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24/01/2020 12:14 EST

Je suis médicamentée et ça me permet d’être une meilleure maman

La stigmatisation liée à la prise de médicaments contre l'anxiété et la dépression pendant la grossesse doit cesser.

Jordan Siemens via Getty Images

Je jouais avec mon fils de deux ans et ses trains au moment où j’ai réalisé que je n’étais plus en contrôle de mon combat de toujours contre l’anxiété et que j’avais besoin d’aide.

J’avais eu des crises de panique qui ressemblaient à des crises cardiaques tout le mois, depuis que ma gynécologue m’avait autorisée à essayer d’avoir un deuxième bébé après un grave ennui de santé plus tôt cette année-là.

Plus tôt cette journée-là, j’avais eu des douleurs thoraciques assez profondes, mais je les ai considérées, comme je l’ai toujours fait, comme «probablement pas» une crise cardiaque.

Ce soir-là, alors que mon fils et moi construisions paisiblement des ponts et des pistes connectées dans sa chambre, il m’a soudainement regardée et s’est mis à pleurer. Selon toute vraisemblance, il vivait un moment commun pour un tout-petit, probablement énervé que je n’aie pas construit la gare selon ses spécifications exactes mais non communiquées.

Mais ses pleurs m’ont tellement effrayée que cette pensée m’est venue à l’esprit: «Et si c’était vraiment une crise cardiaque, plus tôt dans la journée, et en fait, je suis morte, et il a peur de moi parce que je suis un fantôme?»

Il faut savoir que j’ai toujours été une personne assez pragmatique, donc le fait que mon cerveau soit allé dans cette direction me ​​faisait aussi peur que la pensée que ça pouvait être vrai. J’ai appelé mon mari pour qu’il monte à l’étage et joue avec mon fils, je suis allée dans ma chambre, confuse et je me suis allongée sur le lit en essayant de respirer. J’ai senti mes mains et mes pieds s’engourdir comme ils le faisaient souvent depuis quelque temps et j’ai essayé de me réconforter par le fait que le chat me regardait droit dans les yeux, donc je n’étais probablement pas morte.

Jusqu’à ce que je me dise: «Mais les chats ne voient-ils pas les fantômes?»

J’ai appelé mon médecin le lendemain et j’ai commencé à prendre du Zoloft, un médicament anti-anxiété, à la fin de la semaine. Un peu plus d’un an plus tard, je suis enceinte de huit mois et je prends toujours mes petites pilules jaunes tous les jours, sans intention d’arrêter de sitôt.

Je suis une maman médicamentée et je suis reconnaissante chaque jour parce que je suis une meilleure maman grâce à ça.

La dépression et l’anxiété postpartum sont un problème pour tant de mamans

Pour être claire, je ne suis pas une professionnelle de la santé et ce n’est pas une recommandation. Je suis juste une maman qui a traversé une passe difficile et une autrice avec la capacité de partager ce que j’ai vécu. Les médicaments ne sont certainement pas un remède magique pour les troubles de l’humeur du post-partum et ne conviennent pas à tout le monde. Heureusement, il existe de nombreuses options de traitement, y compris la thérapie, qui fait également partie d’un plan de soutien à plusieurs volets dont je bénéficie.

Parce que j’ai résisté à l’aide professionnelle pendant si longtemps, il a fallu attendre que mon fils ait trois ans pour que je reçoive un diagnostic officiel de trouble d’anxiété généralisée (aggravé par le traumatisme de mes fausses couches) et éventuellement d’anxiété et de dépression post-partum après sa naissance. Je suis également considérée comme ayant un risque élevé de récidive à la naissance de mon prochain bébé.

J’ai vécu ce que vit près d’une Canadienne sur quatre,soit la dépression post-partum ou un trouble anxieux dans les mois suivant la naissance. Et selon Statistique Canada, sur le seul tiers qui reçoit un traitement pour ses symptômes, je suis parmi les 38% qui prennent des médicaments.

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Mon arsenal matinal comprend de l'acide folique, de la vitamine D, du fer, des pilules anti-nausée et du Zoloft.

Je fais également partie d’une cohorte encore plus restreinte: celles qui continuent de prendre des médicaments contre l’anxiété et la dépression pendant leur grossesse, une décision compliquée et parfois controversée basée sur une analyse risques-avantages pour moi et pour le bébé.

