POLITIQUE
21/02/2020 15:23 EST

Le ministre Jean-François Roberge durement interpellé par des enseignants mécontents

«Les offres patronales, je le sais que plusieurs les ont au travers de la gorge. Je l’ai entendu. On vous écoute. On vous a entendus. On va s’ajuster.»

Jacques Boissinot/PC
Jean-François Roberge, le 7 février dernier

Plusieurs dizaines d’enseignants ont durement interpellé le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, vendredi, peu avant qu’il s’adresse aux membres de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Fait exceptionnel, avant qu’il entre dans le salon où il devait prononcer son allocution, le ministre a accepté de leur faire face, un à un, alors que chacun lui remettait une pancarte pour lui dire que sa «réforme ne passe pas».

Et un à un, ils en ont profité pour le critiquer, dénoncer sa réforme, lui dire qu’il ne serait plus le bienvenu sur le territoire de leur syndicat. Le président du syndicat de l’enseignement de la région de Québec, Daniel Gauthier, l’a même traité de traître. «Vous venez d’être un traître pour les enseignants», lui a-t-il lancé au visage. Certains enseignants étaient émus, nerveux puisque plusieurs médias filmaient la scène.

La séance a duré près de 15 minutes de la part de ces membres de la Fédération autonome de l’enseignement.

Le ministre les a patiemment écoutés, avec respect, en les regardant dans les yeux, sans broncher, malgré les reproches parfois rudes.

Le ministre Roberge s’est adressé à eux en se disant toujours ouvert au dialogue. «L’écoute, elle était là. Elle va être au rendez-vous. Jamais on n’a rompu les ponts avec les représentants syndicaux. Les offres patronales, je le sais que plusieurs les ont au travers de la gorge. Je l’ai entendu. On vous écoute. On vous a entendus. On va s’ajuster. Ces ponts-là, j’ai confiance qu’on va les rebâtir», leur a-t-il dit.

Ils étaient entourés de plusieurs dizaines de membres de la FAE pendant cette séance plutôt tendue. Les membres de la FAE avaient sciemment organisé une réunion au même hôtel, mais sur un autre étage. Ils se sont présentés juste avant que le ministre commence son allocution.

Le président de la FAE, Sylvain Mallette, a une fois de plus dénoncé la réforme des commissions scolaires, la loi 40, lui reprochant notamment le fait que les clauses touchant la formation continue des enseignants n’aient pas été négociées avec les syndicats. Il critique aussi ce qu’il voit comme de «l’ingérence dans la pratique des profs» dans les approches pédagogiques qui pourront être utilisées.

«La réforme ne reconnaît pas l’expertise des profs. Cette réforme-là a canalisé la colère des profs comme jamais je n’ai vu. Et j’ai 30 ans d’expérience comme prof. Il y a une volonté d’en découdre», a lancé M. Mallette.

À l’extérieur également, d’autres manifestants protestaient, cette fois de fédérations affiliées à la CSN dans le secteur du soutien scolaire, ainsi que des enseignants de cégep.

Les négociations des secteurs public et parapublic viennent de commencer avec les syndicats qui représentent les 550 000 employés de l’État et ceux-ci suivent souvent les ministres à la trace lors de leurs sorties publiques durant cette période.