affaire à la fabrication de friandises avec des noix de coco dans la région du delta du Mékong, au Vietnam.

D’autres défis existent aussi. «La plupart des planteurs renoncent à la production de noix de coco en raison des salaires exorbitants exigés pour grimper aux cocotiers et décortiquer les noix», précise Mathew Jose, fondateur de la société Farm Origin. Selon lui, les conditions du marché au Kerala, l’État produisant le plus de noix de coco en Inde, constituent l’une des principales raisons pour lesquelles la production est en baisse. «Les agriculteurs de cette région choisissent plutôt de commercialiser leurs terres ou de cultiver des arbres fruitiers exotiques (ramboutan, mangoustan) pour augmenter leurs revenus», dit-il.

Malgré la flambée de la consommation mondiale, les agriculteurs obtiennent de faibles rendements.

Les bénéfices de la vente des produits à base de noix de coco ne se répercutent pas jusqu’aux agriculteurs.

Les conglomérats dont les produits envahissent les rayons des supermarchés s’approvisionnent en noix de coco à partir de plantations pratiquant la monoculture à grande échelle, qui sont gérées comme des entreprises et mécanisées pour assurer un approvisionnement constant. Cela ne laisse pas de place significative aux petits agriculteurs marginalisés qui luttent simplement pour atteindre l’équilibre financier par rapport à leurs coûts de production. Ils ne profitent pas des avantages de ce commerce en plein essor.

Tomy Mathew explique que les agrégateurs et les intermédiaires dans le commerce de la noix de coco dictent les fluctuations du prix du marché de la noix de coco, ce qui finit par affecter les moyens de subsistance des agriculteurs. «Lorsque vous faites la moyenne [de la fluctuation des prix du marché] par rapport à deux ou trois périodes de récolte, les agriculteurs n’arrivent pas à en tirer un profit», dit-il.

M. Jose note que malgré la demande accrue de produits à base de noix de coco, «les planteurs ne voient pas une augmentation correspondante des prix des noix de coco brutes. La majeure partie de l’augmentation des prix se produit après qu’il y ait une certaine valeur ajoutée dans la chaîne d’approvisionnement.»

En d’autres termes, lorsque le produit est vendu aux grossistes par les agriculteurs, puis aux unités de fabrication et de transformation, au fur et à mesure qu’il est emballé, exporté et vendu au détail, ces autres parties de la chaîne d’approvisionnement siphonnent leurs bénéfices. Au final, le producteur primaire ne reçoit presque rien des profits tirés du produit emballé.

Une travailleuse péruvienne tient des noix de coco fraîchement récoltées.
Une travailleuse péruvienne tient des noix de coco fraîchement récoltées.

«Si vous récupérez l’argent tiré d’une huile de noix de coco à 20 $, le prix d’une noix de coco vous reviendra à [14 cents]. À moins que ce ne soit une chaîne d’approvisionnement qui promet un prix équitable au producteur primaire, je considérerais ce produit avec un énorme point d’interrogation», relate M. Mathew.

Que peuvent faire les consommateurs pour encourager une chaîne d’approvisionnement équitable?

En Occident, l’intérêt des consommateurs par rapport aux produits à base de noix de coco s’attarde surtout aux enjeux de santé, mais peu sur l’approvisionnement éthique de ces produits. Donc, que faire?

«Il est extrêmement important de poser des questions sur les chaînes d’approvisionnement durable», mentionne M. Mathew, soulignant qu’il est nécessaire que les gens demandent des comptes aux marques qu’ils utilisent. Il suggère particulièrement de rechercher des marques qui essaient de garantir des prix équitables aux producteurs de noix de coco et d’encourager la polyculture.

Mais le commerce de produits de base comme le café, le thé, le cacao, le sucre, les épices et la noix de coco a toujours été dicté par les modes de consommation internationales et alimenté par la colonisation. Les répercussions de ce commerce doivent nécessairement être affrontées.

Alors que les petites entreprises de niche s’efforcent de construire un système plus équitable et durable, la majorité de notre approvisionnement alimentaire provient de chaînes massives gérées par des entreprises. Un mouvement dirigé par les consommateurs devra ultimement préconiser le changement et demander des comptes à ces entreprises.

Que peuvent faire les consommateurs dès maintenant? Ils peuvent diversifier leur garde-manger pour inclure un sain mélange de produits cultivés localement et de ceux obtenus de manière responsable dans d’autres régions du monde. Les produits importés peuvent être des plaisirs occasionnels, pas une tendance irréfléchie. Cela contribuerait certainement à réduire le fardeau des agriculteurs des pays en développement de devoir cultiver à une vitesse vertigineuse, à la merci de l’Occident.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost États-Unis a été traduit de l’anglais.