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15/07/2020 19:28 EDT | Actualisé 16/07/2020 11:56 EDT

Montréal a maintenant sa fresque de rue «Black Lives Matter»... en français

La fresque de rue, qui couvre tout un pâté de maisons, à l’entrée ouest du «Village gai», a été inspirée par des mouvements semblables dans d’autres villes.

MONTRÉAL — Les manifestations mondiales suscitées par la mort brutale de George Floyd aux mains de la police de Minneapolis ont pris une forme distincte, mercredi à Montréal: une vingtaine d’artistes ont peint en grosses lettres le message maintenant universel «Black Lives Matter» au beau milieu de la rue Sainte-Catherine.

La fresque de rue, qui couvre tout un pâté de maisons, à l’entrée ouest du «Village gai», a été inspirée bien sûr par des mouvements semblables dans d’autres villes. Mais le geste a pris une allure distincte à Montréal: la phrase a d’abord été écrite en français, en très gros caractères — «La vie des Noir.e.s compte» —, puis en anglais, en dessous et en plus petits caractères, comme l’exige la loi québécoise sur l’affichage. 

 

L’organisatrice de l’événement, Carla Beauvais, a expliqué que pour obtenir l’accord de la Ville, les artistes avaient accepté de peindre la phrase en français. Elle estime d’ailleurs que cette décision est positive, car elle met en évidence la diversité du mouvement qui lutte contre le racisme et les inégalités.

Après la mort de George Floyd en mai, des manifestants sont descendus dans les rues un peu partout dans le monde pour dénoncer le racisme et la violence policière dont sont victimes les Noirs. Le projet montréalais est une initiative de la Fondation Dynastie, qui célèbre les contributions des Montréalais noirs et racisés, et du collectif d’artistes «Never Was Average».

Des curieux s’arrêtaient mercredi pour prendre des photos et discuter avec les artistes, éclaboussés de peinture, qui créaient des motifs colorés dans les lettres préparées la veille au pochoir sur le pavé par des bénévoles d’organismes communautaires. Mme Beauvais explique que le projet voulait laisser les artistes exprimer ce qu’ils ressentent. «Nous entendons généralement beaucoup de militants lorsque nous parlons de “Black Lives Matter”, nous voyons rarement ce que ressentent les artistes», a-t-elle déclaré sur place, entre les rues Saint-Hubert et Saint-André.

Pas que les Noirs

Awa Banmana, artiste et étudiante de 24 ans, remplissait mercredi un grand «M» jaune avec des motifs qui lui rappelaient ses origines franco-sénégalaises. «En tant qu’afro-féministe, c’est important de voir les femmes noires représentées dans l’espace public, et pas seulement des femmes qui sont claires de peau», a-t-elle déclaré. Elle a soutenu que la plupart des passants étaient favorables à la cause ou simplement curieux, mais certains auraient répliqué «All Lives Matter», qui est devenu une insulte au mouvement.

La jeune femme souhaite que les gens comprennent que «La vie des Noir.e.s compte» ne concerne pas uniquement les Noirs. Il s’agit plutôt, dit-elle, d’une plus large critique et d’une conversation sur le système et notre société, menée certes par des Noirs, mais en solidarité avec d’autres groupes qui sont confrontés à des «oppressions systémiques», y compris les Autochtones, les personnes des communautés LGBTQ+, les plus démunis ou les personnes handicapées.

Un autre artiste, qui s’est identifié sous le nom de Simo, a choisi de peindre Erzulie Freda, «la déesse vaudou de l’amour, de la santé et de la beauté», afin de faire découvrir aux Montréalais une culture qu’ils ne connaissent peut-être pas.

Il admet qu’il était nerveux à l’idée de se lancer dans un projet aussi ambitieux, mais il a qualifié de «cathartique» l’expérience de peindre dans l’une des rues les plus emblématiques de Montréal. «C’est très stimulant parce que je connais la plupart de ces artistes, et on a l’impression que nous occupons l’espace», a-t-il déclaré.

Même si la fresque ne plaira peut-être pas à tout le monde, Mme Beauvais espère qu’elle provoquera un débat sur le racisme au Canada et aux États-Unis. Bien que la situation dans les deux pays ne soit pas la même, a-t-elle dit, «nous ne sommes pas dans une course pour être les moins pires».

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, est venue apporter son soutien aux artistes, mercredi. La fresque de rue devrait demeurer en place jusqu’en octobre — la rue Sainte-Catherine dans le «Village» est fermée tout l’été à la circulation automobile.

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