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13/11/2019 11:47 EST | Actualisé 13/11/2019 11:53 EST

Mon troisième mari a 25 ans de plus que moi. Voici comment je perçois notre mariage.

Même si nous étions conscients tous les deux que nous n’allions pas remplacer nos passions précédentes, nous savions que nous pouvions être heureux ensemble.

Courtoisie/Janet Albaugh
Janet Albaugh et son mari

Quand j’avais 65 ans, j’ai épousé un homme de 25 ans mon aîné. Tant pour lui que pour moi, c’était un troisième mariage. Il avait presque 90 ans. Des amis communs nous ont présentés - son meilleur ami était marié à mon meilleur ami - parce que nous étions veufs et que j’avais apparemment besoin d’une vie sociale plus remplie.

Ça a commencé naïvement comme deux amis qui passent du temps ensemble. Il aimait m’emmener dans les chics restaurants de Los Angeles. Il avait son homme à tout faire qui réglait tous mes pépins, et il a fait venir son jardinier dans ma cour arrière. Un jour, lors d’une promenade matinale avec ma voisine, j’ai glissé et je me suis cassé le poignet.

Je ne pouvais pas me rendre chez le médecin, alors il m’a emmenée. Ma maison avait des escaliers et pas la sienne, alors il m’a convaincue de rester chez lui sans aucune condition, avec ma propre chambre et ma propre salle de bain, jusqu’à ce que je me rétablisse. J’ai accepté. Honnêtement, ça semblait raisonnable et ça impliquait moins de solitude.

Je ne pense pas que les gens réalisent à quel point c’est accessible d’avoir trois mariages. Nous avions tous les deux choisis nos partenaires sans jugement lorsque nous avions 20 ans, à New York, et nos mariages respectifs se sont terminés par un divorce après six ou sept ans.

Nous avons tous les deux été heureux d’être célibataires pendant des décennies, jusqu’à ce que chacun de nous rencontre son grand amour. Nous avons été heureux jusqu’à ce que nous perdions nos amoureux à cause du cancer. Aucun de nous n’a eu d’enfants. J’ai été veuve pendant quatre ans et lui pendant deux ans.

Ma voisine m’a dit que je voyais quelqu’un avec un pied dans la tombe, mais même s’il venait d’avoir 90 ans, il était très en forme. Je ne le «voyais» pas, lui ai-je dit (et à moi-même); je suis plutôt en train de l’aider à traverser le veuvage. J’étais gênée de «voir» quelqu’un qui avait presque 90 ans parce que je n’avais jamais imaginé une chose pareille. 

Il avait plus d’énergie que moi. Contrairement à d’autres personnes de son âge, il n’avait pas besoin de marchette ni de canne.

Je me disais que je pouvais faire mieux et j’étais mal à l’aise de ce que pourraient penser mes amis. Au début, il n’avait suscité en moi aucune émotion romantique, encore moins une envie de mariage. Mais il était toujours vêtu de la tête aux pieds de Brooks Brothers et d’élégants blousons en cuir ou en daim, ce qui lui donnait un air plus jeune.

Il avait plus d’énergie que moi. Contrairement à d’autres personnes de son âge, il n’avait pas besoin de marchette ni de canne. S’il échappait quelque chose, il se penchait pour le ramasser. Il montait deux escaliers à la fois.

Il est un vétéran de la Seconde Guerre mondiale et il est allé à Woodstock (probablement habillé comme Frank Sinatra). Il était à la bataille des Ardennes. Il a été un boxeur amateur et un homme d’affaires prospère. Peu importe mon âge, je serais toujours jeune pour lui.

Ça semblait trop tôt dans la relation - nous passions du temps ensemble depuis seulement trois mois - quand il m’a demandé de redessiner sa cuisine. J’ai dit à la blague que personne n’y avait jamais cuisiné. Un jour, je suis arrivée chez moi - chez lui - pour constater qu’il avait pris une pioche pour retirer le carrelage du sol de la cuisine pour le traîner jusqu’à la porte.

Pour lui rendre service, j’ai supervisé la rénovation de la cuisine, l’installation de nouveaux appareils, la peinture blanche sur ces armoires affreuses et les nouveaux comptoirs chics. J’ai fait peindre les murs en vert pomme, et même si je ne pensais pas vivre là-bas en permanence, la couleur fraîche et vive me rendait heureuse.

J’ai emménagé chez lui pour plus de commodité, mais sa générosité m’a vraiment fait sentir chez moi.

Petit à petit, il s’investissait en moi et me faisait une place dans sa maison et dans sa vie. Je savais qu’il voulait que je gère sa vie pour qu’il ne soit pas obligé de le faire. Je possédais toujours ma petite maison et je pouvais y retourner quand je le voulais, mais chez lui, il y avait une nouvelle cuisine et une femme de ménage deux fois par semaine. Elle changeait les draps et faisait la lessive sans que personne ne lui demande.

Et quand mon poignet a guéri, en moins de six semaines, j’ai décidé de rester. J’étais à l’aise de passer mes journées avec lui et, sans que je m’en rende compte, les semaines se sont transformées en mois. Je n’avais ni frère ni sœur, ni enfants et au cours des 18 derniers mois, j’avais perdu mes quatre derniers oncles et tantes qui m’étaient chers et qui m’adoraient tous. Il avait leur âge et être avec lui me donnait l’impression que j’avais toujours une famille. Qui était encore là pour m’aimer, sinon?

