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07/10/2019 09:44 EDT | Actualisé 07/10/2019 20:24 EDT

La mère d'un enfant autiste qui se disait «étouffée» par la bureaucratie obtient gain de cause

Elle recevra finalement les chèques de son Allocation famille qui lui étaient refusés.

Courtoisie Isabelle Poitras-Morneau
Gabriel Morneau (Courtoisie Isabelle Poitras-Morneau)

Isabelle Poitras-Morneau est découragée de voir comment le «système est sans cœur» pour son fils Gabriel, lourdement handicapé.

C’est que le gouvernement du Québec lui a retiré son Allocation famille en prétextant que son garçon a été «placé» en famille d’accueil. Il s’agit plutôt d’un répit de deux à trois fins de semaine par mois, fait valoir cette mère de Les Escoumins, sur la Côte-Nord.

Mise à jour (20h20):
À la suite de la publication de l’article, Isabelle Poitras-Moreau a reçu un appel téléphonique de Retraite Québec l’informant que les chèques d’allocations familiales retenus seront débloqués d’ici la fin de la semaine.

«Moins de trois heures après la diffusion de mon histoire, le gouvernement reconnaît avoir retenu ces chèques sans véritable raison. On s’excuse, mais c’est moi et mes enfants qui ont crevé de faim ces derniers mois pour de la bureaucratie gouvernementale», lance Mme Poitras-Morneau.

«Il se fait garder afin que je puisse aller travailler les fins de semaine. Personne ne veut garder des enfants handicapés. Et là je trouve une gentille madame, mais non, pas le droit au bonheur, moi», ajoute-t-elle, visiblement exaspérée.

«Du lundi au vendredi et les week-ends qu’il ne va pas chez la madame, il est avec moi 24 heures sur 24. Mon fils n’est pas placé», rage la mère monoparentale.

Gabriel est autiste, épileptique, quasi-aveugle et semi-paralysé du côté gauche. Aujourd’hui âgé de 13 ans, il ne parle pas, à l’exception de quelques mots.

Il faut que le gouvernement continue de me mettre des bâtons dans les roues avec toute sa paperasserie...Isabelle Poitras-Morneau, mère de Gabriel

Elle précise, en employant quelques jurons au passage, que c’est même le CISSS de la Côte-Nord, par l’entremise de la DPJ, qui lui a proposé d’envoyer son fils en répit, question de prendre du temps pour elle.

La DPJ aussi confirme qu’il s’agit d’un répit et non d’un placement permanent. 

«La directrice de la DPJ m’a dit qu’elle avait envoyé tous les papiers nécessaires en précisant que ce n’était qu’un répit et que mes allocations familiales ne devaient pas être coupées. On parle d’un montant de presque 1 200 $ par mois. C’est beaucoup d’argent pour moi qui viens d’acheter une maison afin de l’adapter pour mon fils.»

«Mais quand je téléphone aux allocations [Retraite Québec, ndlr], on me dit que rien ne prouve que ce n’est pas un placement, explique Mme Poitras-Morneau. Et que les chèques doivent être retenus, le temps de recevoir tous les papiers. Ça fait des mois que ça niaise. En fait, depuis que mon fils est de retour à la maison. Ils me doivent plus de 7 000 $ au total.»

Les messages laissés par HuffPost Québec à Retraite Québec sont restés sans réponse pour le moment.

La femme de 32 ans explique un détail qui démontre que les différents ministères ne se parlent pas entre eux. C’est qu’elle reçoit un montant de 97 $ par mois pour enfant handicapé. «Si mon fils était placé de façon permanente, c’est la madame de la famille d’accueil qui recevrait ce montant et non moi, étant donné que mon fils ne vit plus sous mon toit selon les allocations familiales. C’est du n’importe quoi.»

Isabelle Poitras-Morneau pense même être victime de sa ténacité, elle qui a toujours refusé «d’abandonner» son fils. 

«Depuis que j’ai dénoncé dans le HuffPost Québec et que les articles ont été repris par l’ensemble des médias au Québec, on me fait suer. Comme si j’aurais dû me la fermer et accepter que mon fils de 12 ans déménage avec des personnes âgées [en CHSLD]. Ça n’avait pas de bon sens et il aura fallu la sortie dans les médias pour faire comprendre une telle aberration aux gens du ministère de la Santé.»

Je suis désespérée. J’ai juste le goût de démissionner et de rester à la maison avec mes deux enfants.Isabelle Poitras-Morneau, mère de Gabriel

Comme si ce n’était pas assez, les montants anticipés pour le service de garde de sa fille de quatre ans tardent à être remboursés, une somme manquante qui fait un trou dans un budget.  «Je suis désespérée. J’ai juste le goût de démissionner et de rester à la maison avec mes deux enfants. Je n’ai plus la force de me battre», raconte, la voix tremblotante, cette infirmière auxiliaire.

«On crève de faim»

Pendant que des fonctionnaires se relancent la balle sans trouver de véritable solution, Mme Poitras-Morneau peine à joindre les deux bouts. «Je n’ai plus rien dans mon frigo. Ce sont mes parents qui m’aident à faire manger mes enfants. On crève de faim. Pas drôle, je vais faire faillite», lance-t-elle avant d’éclater en sanglots.

Au bureau du député péquiste de René-Lévesque, Martin Ouellet, on nous assure prendre le dossier en main et faire «les téléphones nécessaires aux personnes concernées».

Rappelons que cette mère ne l’a pas eu facile depuis la naissance de son fils, mort-né. Gabriel s’est battu pour reprendre vie. Jusqu’à l’âge de 12 ans, il est demeuré avec sa mère et sa sœur. Gabriel a marché pour la première fois à l’âge de 4 ans. Il n’a demandé la toilette qu’à l’âge de 8 ans. Il a une main et un pied plus petits.

Isabelle Poitras-Morneau souhaite maintenant une chose: ne pas retourner à la case de départ. 

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