POLITIQUE
02/10/2019 14:24 EDT | Actualisé 02/10/2019 20:02 EDT

Québec annonce des mesures pour aider les médias écrits

Les entreprises de presse pourront désormais se prévaloir d’un crédit d’impôt remboursable sur le salaire des employés.

Stevica Mrdja / EyeEm via Getty Images

QUÉBEC — Certains médias écrits québécois vont recevoir un coup de pouce du gouvernement pour souffler un peu et se donner un minimum de marge de manoeuvre financière, d’ici cinq ans. 

Pour les aider à traverser la crise en attendant de trouver un nouveau modèle d’affaires, Québec privilégie la voie fiscale.

Les entreprises de presse admissibles pourront, elles, se prévaloir d’un crédit d’impôt remboursable de 35 pour cent sur le salaire des employés.

La mesure, annoncée mercredi, est rétroactive au 1er janvier 2019, et vaut en principe pour chaque employé de la salle de rédaction, jusqu’à concurrence de 75 000 $ de revenu annuel.

Cette mesure n’a pas d’échéance.

Seront admissibles les employés de la salle de rédaction et le personnel lié à l’exploitation des technologies de l’information des médias écrits.

L’annonce a été faite mercredi, en conférence de presse, conjointement par le ministre des Finances, Éric Girard, et la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, à la suite de la récente commission parlementaire sur l’avenir des médias et la vente forcée des six journaux du Groupe Capitale Médias, qui étaient à court de liquidités.

Les acquéreurs potentiels du groupe GCM, qui doivent annoncer leurs couleurs dans les semaines qui viennent, sauront donc désormais à quoi s’en tenir, à quelle forme d’aide de l’État ils auront droit. Les offres finales d’achat doivent être faites d’ici le 25 octobre.

Au total, le plan d’aide financière annoncé par Québec atteint près de 50 millions $ par année, d’ici 2023-2024.

Les ministres ont semblé avoir de la difficulté à préciser les critères d’admissibilité au crédit d’impôt, pierre angulaire du programme d’aide.

Les médias admissibles sont ceux qui «ont comme fonction de produire et diffuser au moyen d’imprimés, sites web, applications mobiles un contenu d’information générale s’adressant à la population québécoise», a dit le ministre Girard.

Après hésitation, il a calculé que quelque 200 médias auraient droit de se prévaloir du crédit d’impôt, dont pourraient bénéficier, au total, 1200 employés des entreprises de presse.

Est-ce que les cadres vont se qualifier? De même que les chroniqueurs, blogueurs et éditorialistes?

«Le personnel qui a comme fonction de produire et diffuser va se qualifier», a répondu le ministre Girard, sans donner de précisions.

Le programme vise surtout à contrer l’exode des revenus publicitaires, a commenté la ministre Roy, d’où la décision d’exclure une agence comme La Presse canadienne, même si les textes de ses journalistes sont publiés dans les journaux visés par le programme d’aide.

«Ce que nous faisons aujourd’hui, nous aidons à combler ce manque de revenus publicitaires pour les journaux», a dit la ministre, convaincue que par ricochet, «nous allons aider les agences de presse, puisque votre client, le journal, aura les moyens d’acheter des textes dans les agences de presse».

Un média web comme le Huffington Post serait admissible, mais un média électronique qui produit un site web, non.

Depuis une dizaine d’années, les journaux ont vu décliner rapidement les abonnements et les revenus publicitaires, partis migrer chez les géants américains du web que sont Google, Amazon, Facebook et Apple (GAFA).

Le gouvernement, qui s’est fait reprocher à maintes reprises par l’opposition libérale de privilégier les GAFA pour ses besoins publicitaires, reconnaît sa faute et s’engage à revoir ses façons de faire de manière à mieux soutenir à l’avenir les médias écrits régionaux par le placement publicitaire, mais n’est toujours pas prêt à dire dans quelle proportion.

«Des scénarios sont actuellement à l’étude, et l’option retenue sera dévoilée prochainement», a indiqué la ministre Roy.

En parallèle, Québec prolonge d’un an, soit jusqu’au 31 décembre 2023, le crédit d’impôt offert pour la transformation numérique des médias écrits.

Certains programmes existants de soutien budgétaire aux médias communautaires, parrainés par le ministère de la Culture et des Communications, seront eux aussi prolongés de deux ans, jusqu’en 2023-2024.

Québec a aussi entendu l’appel des propriétaires d’entreprises de presse qui revendiquaient d’être soulagés de la taxe de recyclage versée aux municipalités pour la collecte sélective. Québec assumera la facture désormais.

En parallèle, les médias écrits qui se qualifient et qui nécessitent un soutien financier temporaire pourront présenter une demande à Investissement Québec, qui pourra gonfler leur fonds de roulement le temps requis.

Des «mesurettes»

L’opposition libérale a qualifié le programme annoncé de «mesurettes» décevantes, dans ce contexte de crise sans précédent qui frappe l’ensemble des médias.

«On tente de soigner un symptôme, sans jamais s’attaquer à la maladie», a commenté la députée de Verdun, Isabelle Melançon, porte-parole sur ces questions, en point de presse.

Elle s’attendait à ce que le gouvernement se décide enfin à taxer les géants américains du web, alors que la ministre dit avoir encore besoin de temps pour réfléchir à la question.

«Non, mais c’est une blague!», a répliqué Mme Melançon, soutenant que, pendant ce temps, ce sont les médias locaux et régionaux qui vont payer le prix des tergiversations du gouvernement.

Elle déplore aussi que le gouvernement ait choisi d’être sélectif dans son approche, en décidant d’aider certaines entreprises de presse, mais pas d’autres.

Or, «c’est l’ensemble des journalistes qui doivent être couverts par des mesures fiscales», selon elle.

La ministre Roy se rend coupable «d’aveuglement volontaire», en ne reconnaissant pas que dans le contexte actuel une agence de presse est tout aussi fragile qu’un quotidien sur le plan financier et a donc autant besoin d’aide de l’État qu’un autre média.

À voir également: