POLITIQUE
10/01/2020 16:46 EST | Actualisé 10/01/2020 17:08 EST

Le prince Harry pourrait-il vraiment devenir gouverneur général du Canada?

Même au Québec, l'idée a ses adeptes, à en croire les résultats d'un sondage.

Pool/Samir Hussein via Getty Images
Le prince Harry et Justin Trudeau

Alors que le prince Harry et son épouse Meghan viennent d’annoncer leur intention de s’affranchir financièrement de la famille royale pour venir s’installer une partie de l’année en Amérique du Nord, les spéculations vont bon train quant à leur avenir professionnel.

Le petit-fils d’Élisabeth II pourrait-il «continuer de servir la reine» - comme il a dit vouloir le faire - en devenant son représentant au Canada, à titre de gouverneur général? En tout cas, l’idée plairait à une majorité de Canadiens, à en croire les résultats d’un sondage publié jeudi. Il est toutefois important de noter que le coup de sonde a été réalisé en ligne le 6 janvier, deux jours avant l’annonce-choc du duc et de la duchesse de Sussex.

Le coup de sonde réalisé par Dart et Maru Voice Canada indique que quelque 60% des Canadiens aimeraient voir le fils cadet de Lady Di succéder à Julie Payette comme gouverneur général.

L’enthousiasme est toutefois moindre chez les Québécois, alors que 47% des répondants de la province voient l’idée d’un bon oeil.

Est-ce que ce serait possible?

Depuis 1952, avec la nomination de Vincent Massey, le poste de gouverneur général du Canada a toujours été occupé par des citoyens canadiens. Mais auparavant, le poste avait été occupé par des aristocrates britanniques depuis sa création en 1867, année de la Confédération canadienne. 

Et ce changement de tradition ne relève d’ailleurs que du bon vouloir des gouvernements qui se sont succédés à Ottawa. «Ça faisait partie d’une volonté prolongée de “canadienniser” progressivement les institutions après la Deuxième Guerre mondiale», explique Philippe Lagassé, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université de Carleton.

«Il n’y a aucune loi qui dicte des limites quant à la nomination du gouverneur général. Il est nommé par la reine sur recommandation du premier ministre du Canada», précise-t-il. 

En théorie, le prince Harry pourrait donc très bien occuper la charge publique. «Ce serait contraire à la coutume récente, mais ce n’est pas impossible du point de vue du droit constitutionnel», explique celui qui se spécialise dans les questions liées à la Couronne.

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La gouverneure générale du Canada, Julie Payette, en poste depuis 2017.

Mais en pratique, Philippe Lagassé estime qu’il est «improbable» que ce soit dans les plans - ni ceux du prince, ni ceux du premier ministre Justin Trudeau.

«C’est quelque chose qui pourrait se produire sous un premier ministre très monarchiste, qui souhaiterait envoyer un signal très clair à propos de la monarchie au Canada», croit l’expert, qui souligne que l’Australie a flirté avec l’idée de nommer le prince Charles gouverneur général dans les années 70.

«Ces idées ont déjà été évoquées, mais je ne pense pas qu’on s’en va dans cette direction, estime M. Lagassé. Ça ne cadrerait pas bien avec le prince Harry, ni avec les raisons d’être du rôle de gouverneur général aujourd’hui.»

Il ajoute que la mission des représentants de la reine comme le gouverneur général et les lieutenants-gouverneurs est aujourd’hui de représenter la communauté locale, d’abord et avant tout. «Et bien que le prince Harry ait des liens avec le Canada, il n’est pas Canadien», rappelle le professeur.

Par ailleurs, même l’organisation de la Ligue monarchiste du Canada n’est vraiment pas chaude à l’idée. Dans une publication Facebook mise en ligne vendredi, on y souligne que l’acceptation de ce nouveau rôle par le couple contredirait «une partie de leur motivation déclarée pour leur désir d’un nouveau rôle».

Pas de passeport, pas de passe-droit?

Comme le soulignait récemment l’experte de la famille royale Patricia Treble dans Maclean’s, même si Élisabeth II est techniquement la reine du Canada, les membres de la famille royale ne reçoivent pas automatiquement la citoyenneté canadienne. 

À VOIR: Le prince Harry et Meghan veulent prendre leurs distances de la famille royale


S’ils souhaitent vivre et travailler au Canada, le prince Harry et son épouse Meghan devraient passer par l’un des différents programmes de Citoyenneté, Réfugiés et Immigration Canada, à moins que le gouvernement ne s’en mêle.

La Loi sur la citoyenneté prévoit que «le ministre a le pouvoir discrétionnaire d’attribuer la citoyenneté à toute personne afin de remédier à une situation d’apatridie ou à une situation particulière et inhabituelle de détresse ou de récompenser des services exceptionnels rendus au Canada».

«Je pense que ce serait mal vu si le prince recevait un traitement préférentiel, alors qu’un grand nombre de personnes qui ont fait beaucoup pour le Canada souhaitent devenir citoyens», estime M. Lagassé.