OPINION
11/08/2020 10:18 EDT | Actualisé 12/08/2020 14:06 EDT

Moins de bébés prématurés en confinement: l’impact du travail sur la santé des femmes enceintes

Des études scientifiques ont démontré que le maintien en activité pendant la grossesse est bénéfique et que le travail n’est pas un danger en soi. Le problème est plutôt situé dans le manque d’adaptations.

shutter_m via Getty Images

La pandémie amène de nombreuses réflexions sur le travail des femmes et les conséquences de celui-ci sur leur santé. C’est dans ce contexte que plusieurs articles et reportages font dernièrement état d’une baisse importante des naissances prématurées coïncidant avec les mesures de confinement.

En Irlande, au Danemark, aux États-Unis, au Canada, aux Pays-Bas et en Australie, de nombreux médecins et scientifiques constatent une réduction drastique des taux de prématurité à la suite des directives de santé publique modifiant l’ensemble de nos activités et habitudes de vie. Plusieurs hypothèses sont avancées: davantage de repos pour les femmes enceintes, moins d’exposition à d’autres types d’infection, diminution des déplacements, baisse de la pollution environnementale ou de l’exposition à celle-ci, moindre stress lié au travail, etc.

À ce stade-ci, les données tirées de ces études demeurent fragmentaires pour établir avec certitude les causes à l’origine de ce phénomène inusité. En fait, même avant la COVID-19, les effets de l’environnement social sur la grossesse étaient plutôt méconnus. Il vaut mieux se garder de tirer des conclusions hâtives. Néanmoins, l’enjeu du travail dans le cadre de la grossesse a particulièrement retenu notre attention, avec tous les chamboulements que le travail rémunéré a connu dans les derniers mois.

Certains employeurs et experts diront que la baisse des complications lors de la grossesse dû au confinement est le signe d’une incompatibilité entre certaines exigences (effort physique soutenu, exposition à des bruits ou des produits chimiques, etc.) et une saine grossesse.

En ce qui nous concerne, à titre de chercheures en santé et sécurité au travail, nous jugeons que la problématique porte davantage sur les lacunes en prévention des risques liés au travail que sur la nécessité de retirer les femmes enceintes de leur emploi. Des études scientifiques ont ainsi démontré que le maintien en activité pendant la grossesse est bénéfique et que le travail n’est pas un danger en soi. Le problème est plutôt situé dans le manque d’adaptations. D’ailleurs, d’autres recherches rapportent qu’une mobilité réduite et un isolement sont associés à des risques de complications.

Depuis 1981, le Québec dispose d’un recours novateur dans sa Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST) qui prévoit que les travailleuses enceintes ont droit à des aménagements au travail respectant leur état, si leur emploi comporte des risques pour elles-mêmes ou l’enfant porté.

De nombreuses travailleuses obtiennent difficilement les mesures de protection pourtant prescrites par cette loi, surtout lorsque les entreprises ne sont pas proactives en la matière.

Ce droit oblige les organisations à penser à des réaménagements prenant en compte leurs besoins et permettant de mieux intégrer la grossesse en milieu de travail. Lorsque des modifications ou une affectation à d’autres tâches sont impossibles, un retrait préventif, à la maison, est alors accordé. Dans ce cas, la travailleuse reçoit une indemnité de remplacement de revenu qui équivaut à 90% de son salaire net.

En temps normal, il s’avère que de nombreuses travailleuses obtiennent difficilement les mesures de protection pourtant prescrites par cette loi, surtout lorsque les entreprises ne sont pas proactives en la matière. L’accès aux dispositions en santé et en sécurité du travail varie en fonction de différentes caractéristiques d’emploi: poste, taille de l’entreprise, présence d’un syndicat, niveau hiérarchique, culture organisationnelle, etc.

Malheureusement, malgré l’inclusion d’un droit visant à protéger la santé des travailleuses enceintes, il arrive que celles-ci travaillent dans des conditions néfastes pour leur santé et celle de leur fœtus afin d’éviter d’entrer en conflit avec leurs supérieurs ou de subir des représailles, allant parfois jusqu’à la perte d’emploi.

À l’opposé, il est possible de croire que les recommandations en matière de prévention pour les travailleuses enceintes en situation de COVID-19 émises par la santé publique à toutes les entreprises auraient facilité la mise en place de conditions moins risquées pour les travailleuses. Ces directives sur l’affectation préventive ont potentiellement facilité l’accès des travailleuses à des mesures de protection, en accord avec l’esprit de la LSST.

En bref, outre la nécessité de poursuivre les recherches dans le domaine, cette baisse significative des naissances prématurées démontre bien l’importance déterminante des mesures de prévention au travail pour la santé des femmes et des bébés à naître.