Mon médecin de famille, ma gynécologue et mon psychiatre conviennent tous qu’il est plus risqué pour moi (et donc pour le bébé) de ne pas être médicamentée et de souffrir des effets de l’anxiété que de continuer à prendre une faible dose de Zoloft, qui est considérée comme par beaucoup comme l’inhibiteur le plus sûr à prendre pendant la grossesse.

Alors je le prends, chaque jour, sachant qu’il y a une petite chance que mon bébé vive un sevrage après sa naissance, mais réconfortée par des études qui montrent les effets négatifs des maladies mentales non traitées sur la maman et le bébé (y compris le faible poids à la naissance et le risque de prématurité.

«Ça n’a pas à être aussi difficile cette fois-ci», m’a assurée mon médecin de famille alors que nous débattions des risques de continuer à prendre le Zoloft lors de mon premier rendez-vous prénatal.

«Il existe des moyens de vous faciliter la grossesse et la période post-partum, et les médicaments en font partie.»

Pas normal et non gérable

J’ai toujours été anxieuse, mais il m’a fallu des années, un psychiatre et des médicaments pour réaliser que ce que je pensais être normal et gérable ne l’était pas.

Enfant, je restais allongée dans mon lit la nuit pendant des heures et j’imaginais toute ma famille mourir dans un accident de voiture. J’avais tellement peur de m’étouffer que je cachais des morceaux de viande mâchée dans ma serviette à la plupart des repas. Adolescente, j’avais trop peur que l’auto soit en panne pour apprendre à conduire.

Lorsque mon futur mari m’a fait sa demande, j’étais tellement inquiète qu’il me quitte que j’ai repoussé la date du mariage à un moment qui n’avait aucun sens (quand je vivais dans une autre province de lui), mais ce n’était que de l’agitation, non? Après notre mariage, j’avais besoin qu’il m’envoie un texto chaque jour à son arrivée au travail, pour que je sache qu’il n’avait pas été heurté par une voiture et tué. Mais c’est juste des trucs typiques de femme, n’est-ce pas?

J’avais trop peur de le laisser dormir à moins que quelqu’un ne regarde sa respiration.

Après une première fausse couche avec complications en 2015, j’avais tellement peur de mourir dans mon sommeil que je faisais en sorte que mon mari reste éveillé pour écouter ma respiration. Qui s’attendrait à rien de moins après un tel traumatisme? Idem avec ma peur obsessive que mon mari ait un cancer secret non diagnostiqué et mon insistance pour qu’il fasse vérifier un grain de beauté par trois médecins différents. Et ces douleurs à la poitrine - eh bien, j’avais traversé beaucoup de choses, n’est-ce pas?

Mes comportements les plus difficiles à repenser avec du recul sont ceux qui impliquent la façon dont j’ai agi après la naissance de mon fils, un an plus tard. J’avais trop peur de le laisser dormir à moins que quelqu’un ne regarde sa respiration. J’ai demandé aux membres de la famille de ne pas le porter dans les escaliers au cas où ils trébucheraient. J’ai repoussé aussi longtemps que possible les aliments solides pour qu’il ne puisse jamais s’étouffer. J’ai à peine quitté la maison toute l’année où je n’étais pas au travail.

Après des décennies à insister sur le fait que je pouvais gérer l’anxiété par moi-même, ne pas pouvoir prendre soin de mon fils était ma limite. C’était fini.

Au moment où j’ai eu ma deuxième fausse couche lorsque mon fils avait 18 mois, cette fois une grossesse ectopique qui comportait un risque de malignité et nécessitait deux chirurgies et six mois de prises de sang, mes nerfs étaient - et je crois que c’est le terme médical - remplis de merde.

Mais j’étais tellement concentrée sur ma récupération physique, que ce n’est que le jour où mon médecin m’a appelée pour me dire que j’étais officiellement autorisée à essayer d’avoir un deuxième bébé, que j’ai commencé à avoir des «crises cardiaques», des mains et des pieds engourdis, un cerveau dans la brume, et j’avais peur d’être seule avec mon fils au cas où je tomberais morte devant lui. J’ai même demandé à mon mari d’arrêter de laisser mon enfant me réveiller le matin, au cas où je mourrais d’une crise cardiaque dans mon sommeil. J’étais terrifiée de le faire souffrir et de ruiner sa vie.

