POLITIQUE
17/09/2020 13:12 EDT

Les menaces en ligne contre les politiciens québécois explosent depuis la pandémie

La Sûreté du Québec a partagé des données inquiétantes.

Jacques Boissinot/La Presse canadienne
Les élus, «tous partis confondus», ont été la cible de menaces en ligne depuis le début de la pandémie, selon la SQ. (photo d'archives)

La Sûreté du Québec (SQ) a reçu près de six fois plus de plaintes de politiciens concernant des menaces en ligne depuis le début de la pandémie que pour la même période l’an passé.

Le porte-parole Guy Lapointe a indiqué sur Twitter que le corps policier avait reçu 300 signalements du genre depuis le mois de mars, alors qu’il n’en avait reçu que 53 pour la même période en 2019.

Si la tendance est particulièrement inquiétante pour les menaces envers les élus, le phénomène semble aussi prendre de l’ampleur au sein de la population en général.

Ainsi, la police dit avoir reçu 1748 plaintes concernant des menaces en ligne entre janvier et septembre 2020, soit plus du double des 713 plaintes reçues en 2019.

«Ne vous mettez pas dans le pétrin. Pensez-y 2 fois avant d’écrire n’importe quoi», a averti M. Lapointe.

Tous les partis visés

Mercredi, le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a signalé à la SQ pour la deuxième fois en quelques jours des menaces reçues sur les réseaux sociaux.

Cette fois, un message publié par un homme se présentant comme Billy Gagné réclamait «la peine de mort» pour M. Bérubé et le premier ministre François Legault. Relayant plusieurs éléments de la théorie du complot QAnon, l’internaute réagissait à l’entrevue accordée par le péquiste à Qub radio, au cours de laquelle il se demandait si Québec devait imposer le port du masque aux manifestants qui s’opposent aux mesures sanitaires.

Capture d'écran/Twitter

«Encore une fois, soyons clair: C’est tolérance zéro. Les individus derrière ces messages, comme d’autres avant eux, s’exposent à des conséquences pouvant aller jusqu’au casier judiciaire en cas de condamnation», a écrit M. Lapointe.

Lundi, M. Bérubé avait également signalé un tweet menaçant à son endroit et à celui de sa conjointe, l’animatrice Annie-Soleil Proteau. En entrevue avec le HuffPost Québec le lendemain, M. Bérubé avait toutefois affirmé ne pas souhaiter pousser l’affaire plus loin, puisqu’il avait reçu des excuses de l’internaute.

«Avec la journée qu’il a eue [lundi], je suis convaincu que la leçon a été comprise, qu’il n’y a aucun risque de récidive et qu’il éprouve des remords», a assuré M. Bérubé.

Quelques jours plus tôt, la SQ avait également rencontré deux hommes âgés de 59 et 65 ans au sujet de menaces de mort proférées à l’endroit du premier ministre François Legault sur Facebook. Guy Lapointe avait alors indiqué que les dossiers seraient soumis au Directeur des poursuites criminelles et pénales.

En août, le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, avait également porté plainte à la police après la diffusion de son adresse personnelle sur les réseaux sociaux par des personnes s’opposant aux mesures sanitaires. La pratique, appelée «doxing», est souvent utilisée par des mouvements extrémistes pour intimider leurs opposants.

«Tous partis confondus»

Selon Guy Lapointe, les propos menaçants sur les réseaux sociaux touchent les élus de tous les partis depuis le début de la pandémie.

Le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois révélait cette semaine au HuffPost Québec que son bureau recevait fréquemment des appels agressifs depuis quelques semaines, notamment de la part d’adeptes des théories du complot, contenant souvent des «menaces indirectes» ou des «allusions» inquiétantes.

Un porte-parole du Parti libéral du Québec a affirmé n’avoir connaissance d’aucun signalement du genre fait par un élu de son parti depuis le début de la pandémie, bien que les messages sexistes, déplacés ou haineux n’étaient pas rares.

«Personne ne devrait subir de la discrimination ou du harcèlement sur les réseaux sociaux, a déclaré le porte-parole de l’opposition officielle Frédéric Labelle dans un courriel au HuffPost. Qu’il s’agisse de messages déplacés, sexistes ou haineux, de tels propos sont inacceptables et n’ont pas leur place dans notre société. Nous encourageons les victimes de menaces à dénoncer.»