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Je suis une mère célibataire de six enfants. Les élever dans un contexte de pandémie a été la chose la plus difficile à gérer de ma vie

L'équilibre est dur à trouver.
Lorsque tout cela s’est arrêté, j’étais un peu triste en fait – car les filles sont retournées chez leurs amis, l’école a repris, et je pouvais assister à une réunion Zoom sans avoir à parler de fractions ni à intervenir dans une dispute à propos de la vaisselle. Mais je n’ai jamais souhaité que cela reprenne. (photo d'illustration)
Lorsque tout cela s’est arrêté, j’étais un peu triste en fait – car les filles sont retournées chez leurs amis, l’école a repris, et je pouvais assister à une réunion Zoom sans avoir à parler de fractions ni à intervenir dans une dispute à propos de la vaisselle. Mais je n’ai jamais souhaité que cela reprenne. (photo d'illustration)

Être parent célibataire est un travail sans relâche. Ma vie est pleine de défis: l’argent, le travail, la solitude, l’inquiétude, la stigmatisation, la garde des enfants, et le fait de devoir jongler avec en permanence pour mener à bien tout cela en étant seule.

Il y a aussi des contreparties: une proximité avec ses enfants, une impression d’unité, et un énorme sentiment de réussite et de fierté. Mais depuis la pandémie, les choses sont particulièrement difficiles. Être parent dans un contexte de pandémie n’est pas simple, mais c’est encore plus dur pour un parent isolé. En fait, je pense que c’est certainement la chose la plus difficile que j’ai eue à gérer jusqu’à présent.

Je suis également présidente de Gingerbread, une association caritative qui soutient les parents isolés. Je suis donc directement confrontée à certaines des difficultés qu’ils traversent. Récemment, plusieurs de ces difficultés sont devenues insurmontables pour de nombreux parents isolés, y compris pour moi.

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J’ai finalement de la chance. Contrairement à de nombreux parents isolés, je n’ai pas perdu mon emploi, ni mes revenus, je n’ai pas à faire face à la pauvreté et aux banques alimentaires, et j’ai toujours un toit. Subir de graves difficultés et la pauvreté est devenu une réalité bien trop courante pour les parents célibataires. Nous l’avons constaté à Gingerbread, avec notre ligne d’assistance, notre forum et nos groupes locaux, tous inondés d’appels à l’aide. J’ai travaillé à plein temps, et c’est le moins que l’on puisse dire. Nous avons fait de notre mieux pour soutenir tous les parents isolés qui nous ont contactés, en continuant à faire pression sur le gouvernement pour qu’il débloque une aide supplémentaire aux personnes dans ma situation, pour sensibiliser l’opinion publique et collecter des fonds dans un contexte de plus en plus difficile pour les associations caritatives.

Quatre de mes enfants sont scolarisés - ma plus jeune fille avait sept ans au début de la pandémie. J’ai également deux enfants plus âgés: une fille qui était en voyage à l’étranger, et un fils à l’université. Ils ont tous fini par rentrer à la maison, et c’est ainsi que nous avons abordé la pandémie.

«Mes deux plus jeunes enfants ne travaillent pas indépendamment, alors nous nous sommes assis tous ensemble autour de la table à manger. Moi avec mon ordinateur portable en grande partie inactif à côté de moi, et eux, très distraits et peu concentrés sur leurs devoirs.»

Comme beaucoup de gens, je me suis - un peu trop - familiarisée avec Zoom. Comme beaucoup de parents, je me suis aussi bien plus que familiarisée avec Google Classroom, l’apprentissage des fractions, les Romains et la grammaire. Mes deux plus jeunes enfants ne travaillent pas indépendamment, alors nous nous sommes assis tous ensemble autour de la table à manger. Moi avec mon ordinateur portable en grande partie inactif à côté de moi, et eux, très distraits et peu concentrés sur leurs devoirs. Mes deux filles plus âgées commençaient à travailler sur leurs examens de passage aux études supérieures, et devaient faire face à l’incertitude de leur avenir ainsi qu’à la pression du travail scolaire à domicile.

Ensemble, nous avons été soumis à plus d’anxiété que je ne l’imaginais. Cecily, ma plus jeune fille, était très anxieuse à l’idée d’être confinée, de me voir mourir ou de mourir. Mes deux adolescents ressentaient de l’anxiété par rapport à leurs amis, leur vie sociale, leurs examens et leur avenir. Mon fils aîné, qui est autiste, a commencé son premier emploi depuis sa chambre d’enfant, sans le costume que nous avions acheté, resté accroché à la porte.

J’ai eu du mal à trouver un équilibre. Je devais faire les devoirs avec mes enfants. Je devais travailler en aidant les parents célibataires, largement oubliés pendant la pandémie. Je devais répondre à des appels professionnels quasi incessants, assister à des réunions Zoom et gérer un flux de courriels interminable. Je m’inquiétais pour nos équipes qui travaillaient sans relâche. Je m’inquiétais pour mes enfants. Je devais cuisiner, faire le ménage et faire les courses.

Et comme beaucoup de parents isolés, j’étais seule, sans conjoint pour me soutenir ou partager la charge de travail. J’avais du mal à dormir et je me réveillais souvent aux aurores, anxieuse. J’étais submergée par le travail, les tâches et les corvées.

«Lorsque ce confinement sera terminé, il se peut que je sois à nouveau un peu nostalgique, mais je peux dire avec certitude que je ne souhaite vraiment jamais revivre cela.»

Mais tout n’a pas été si sombre! Mes enfants ont plus que relevé le défi. Nous avons vraiment réussi à former une équipe, avec un planning sur le frigo pour les promenades du chien, la préparation des repas et l’aide pour l’école à domicile. Les repas étaient agréables, car nous partagions des expériences culinaires et de longues conversations à table, sans téléphone. Il y avait la préparation du pain, le thé de l’après-midi, le sport avec Joe, les soirées jeux. Et pour moi, les marches dans la nature, les soirées Zoom avec des amis et, lorsque nous en avions le droit, une «bulle» avec un autre parent célibataire pour boire un gin tonic sur le banc d’un parc, en respectant la distanciation sociale. Et, comme je l’ai dit, je me considère chanceuse. Je n’ai pas perdu mon emploi, ni mes revenus, et je n’ai pas eu à m’inquiéter pour payer mon loyer ou nourrir mes enfants.

Lorsque tout cela s’est arrêté, j’étais un peu triste en fait – car l’école a repris, et je pouvais assister à une réunion Zoom sans avoir à parler de fractions ni à intervenir dans une dispute à propos de la vaisselle. Mais je n’ai jamais souhaité que cela reprenne.

La situation est plus difficile pour les parents isolés que pour les parents en couple. Il existe encore des inégalités qui risquent de les mettre en situation de pauvreté: ils sont plus susceptibles de perdre leur emploi ou leur revenu lors du confinement, et ils sont deux fois plus susceptibles de ne pas être équipé correctement pour éduquer leurs enfants à domicile. Et, encore une fois, ils font tout cela seuls, souvent avec peu de soutien.

Lorsque ce confinement sera terminé, il se peut que je sois à nouveau un peu nostalgique, mais je peux dire avec certitude que je ne souhaite VRAIMENT jamais revivre cela.

Publié à l’origine sur Le Huffpost britannique, cet article a été traduit de l’anglais.

La version française de ce texte a été publiée originalement sur le HuffPost France.

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