TÉMOIGNAGES
15/07/2019 11:24 EDT

Moi, Florence, transféminine et non-binaire

Je pourrais dire que je suis transféminine, non-binaire, pansexuelle et polyamoureuse. Ou que je ne me considère ni comme un homme ni comme une femme. Mais, de plus en plus, je prends du plaisir à expérimenter différents termes sans jamais choisir de façon définitive.

Courtoisie
«L’identité de genre et la sexualité ne sont pas simples pour tout le monde.»

Les propos de ce témoignage ont été recueillis par le HuffPost Québec et retranscrits à la première personne.

Même si je mets l’accent de façon visible sur le fait que je suis attirée par tous les genres, incluant les hommes, les femmes et les personnes non-binaires, je dis souvent, avec humour, que s’il fallait que je définisse mon orientation sexuelle en un mot, je choisirai l’emoji qui hausse les épaules. 

Veut veut pas, les gens ont tendance à projeter leur propre désir de connaître leur genre sur les autres donc ça donne l’impression que toi aussi tu dois le faire, te définir, et c’est une forme de pression sociale. Après, si une personne veut se définir précisément, libre à elle.  

L’important, c’est de se sentir bien. Et personnellement, je ne suis pas encore arrivée à trouver un terme qui va définir mon identité.

Même ma transition s’est fait de façon libre. C’était inhabituel. Au début, j’avais juste l’habitude de porter du maquillage, des vêtements dits «de fille», je trouvais simplement que ça m’allait bien. C’était le fun.

Ensuite, j’ai changé mon nom, j’ai pris des hormones, mais en fait je faisais juste comme je le sentais. J’avais déjà bien entamé ma transition «sociale» - versus la «médicale» - avant d’avoir vraiment conscience de ma transition.  

L’identité de genre et la sexualité ne sont pas simples pour tout le monde et il peut être impossible pour certains de la comprendre de façon cohérente. Ça a été libérateur pour moi d’accepter que la sexualité et l’identité de genre pouvaient être compliquées.  

Courtoisie
«Sur les sites de dating ça peut-être compliqué d’être transféminine.»

Par exemple, en tant que personne non-binaire, je vis une certaine confrontation avec la normativité dans le sens ou je vais avoir des relations avec des hommes queer. Je suis sur Grinder. C’est une sphère dans laquelle j’évoluais avant ma transition. 

Être non-binaire comme moi peut aussi venir avec une certaine confusion car il peut être difficile de se définir autrement qu’à l’intérieur des repères habituels hommes/femmes.

Sur les sites de dating ça peut-être compliqué d’être transféminine. En plus de la transmisogynie habituelle, beaucoup d’hommes cisgenres ne veulent que coucher avec moi. Pour être en relation, c’est une autre affaire. Bien sûr, c’est vrai pour n’importe qui, mais je trouve que c’est plus important encore quand tu es transféminine. 

Mais bon, c’est quand même rare que je trouve des gars avec qui je veux sortir. Quand tu es activiste et féministe, tu cherches des gens comme toi, et c’est juste plus rare chez les hommes.  

Une libération

Trouver mon confort dans le flou identitaire a également été libérateur pour moi car on peut sortir de ce que j’appelle les «scripts sexuels» habituels qui ne correspondent pas à la diversité des désirs et des gens. 

Par scripts sexuels habituels, j’entends par exemple le schéma de relation classique : prendre un verre, s’embrasser, commencer à se toucher, puis viennent les préliminaires, le sexe oral, la pénétration, et en général ça se termine sur l’orgasme masculin.

Il est possible de sortir de cette conception du sexe qui n’est pas articulé sur le plaisir de la femme. Mais, évidemment, ça implique un effort; un effort de communication, mais aussi un effort de penser davantage à ce qu’on veut dans le moment.

Aujourd’hui, je voudrais pouvoir montrer qu’il est possible d’exceller non pas en dépit d’être trans mais en tirant sa force de cette différence.

Dans un mois, je serai à Ottawa, en tant que première auxiliaire juridique trans à la Cour suprême. Je veux montrer que certaines choses sont possibles et donner une voix à une communauté. 

Être trans m’a donné accès à des communautés qui ont un savoir très riche en termes de relations sociales, et qui ont conscience que les structures en place (notamment l’idée qu’il faille séparer les espaces en deux catégories hommes/femmes) servent à ordonner la société, et à perpétuer un certain contrôle de la population. 

L’importance de la communauté 

Oui, bien sûr, j’ai conscience d’avoir eu d’immenses privilèges qui m’ont permis de réussir. Je suis blanche, je viens d’une famille relativement aisée, ce qui m’a permis d’aller à l’école, d’étudier le droit sans avoir à travailler en même temps à temps plein.

J’ai eu la chance de pouvoir publier des textes, faire des recherches, ce qui m’a permis d’obtenir du financement pour ma maîtrise. Personne ne m’a mise dehors quand j’ai transitionné. 

Courtoisie
«Dans un mois, je serai à Ottawa, en tant que première auxiliaire juridique trans à la Cour suprême.»

Mais ce que j’aimerais souligner ici c’est l’importance de la communauté et à quel point c’est merveilleux de se retrouver avec des gens qui comprennent non seulement notre réalité mais qui partagent un engagement à améliorer le monde et changer la société.

Je suis fière d’être trans et d’être queer, d’appartenir à ces communautés. Je trouve que c’est superbe de travailler ensemble pour un monde meilleur.

J’ai envie de dire à ceux qui se sentent touchés par mon témoignage de ne pas hésiter à établir des liens avec leurs communautés. À notre époque résolument capitaliste et individualiste, il est important sinon essentiel de continuer à créer des liens, et à faire des alliances. 

La section Perspectives propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.

Propos recueillis par Céline Gobert.