POLITIQUE
05/09/2019 10:26 EDT

Deux élus péquistes remettent en question les éventuels changements au mode de scrutin

«Il y a des gens dans les régions qui sont un peu inquiets.»

La Presse canadienne
Photo d'archives de Sylvain Roy (2e à partir de la gauche) et Lorraine Richard (centre).

SALABERRY-DE-VALLEYFIELD, Qc — Au moins deux députés péquistes sur neuf remettent en question ouvertement l’appui du parti à la réforme du mode de scrutin.

Les députés de Bonaventure, Sylvain Roy, et de Duplessis, Lorraine Richard, doutent des vertus des éventuels changements au système électoral.

Pourtant, avant les élections de 2018, le Parti québécois (PQ) avait signé, conjointement avec la Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire (QS), un pacte où il s’engageait à réformer le mode de scrutin uninominal à un tour s’il prenait le pouvoir.

Les trois partis s’engageaient à appuyer un «scrutin proportionnel mixte compensatoire avec listes régionales».

Or le PQ a perdu les deux tiers de ses députés depuis et représente presque exclusivement d’immenses circonscriptions peu peuplées dans l’Est du Québec.

Loyauté

«Il y a des gens dans les régions qui sont un peu inquiets», a déclaré mercredi le député péquiste de Bonaventure, Sylvain Roy, avant de se rendre à la rencontre de ses collègues, réunis à Salaberry-de-Valleyfield pour préparer la session parlementaire. 

Si le député actuel de circonscription est clairement redevable aux électeurs de sa circonscription, l’allégeance du député issu de la liste est moins claire, estime M. Roy.

«À qui ira la loyauté du député de liste? À la population ou au parti qui l’aura élu?» a demandé M. Roy.

«Je ne me suis pas contre» la réforme du mode de scrutin, a-t-il dit, sans toutefois préciser s’il était pour.

«On va voir le projet de loi» que doit déposer le gouvernement avant de se prononcer, a-t-il ajouté.

Quant à savoir pourquoi donc le PQ sous la direction de Jean-François Lisée avait appuyé la réforme, il a conclu: «On ne peut pas remettre le dentifrice dans le tube.»

Inimaginable

Sa collègue, Lorraine Richard, qui représente une immense circonscription de la Côte-Nord, a également fait état de ses réticences.

«Ce qui me préoccupe le plus, pour les citoyens d’une région comme la circonscription de Duplessis, immense mais peu populeuse, c’est qu’ils perdent un certain pouvoir de représentativité à l’Assemblée nationale», a-t-elle dit en mêlée de presse.

Pourrait-elle couvrir un plus grand territoire? «Ce ne serait pas plus difficile, ce serait inimaginable», a-t-elle répondu.

À l’opposé, leur collègue de Joliette, Véronique Hivon, est plutôt favorable à la réforme et estime que les élus pourront surmonter les difficultés si on leur en donne les moyens, mis elle comprend les inquiétudes des réfractaires. 

C’est comme si tu vis avec des lunettes roses, tu as de la misère à imaginer la réalité autrement.Véronique Hivon

Des bureaux satellites répartis dans différents secteurs et du personnel supplémentaire affecté à assister le député pourraient permettre de «répondre au défi», a-t-elle évoqué.

Selon elle, la réforme est nécessaire pour rebâtir la légitimité de la démocratie parlementaire.

«Je pense qu’il faut penser à ce qui va rétablir le lien de confiance entre les gens et les institutions», a-t-elle conclu.

En vertu d’un système proportionnel mixte, il y aurait donc toujours des élus territoriaux, élus dans un nombre plus réduit de circonscriptions, mais également, il y aurait un nombre déterminé de députés par région qui seraient élus en fonction du pourcentage obtenu par leur parti, selon l’ordre de priorité où il figure dans la liste soumise par le parti.

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