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13/09/2020 09:37 EDT

Même sans ingérence étrangère, le système électoral américain est fragile

Depuis août, le président républicain a encore avivé les doutes sur l’intégrité du scrutin qui l’opposera à Joe Biden, remettant en cause la fiabilité du vote par correspondance et criant à la fraude annoncée.

ASSOCIATED PRESS Photo/Lance Iversen
Depuis août, le président républicain a encore avivé les doutes sur l’intégrité du scrutin qui l’opposera à Joe Biden, remettant en cause la fiabilité du vote par correspondance et criant à la fraude annoncée.

Cyberattaques et ingérences étrangères: les menaces extérieures sur la présidentielle américaine font la Une aux États-Unis. Mais dans un pays à vif, le système électoral ultra-décentralisé, abonné aux couacs, pourrait être le principal talon d’Achille d’une élection rendue encore plus vulnérable par la pandémie.

«On n’aura jamais le résultat de l’élection le 3 novembre», avait lancé fin août Donald Trump, affirmant ne pas l’attendre «avant des semaines, des mois, peut-être jamais».

Depuis, le président républicain a encore avivé les doutes sur l’intégrité du scrutin qui l’opposera au démocrate Joe Biden, remettant en cause la fiabilité du vote par correspondance et criant à la fraude annoncée.

Dans un pays habitué aux longs retards dans le dépouillement, quel sera l’impact de la pandémie historique de COVID-19, qui va faire exploser le poids du vote par correspondance, alors qu’on s’attend à des résultats serrés dans les États-clés?

«Le plus grand défi des dernières décennies»: des observateurs électoraux de l’OSCE rapportaient, avec ces mots, la vision «générale» de leurs interlocuteurs américains après une mission au printemps sur l’organisation du scrutin.

Lors de la présidentielle de 2016, près du quart des votes (33 millions) s’étaient déjà effectués par courrier. Cette fois, entre 50 et 80 millions de bulletins pourraient arriver par la poste.

Le 45e président des États-Unis, qui vote lui-même par correspondance, a appelé les électeurs de Caroline du Nord à voter deux fois. De quoi, disait-il provocateur, vérifier «si leur système est aussi bon qu’ils le disent».

«Perdre confiance»

Au-delà d’incidents isolés, aucune étude sérieuse n’a toutefois rapporté de fraudes majeures liées au vote par correspondance.

Mais «cette année, pour la première fois de notre histoire, nous allons tourner notre attention sur les États-Unis», ont écrit fin août des responsables du Centre Carter, une ONG fondée par l’ex-président démocrate Jimmy Carter.

«Pourquoi? Parce que les Américains sont en train de perdre confiance en leur processus électoral».

Aux États-Unis, la gestion des élections est extrêmement décentralisée, retombant sur quelque 8 000 juridictions locales. Ce qui «rend le système assez compliqué», reconnaît John Hudak, du centre de recherche américain Brookings.

Des bulletins mal poinçonnés en Floride, lors de la présidentielle ultra-serrée de 2000 que George W. Bush avait au final remportée, jusqu’aux longues journées, voire semaines, qu’il faut à certaines circonscriptions pour dépouiller leurs résultats: les États-Unis sont célèbres pour leurs couacs et fiascos électoraux.

Si ces bulletins aux célèbres «hanging chads» n’existent plus, certaines machines vieillissantes utilisées pour le vote électronique inquiètent désormais car elles pourraient être vulnérables au piratage.

Et les longues files d’attente, qui se répètent à chaque élection, pourraient encore être aggravées par un manque d’employés électoraux, souvent des volontaires plus âgés qui craignent particulièrement le virus, entraînant une baisse du nombre de bureaux de vote ouverts.

Des scrutins organisés cet été ont donné un avant-goût, amer, des problèmes potentiels à venir.

À New York, il a fallu six semaines pour déterminer les vainqueurs de deux primaires démocrates après la multiplication par dix des votes par correspondance. Et en Géorgie, le responsable, républicain, des élections vient d’affirmer que 1 000 personnes avaient voté deux fois lors d’une autre primaire en juin.

«Signe qu’il fonctionne»

«Il y a des systèmes en place pour empêcher la fraude électorale», notamment un éventuel double vote, affirme John Hudak à l’AFP. «J’ai toute confiance en la capacité des États à organiser l’élection présidentielle d’une façon légitime».

Mais, «plus il y a de bulletins par courrier, plus longtemps cela prendra pour les compter», reconnaît-il.

Or dans un pays profondément divisé politiquement, ce délai pourrait inquiéter, voire indigner les électeurs.

Sans une victoire écrasante, l’un des deux candidats pourrait ainsi apparaître en tête dans la soirée avant d’être rattrapé par son adversaire, après le dépouillement tardif des votes par correspondance dans certains États-clés.

Il faut donc avant tout préparer l’opinion publique à cette attente car en cas d’élection «serrée, nous voulons que ces États prennent bien le temps de compter tous les bulletins par correspondance», souligne John Hudak.

«Si nous nous réveillons le lendemain et ne connaissons pas» le vainqueur, «cela n’est pas un signe que le système électoral est défectueux mais au contraire un signe qu’il fonctionne».

Professeur à Harvard spécialiste des élections américaines, Stephen Ansolabehere est également confiant: «L’intégrité» du scrutin «sera assez élevée».

«D’une certaine façon», explique-t-il à l’AFP, «Trump en dénonçant tout cela attire l’attention de tout le monde. Et quand tout le monde observe, il est difficile de faire un mauvais coup.»

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