DIVERTISSEMENT
13/08/2020 17:43 EDT | Actualisé 14/08/2020 07:08 EDT

Le comédien Michel Dumont est décédé

Il est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi entouré de ses proches.

François Brunelle/Facebook Théâtre Duceppe
Michel Dumont a été responsable de la direction artistique de la Compagnie Jean-Duceppe de 1991 à 2018.

Le grand homme de théâtre Michel Dumont, qui a tenu la barre de la Compagnie Jean-Duceppe à Montréal pendant plus de 25 ans, est décédé jeudi à l’âge de 79 ans.

L’équipe Duceppe a indiqué jeudi que l’homme de théâtre était mort dans la nuit “entouré de ses proches”.

Michel Dumont a joué dans plus de 75 pièces à “son” théâtre de la Place des arts, mais aussi sur d’autres scènes à Montréal et dans les tournées de la compagnie Jean-Duceppe. Il a été par ailleurs très présent à la télévision, où il a tenu des rôles de premier plan, notamment dans “Monsieur le ministre”, “Des dames de coeur”, “Omerta” et plus récemment “Yamaska”.

Et pendant 27 ans de cette carrière très remplie, Michel Dumont occupera toujours ses fonctions de directeur artistique “chez Duceppe”, où il s’est fait un point d’honneur de présenter chaque année au moins une oeuvre québécoise, de 1991 à 2017.

Mais la maladie aura frappé cet homme boulimique de travail, passionné de lecture, de chats et de mots croisés, comme le cancer lui avait ravi en 2014 sa compagne depuis 35 ans, Manon Bellemare, morte à 55 ans seulement.

L’équipe de Duceppe a indiqué jeudi qu’elle organisera éventuellement “un dernier hommage dans le théâtre qu’il a dirigé pendant tant d’années”.

“Le départ de Michel nous bouleverse et nous laisse de bien grands souliers à chausser”, ont écrit jeudi David Laurin et Jean-Simon Traversy, codirecteurs artistiques de Duceppe, et Amélie Duceppe, directrice générale de la compagnie. “Tout au long de sa carrière, il a porté à bout de bras le flambeau d’un théâtre populaire et accessible, en se battant pour que notre langue et notre culture prennent la place qui leur revenait sur nos scènes.”

Le fils de Jean Duceppe, Gilles, a salué celui qu’il “considère comme le digne successeur” de son père.

De Kénogami à Montréal

Né en janvier 1941 à Kénogami (aujourd’hui Saguenay), Michel Dumont fera rapidement du théâtre amateur pendant son cours classique, puis pendant ses trois années d’études en lettres à l’Université de Montréal.

Installé définitivement dans la métropole en 1969, il sera rapidement remarqué par les metteurs en scène montréalais, et surtout par Jean Duceppe. C’est dans son tout nouveau théâtre, en 1973, que le grand acteur a offert à Michel Dumont de jouer son fils Biff dans “La Mort d’un commis voyageur”. Michel Dumont restera ensuite et pour longtemps le “fils de théâtre” du grand Duceppe: les clés de sa grande maison de la Place des arts lui seront tout naturellement léguées en 1991, à la mort de l’acteur. Et le “fils de théâtre” de Duceppe y reprendra d’ailleurs le rôle du commis voyageur Willy Loman en 1999.

Pendant cinquante ans, Michel Dumont jouera les grands rôles du répertoire mondial: “La Mégère apprivoisée”, “En attendant Godot”, “Oncle Vania”, “Amadeus”, “Le Lion en hiver”, “La Cerisaie”... Mais c’est surtout dans le théâtre psychologique et réaliste américain du XXe siècle, très prisé chez Duceppe, qu’il s’est consacré tout entier: beaucoup Arthur Miller, mais aussi John Steinbeck, Neil Simon ou Tennessee Williams _ dans “La Chatte sur un toit brûlant”, Michel Dumont aura interprété le beau “Brick” en 1972 et en 1982, puis son père, “Big Daddy”, vingt ans plus tard en 2000.

Le théâtre québécois

Mais il a aussi beaucoup joué dans des pièces québécoises: de Tremblay à Dubé, ou de Jean-Marc Dalpé à Serge Boucher, Michel Dumont était capable de tous les niveaux de langue. Il a aussi été deux fois monseigneur dans “Charbonneau et le chef”, notamment en 1986 avec son mentor Duceppe, qui interprétait un redoutable Duplessis.

Le directeur artistique Dumont se targuait par ailleurs d’avoir programmé en 27 ans chez Duceppe 28 créations québécoises et 20 pièces issues du répertoire national. En 2009-2010, il a même consacré toute la saison à la création d’oeuvres toutes québécoises. “Il y a une année, j’avais eu onze textes québécois qui m’avaient été soumis: j’en ai choisi cinq”, disait-il en entrevue à La Presse Canadienne en 2017. “La moisson est là, ou la moisson est moins là. Les années fluctuent, on n’a pas toujours la même chance, les mêmes occasions, les mêmes circonstances pour faire des choses différentes.”

Michel Dumont a aussi beaucoup traduit de pièces pour son théâtre, avec Marc Grégoire _ la compagnie Duceppe soutenait qu’elle avait été la première, dès sa fondation en 1973, à imposer des traductions québécoises. À sa dernière saison comme directeur chez Duceppe, en 2017, on a aussi vu Michel Dumont sur scène dans “Les Secrets de la Petite Italie” et “Les Héros”.

“Comme (M. Duceppe) le disait lui-même, je veux que le théâtre soit la fête du grand public, je veux le faire rire, le faire pleurer, que ce soit du théâtre comme dans leur vie: ça, ça n’a pas changé”, disait-il en février 2017.

Trois prix Gémeaux

Cette foisonnante carrière au théâtre n’aura pas empêché Michel Dumont d’accepter de grands rôles à la télévision: déjà en 1970, à son arrivée à Montréal, il était du téléroman “Les Berger”. Puis, il sera tour à tour dans “Race de monde”, “Marilyn”, “Urgence”, “Bunker, le cirque”, “Rumeurs” ou “Providence”, notamment. Il remportera trois prix Gémeaux, pour son interprétation dans “Omerta”, “Bunker” et “Yamaska”.

On l’a vu un peu moins au cinéma: il a été en vedette du premier long métrage de fiction de François Girard, “Cargo”, en 1990, et on l’a vu plus récemment dans “Café de Flore” (2011) de Jean-Marc Vallée.

En 2017, à 76 ans, alors qu’il venait d’annoncer son départ prochain de la direction artistique de la compagnie Jean-Duceppe, il avouait en entrevue: “Je veux jouer encore, je veux traduire encore, j’aurai plus de temps à moi pour faire de la télévision, pour faire du théâtre. Je suis encore en “super pleine forme”.”

Michel Dumont avait été fait officier de l’Ordre national du Québec en 2013 et membre de l’Ordre du Canada en 2019.