Après des décennies à insister sur le fait que je pouvais gérer l’anxiété par moi-même, ne pas pouvoir prendre soin de mon fils était ma limite. C’était trop.

Les médicaments ont fait de moi une meilleure mère

J’ai toujours été une bonne mère (mon Dieu, merci à la thérapie de m’avoir aidée à le dire à haute voix). Je suis attentionnée, prudente, créative et attentive. Je m’assure que mon fils m’entend dire «je t’aime» chaque jour. Et il se porte merveilleusement bien jusqu’à présent: drôle, doux, poli et avec une imagination assez inspirante (nous avons «fait du camping» à l’intérieur tous les soirs pendant les deux dernières semaines, avec un feu de camp en papier de construction).

S’il y a une chose difficile, c’est que mon anxiété non traitée a fait en sorte que je le gardais en sécurité et protégé, mais à quel prix? Ça me brise le cœur quand il me promet: «Ne t’inquiète pas, maman, je serai prudent», avant d’essayer quelque chose de nouveau, ou pire, me prévient nerveusement: «Maman, fais attention!» avant que je fasse quelque chose.

Il n’a pas appris ces comportements de son père.

Lorsque j’ai commencé à prendre des médicaments il y a un an, les symptômes physiques de mon anxiété (comme les douleurs thoraciques, l’engourdissement et les crises de panique) ont été les premiers à disparaître. Mais j’ai été surprise de voir d’autres effets positifs au fil des semaines: confiance, concentration, moins de colère, plus de patience. (Il est étonnant de voir combien ça prend d’espace mental lorsqu’on a peur de mourir 24 heures sur 24, sept jours sur sept).

Toutes ces qualités font de moi une meilleure mère pour mon fils. Aujourd’hui, quand je l’emmène à ses cours de natation et que je le regarde sauter en toute confiance dans l’eau avec ses lunettes, mon cœur gonfle (et non avec le souci qu’il se noie).

J’espère que cette fois ce sera différent

Je suis curieuse, et même un peu excitée, de voir si et comment la période post-partum sera différente pour moi avec «petit frère» maintenant que je me suis armée de soutiens: pas seulement des médicaments, mais aussi l’aide d’un thérapeute, et un programme pour les femmes atteintes de dépression et anxiété post-partum auquel je suis actuellement inscrite dans un hôpital de mon secteur.

Est-ce que ce sera vraiment plus facile cette fois, comme l’a dit mon médecin? Est-ce que je pourrai laisser mon bébé dormir seul? Est-ce que je vais m’aventurer plus souvent dehors? Je suis confiante pour le moment.

Ce n’est pas un signe de faiblesse. Savoir que vous avez besoin d’aide et aller en chercher est un signe de force.

J’ai aussi plus d’amies maman cette fois, et devinez quoi? Beaucoup d’entre elles ont également commencé à prendre du Zoloft pendant la période post-partum. Peut-être que la proportion de nouvelles mamans qui ont besoin de médicaments n’est pas si petite, après tout. Peut-être que nous n’en parlons pas assez. Peut-être parce que beaucoup, comme moi, ont peur d’être jugées.

Malgré toutes les campagnes de sensibilisation sur la santé mentale, il y a toujours une stigmatisation à propos de la mère médicamentée, et ça doit changer. Ce n’est pas un signe de faiblesse. Savoir que vous avez besoin d’aide et aller en chercher est un signe de force. Et si vous lisez ceci et que vous vous dites «Oui, c’est moi», j’espère que vous envisagerez de contacter un professionnel de la santé pour discuter de vos options, qui peuvent ou non inclure des médicaments.

Oh, et au fait, nous avons encore un fantôme dans la maison un an plus tard, mais ce n’est pas moi. C’est mon mari qui nous poursuit, moi et notre fils, en haut des escaliers tous les soirs avant de se coucher en gémissant: «OOOOooo! OOOOooo!» Nous montons à la chambre de mon fils, en hurlant et riant, puis nous nous cachons dans le placard ensemble, en disant: «Oh non! Un fantôme!», tandis que mon mari nous «cherche».

Finalement, mon mari ouvre la porte du placard et mon fils et moi éclatons de rire, sans peur ni nervosité, confiants que les fantômes ne sont pas réels.

Ce texte, initialement publié sur le site du HuffPost Canada, a été traduit de l’anglais.

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