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Des mères s'offrent une nouvelle vie sans dépendances grâce au Portage

Ces femmes sont honorées, ce dimanche, dans le cadre de la «Fête de la Reconnaissance».

MONTRÉAL — Encore une fois cette année, une vingtaine de mères ont réussi à traverser le long processus du programme mère-enfant du Centre Le Portage, un organisme à but non lucratif qui vient en aide aux personnes aux prises avec des problèmes de toxicomanie à vaincre leurs dépendances et à reprendre leur vie en main. Ces femmes sont honorées, ce dimanche, dans le cadre de la «Fête de la Reconnaissance».

Toutes ces «finissantes», ayant vaincu la toxicomanie au cours de la dernière année, vont célébrer le début de leur nouvelle vie, entourées de parents et d’amis.

Cindy (nom fictif) est l’une de ces mères qui savourent aujourd’hui un quotidien libre de dépendances et une vie familiale plus stable et plus saine. La jeune mère de 32 ans avait tout perdu. Plus de conjoint, plus d’appartement, plus d’argent, plus de moral. Elle avait véritablement besoin d’aide. Elle en a trouvé au Portage.

«On ne peut pas dire que parce qu’on arrête de consommer, la vie de tous les jours est merveilleuse. Ma vie est stable. Je réussis dans la vie de tous les jours en tant que maman, aux études, en tant que conjointe et en tant qu’amie. Tout ce que je n’avais pas avant, en fait», confie celle qui tente d’obtenir son diplôme d’études secondaires après avoir quitté l’école à 15 ans.

Malgré une brève rechute quelques mois après sa sortie du Portage, elle a su trouver le soutien nécessaire auprès du centre pour reprendre le contrôle de sa vie. Plus question désormais de regarder en arrière.

«Je ne me revois tellement pas là! Je connais autre chose que la drogue, pis l’alcool, pis les bars, pis les mauvaises personnes, ça fait que je n’ai plus le goût d’aller là. Je me sens vraiment libérée, ça fait du bien», partage la maman de deux enfants qui était enceinte de son fils au moment de suivre le programme.

«Aujourd’hui je me lève, je me sens bien, mon gars est là. Je ne peux pas demander mieux», dit-elle avec fierté.

Quand elle se remémore les lendemains de veille avec la gueule de bois, l’absence totale de souvenirs de sa soirée et l’inquiétude de ne pas savoir ce qu’elle a fait et avec qui, elle s’exclame: «Ark! Elle est où la joie là-dedans!»

Entourée d’un nouveau cercle d’amis, elle se découvre une nouvelle vie active, loin des mauvaises influences et de l’auto-destruction.

«Je découvre plein d’affaires que je ne faisais pas avant. Aller voir des shows d’humour, je n’avais jamais vu ça avant! Ma vie était reliée à la drogue, c’était rien que ça ma vie», raconte celle qui a consommé durant 19 ans, bien qu’elle soit encore que dans la jeune trentaine.

25 mères, 25 enfants

Le programme mère-enfant vient en aide à 25 femmes, mais aussi à 25 enfants de 0 à 6 ans qui les accompagnent dans leur processus au Centre Le Portage.

Selon la directrice du programme, Geneviève Minville, la plupart des jeunes mères sont polytoxicomanes. Dans pratiquement tous les cas, elles consomment de l’alcool et du cannabis, mais bien souvent d’autres substances diverses s’ajoutent au bilan.

Ces femmes doivent s’inscrire de manière volontaire au programme, mais cette volonté est grandement motivée par la menace de perdre le lien qui les unit à leur enfant.

«Dans 80 pour cent de nos dossiers, la DPJ est impliquée. Il y en a qui ont déjà perdu des enfants et qui viennent ici de peur d’en perdre un autre. Pour d’autres le “wake up call”, c’est l’arrivée de la DPJ qui leur dit qu’elles pourraient perdre un enfant si elles ne se prennent pas en main», explique Mme Minville.

Durant environ six mois, ces femmes vivent avec leur enfant dans des unités qui comptent de deux et cinq familles. Par des thérapies de groupe et individuelle, elles développent des compétences pour s’occuper d’elles-mêmes, de leur enfant et se doter d’un plan d’avenir sur lequel bâtir.

«Leur travail à temps plein, c’est de travailler sur leur toxicomanie, souligne la directrice du programme. Pendant ce temps-là, les enfants aussi passent à travers un programme éducatif à la halte-garderie.»

En soirée, une éducatrice spécialisée travaille avec les mamans à améliorer leurs compétences parentales et à travailler sur les difficultés particulières de leur enfant. Geneviève Minville affirme que les enfants qui présentent un certain retard de développement parviennent presque toujours à le rattraper grâce à ce travail intensif.

Un défi de tous les jours

À la fête de la reconnaissance, on souligne la réussite des mères qui ont terminé la démarche en résidence, mais aussi celle des mères qui ont traversé «une première année de style de vie positif», comme le décrit Mme Minville.

Durant les 18 premiers mois postcure, les finissantes participent au programme de suivi où elles ont des rencontres en groupes de pairs ainsi que des séances individuelles avec des intervenants.

«C’est la phase la plus critique par ce que ne pas consommer quand t’es dans un milieu protégé comme ici, où il n’y en a pas de drogue, ce n’est pas si difficile. Quand elles sortent, elles sont prises avec tous les défis qu’elles avaient avant», reconnaît la responsable du programme.

Cindy confirme que d’apprivoiser une nouvelle vie avec un bébé sur les bras représente tout un défi. «C’est un travail de tous les jours. Quand t’accouches, ça ne vient pas avec un mode d’emploi, mais j’ai eu la chance d’être ici et d’apprendre par moi-même, mais aussi avec l’aide des autres», résume-t-elle.

Pour les mères qui se considèrent le plus à risque, notamment parce qu’elles n’ont pas de réseau de soutien, peuvent bénéficier d’un appartement supervisé, où une intervenante est toujours présente. Celles qui vivent en régions éloignées peuvent compter sur un lien constant par téléphone.

L’important consiste à ce qu’elles progressent selon le plan qu’elles ont déterminé pour elles-mêmes, que ce soit de retourner aux études, de faire du bénévolat ou de retourner sur le marché du travail.

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