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13/07/2020 15:25 EDT | Actualisé 13/07/2020 20:37 EDT

Le Musée des beaux-arts de Montréal met fin au contrat de Nathalie Bondil

La décision est «applicable en date d'aujourd'hui».

D Dipasupil via Getty Images

Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) a montré la porte à Nathalie Bondil, sa directrice générale et conservatrice en chef.

Le conseil d’administration du musée a annoncé lundi avoir immédiatement mis fin à son contrat, soulignant des “témoignages troublants d’employés faisant état d’une détérioration évidente du climat de travail”.

Selon les informations de Radio-Canada, Nathalie Bondil estimait pas plus tard que la veille que les administrateurs tentaient plutôt de la pousser vers la sortie parce qu’elle n’avait pas endossé la nomination quelques jours plus tôt de Mary-Dailey Desmarais au poste de directrice de la conservation.

En entrevue avec La Presse Canadienne, le président du conseil d’administration, Michel de la Chenelière, a maintenu que l’institution muséale ne pouvait plus fermer les yeux sur l’environnement de travail “toxique”, plus particulièrement dans le département de la conservation.

L’organisation affirme avoir vu plusieurs départs d’employés clés depuis l’an dernier et avoir été interpellée par le syndicat à cet effet au mois d’octobre dernier.

La firme externe Cabinet RH a alors été embauchée pour faire la lumière sur la situation. Son rapport présenté en février recommandait notamment l’ouverture d’un poste de direction de la conservation pour “créer une distance” entre ce département et Mme Bondil, mais aussi pour alléger la pression sur cette dernière, indique M. de la Chenelière.

Sans avoir forcément résisté à cette restructuration, Mme Bondil aurait selon lui “fait beaucoup de déni” quant à la gravité des faits reprochés.

Le conseil d’administration fait état de “tentatives maintes fois répétées” au cours des derniers mois pour trouver une solution, soutenant qu’elles se sont “butées à l’inflexibilité de Mme Bondil”.

Son rejet d’une proposition de règlement “qui aurait permis à toutes les parties d’entamer une transition harmonieuse d’ici la fin de son contrat prévu pour la fin juin 2021 a convaincu le conseil d’administration de mettre fin immédiatement à son emploi comme directrice générale et conservatrice en chef”, peut-on lire dans le communiqué transmis lundi.

“Il est regrettable qu’une association remarquable de plus de 21 années entre le Musée et Mme Bondil se termine de cette manière”, peut-on y lire.

Mme Bondil a pourtant participé au recrutement et à la sélection de quatre candidatures pour le nouveau poste de direction du département de conservation. Mary-Dailey Desmarais, qui est issue d’une famille de puissants donateurs, a finalement été retenue.

“Ce n’était pas le choix de Mme Bondil et ça a pu créer des problèmes, c’est vrai”, a reconnu M. de la Chenelière.

Levée de boucliers

Les rumeurs de l’éventuel départ de cette sommité mondiale avaient déjà commencé à susciter de vives réactions.

Des membres du musée se sont rapidement organisés pour convoquer une assemblée spéciale par le biais d’une pétition. Ils demandent “une explication ouverte” du point de vue des deux parties, en plus de la tenue d’un audit externe en collaboration avec le ministère québécois de la Culture sur le climat de travail, mais aussi sur la gouvernance du musée.

Lorsque la nouvelle est finalement tombée, quelques dizaines de femmes haut placées dans leur organisation respective ont signé une lettre ouverte pour exprimer leur opposition à ce congédiement qui “apparaît irrationnel à la lumière de sa feuille de route extraordinaire”. Sur la base des informations rapportées dans les médias, ces leaders estiment que le conseil d’administration s’est immiscé dans la gestion du musée et que celui-ci ferait face à de sérieux problèmes de gouvernance.

L’ex-maire de Montréal Denis Coderre a pour sa part déploré une “grande perte” pour la métropole, soulignant notamment l’apport de Mme Bondil aux célébrations du 375e anniversaire de la ville.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, a aussi exprimé son désarroi sur Twitter. “Est-ce que ce sera la fin de l’étroite collaboration entre le MBAM et les Premières Nations et les Inuit? Je me permets de le croire...”, a-t-il écrit.

D’ici la nomination d’un successeur, M. de la Chenelière assurera l’intérim en tant que représentant du comité exécutif du conseil d’administration. Un processus de recrutement à l’international sera mis sur pied incessamment, précise-t-on.

Questionné sur les chances de dénicher une candidature du même calibre, M. de la Chenelière a dit miser sur l’attractivité du musée et de la métropole.

“Je suis persuadé qu’on va trouver la bonne personne.”

Dans une déclaration transmise par courriel, l’attachée de la ministre de la Culture, Nathalie Roy, affirme que celle-ci “prend acte” de la décision du conseil d’administration du musée.

“Ce dernier n’est pas une société d’État et a sa propre structure de gouvernance. La nomination au poste de directeur général et conservateur en chef relève uniquement du conseil d’administration du Musée et non du gouvernement”, souligne Geneviève Gouin.

Tout de même, la ministre Roy appuyait sans équivoque Mme Bondil dans une déclaration écrite envoyée à quelques médias la semaine dernière.

“Je suis estomaquée par ce que j’ai appris. Nathalie Bondil est une sommité mondiale dans le monde muséal _ et une femme directrice générale, qui plus est _ qui fait un travail remarquable au MBAM. Je ne comprends pas pourquoi le conseil d’administration voudrait se priver de ses services alors que les grands musées de ce monde se l’arrachent”, pouvait-on lire notamment dans Le Devoir et La Presse.

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