Il était devenu ma famille. Il a d’abord été l’ami d’un ami, est devenu mon ami, puis finalement une personne importante dans ma vie. J’ai emménagé chez lui pour plus de commodité, mais sa générosité m’a vraiment fait sentir chez moi. Indépendamment des autres, qui se sont concentrés sur nos différences, j’en suis vraiment venue à aimer cet homme.

J’étais gênée de son âge et préoccupée de la façon dont les autres le percevraient.

Lors des vacances suivantes, il m’a tendu un chéquier et m’a dit qu’il ne m’achèterait jamais de cadeaux. Si je voulais quelque chose, j’irais l’acheter moi-même. Ce n’était pas le geste le plus romantique, mais il était quand même adorable. Je sais que c’était sa façon de vouloir prendre soin de moi.

Après quelques mois, nous sommes devenus intimes. Il a commencé à demander ma main une fois par mois mais j’ai refusé ses propositions de mariage. J’étais gênée de son âge et préoccupée de la façon dont les autres le percevraient. Je demeurais sensible au fait que les gens penseraient que j’épouse un vieil homme avec un pied dans la tombe pour obtenir son héritage. Qu’est-ce que ça dirait de moi de vouloir être avec un homme qui a 25 ans de plus que moi?

J’ai tout de même accepté de planifier un voyage pour nous deux et nous avons fait une merveilleuse expédition aux Galapagos. De loin, il était la personne la plus âgée du navire, mais il était toujours le premier en haut des escaliers ou du sentier.

Il a toujours agi avec moi avec amour et j’ai commencé à ressentir de l’amour pour lui moi aussi.

Contrairement à lui et sa santé robuste (il n’avait jamais même un rhume), j’ai commencé à avoir une fibrillation auriculaire que les médecins n’avaient pas contrôlée. J’ai eu une attaque au coeur deux ou trois fois en un mois. J’avais un code bleu dans la salle de réveil après une procédure d’ablation et ils n’ont pas laissé entrer mon amoureux parce qu’il n’était pas de la famille.

Nous étions ensemble depuis environ un an. Il n’avait pas de famille autour de lui non plus.C’était une raison suffisante pour se marier, donc nous l’avons fait. Qu’est-ce que j’avais à perdre? Il était déjà la personne au coeur de ma vie familiale et sociale. Nous sortions dîner avec ses amis. Il a toujours agi avec moi avec amour et j’ai commencé à ressentir de l’amour pour lui moi aussi.

Même si nous étions conscients tous les deux que nous n’allions pas remplacer nos passions précédentes, nous savions que nous pouvions être heureux ensemble. J’ai loué ma maison et je l’ai laissé entrer dans ma chambre en permanence - et, même s’il avait 90 ans, nous avions vraiment une belle sexualité.

J’ai abandonné mon projet de cuisiner parce qu’il ne mangeait que ce que l’on trouverait dans la cafétéria d’une école primaire: des spaghettis à la sauce à la viande, une soupe poulet et nouilles ou des sandwichs au thon. Je laisse le traiteur et les restaurants préparer la plupart de nos repas, mais je continue de chérir le temps que nous passons ensemble le soir.

Après cinq ou six ans, nous avons cessé de dormir dans le même lit parce que je bouge mes bras dans mon sommeil et lui souffre du syndrome des jambes sans repos. Ça prendra encore quelques années avant que notre sexualité cesse. Il s’attend encore à ce que je lui prépare un sandwich pour le dîner. Mettre un morceau de fromage sur du pain, c’est trop pour lui.

Mon mari a sa propre idée du «travail d’une femme». J’ai essayé de le faire changer d’avis, en vain. Et honnêtement, ça ne me dérange pas et ça ne fait pas de lui une mauvaise personne.

C’est un homme d’une autre époque. Il peut être un vieil homme grincheux; il se plaint de ne pas bien entendre au téléphone, et donc il ne fera jamais d’appel téléphonique et ne répondra pas au téléphone à la maison. Je prends tous les rendez-vous chez le médecin, je prépare tous ses médicaments et je résous toutes les questions relatives aux factures. Le câblo-opérateur, le technicien du téléphone et le plombier ont tous affaire à moi.

Mon deuxième mari comprenait le féminisme et je n’avais jamais eu ces problèmes auparavant, mais maintenant, mon mari a sa propre idée du «travail d’une femme». J’ai essayé de le faire changer d’avis, en vain. Et honnêtement, ça ne me dérange pas et ça ne fait pas de lui une mauvaise personne.

La plupart des femmes encore célibataires, au moment d’atteindre un certain âge, qu’elles aient eu des enfants ou pas, recherchent la compagnie. Je ne fais pas exception, et être avec mon mari atténue ma solitude, peu importe ce à quoi il s’attend de moi dans son quotidien.

Je suis avec un homme doux qui est en bonne santé et qui n’a pas d’enfants. Je me sens en sécurité en sachant que j’ai une place dans son testament. Je ne me préoccupe pas du fait qu’il devienne féministe ou non.

J’ai des amies célibataires qui ne veulent pas être seules. Beaucoup de femmes mariées pensent qu’elles seraient plus heureuses seules, libres et indépendantes plutôt qu’en étant avec une personne de deux décennies et demie plus âgée qu’elles. Mais la vérité, c’est que je me sens considérée dans ma relation.

Bien sûr, il continue d’y avoir une différence de génération qui se fait sentir et mon mari aime jouer avec les normes de genre, mais je peux vivre avec. Je suis heureuse et c’est tout ce qui compte. Je vais donc profiter du temps qui nous reste, peu importe ce que les gens pensent de notre mariage.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost États-Unis a été traduit de l’anglais.