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14/07/2020 19:28 EDT

MBAM: Nathalie Bondil dit avoir été congédiée parce qu'elle «picosse»

Ce n'est donc selon elle pas en raison d’un climat de travail toxique, comme le prétend le conseil d’administration de l’institution.

Ilya S. Savenok via Getty Images
«Ce que je vois, c’est que le 26 juin on me dit qu’on va renouveler mon contrat et que le 6 juillet, c’est le jour de la nomination de cette direction et on me renvoie», a résumé Mme Bondil.

MONTRÉAL — Nathalie Bondil affirme avoir été congédiée de son poste de directrice générale et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) parce qu’elle «picosse», et non en raison d’un climat de travail toxique comme le prétend le conseil d’administration de l’institution.

C’est ce mot dont elle se «souviendra toute sa vie» que Michel de la Chenelière, le président du C.A., a employé pour lui justifier la fin de son contrat, a-t-elle assuré mardi dans une entrevue avec La Presse Canadienne où elle a donné sa version des faits.

M. de la Chenelière n’aurait «pas vraiment» élaboré sur la nature de ce «picossement», mais la principale intéressée croit que c’est parce que le comité de direction dont la sommité mondiale était membre n’a pas endossé la nomination de Mary-Dailey Desmarais au poste de directrice de la conservation.

«Ce que je vois, c’est que le 26 juin on me dit qu’on va renouveler mon contrat et que le 6 juillet, c’est le jour de la nomination de cette direction et on me renvoie», a résumé Mme Bondil.

Le président du C.A. lui aurait demandé d’écrire que le processus a été fait de façon régulière et qu’il y avait unanimité au comité des ressources humaines quant au choix de cette personne, ce qu’elle a refusé, soutenant que cela était faux.

Elle était aussi en désaccord avec lui sur le salaire qui était, dit-elle, plus élevé que celui d’une directrice qui avait davantage d’expérience.

«Quand on questionne un processus, quand on émet un avis, on fait de l’insubordination, on fait du picossage», a constaté Mme Bondil. Selon elle, le comité de direction doit diriger et le conseil d’administration aider et surveiller.

L’histoire remonte au 28 février lorsque M. de la Chenelière lui aurait annoncé qu’un tel poste sera créé et que «Mary est recommandée et que le C.A. la soutient». Mme Bondil aurait alors réclamé un véritable processus de recrutement.

Non seulement une «candidature exceptionnelle, une personne qui a une feuille de route impressionnante» aurait pu être choisie, mais en plus Mme Desmarais «était de loin la plus faible par rapport au profil de poste».

L’objectif était de recruter un gestionnaire pour soulager le travail de Mme Bondil. «Mettre une junior qu’on me demande de former, c’est pire en fait, a-t-elle lancé. Ça me surcharge.»

Mme Bondil s’est dite «très embarrassée» parce qu’elle «aime beaucoup» Mme Desmarais, qu’elle l’a même embauchée et lui a offert «son premier travail en 2014».

Elle a dit avoir proposé une «solution gagnant-gagnant» pour lui donner un autre poste pour lequel elle était «très contente», ce qui aurait été refusé par le conseil d’administration.

«Elle aurait été conservatrice en chef adjointe. Ça lui aurait donné la possibilité de se former, de grandir et d’acquérir un leadership dans de bonnes conditions.»

Climat de travail «toxique»

En annonçant lundi montrer la porte à Nathalie Bondil, le conseil d’administration a expliqué que c’est en raison de «témoignages troublants d’employés faisant état d’une détérioration évidente du climat de travail».

Le jour même, en entrevue avec La Presse Canadienne, M. de la Chenelière a maintenu que l’institution muséale ne pouvait plus fermer les yeux sur l’environnement de travail «toxique».

Mme Bondil se défend d’être responsable de ce climat. Les allégations de harcèlement dont il a été question ne la visaient pas, mais bien une autre personne qui oeuvrait dans un département qui ne relevait pas directement d’elle, soutient-elle.

Une enquête a été menée, les résultats lui auraient été communiqués le 28 février et il n’était «absolument» pas question de la congédier.

«Entre le 28 février et maintenant, on est en télétravail. [...] Je n’ai même pas vu les employés depuis le temps. Il n’y a rien que j’ai pu faire pour détériorer le climat de travail.»

De plus, elle affirme avoir été en accord avec les recommandations, qui sont «excellentes».

Problème de gouvernance

Outrée par le congédiement de Nathalie Bondil, la présidente du conseil d’administration du musée McCord et ancienne ministre libérale Monique Jérôme-Forget, estime que la ministre québécoise de la Culture devrait se pencher sur le «problème de gouvernance» au MBAM.

«Le président du conseil d’administration a pris des initiatives qui ne relevaient pas de lui ou modestement de lui, a-t-elle tranché en entrevue. Il a mis de côté [...] toute la direction du musée, pour notamment faire le choix d’une femme formidable, exceptionnelle, talentueuse, madame Desmarais, qui était très qualifiée, mais qui n’était pas le choix. Ça, ça ne se fait pas.»

Selon elle, «le pire de tout», c’est que M. de la Chenelière «s’est nommé directeur du musée par intérim».

«Sa maison est à 50 mètres du musée, a-t-elle pesté. Il était presque tous les jours au musée. Il donnait des commandes au musée. Et là, il s’est donné le pouvoir qu’il voulait.»

Mme Jérôme-Forget, qui dit avoir beaucoup d’admiration pour Mme Bondil et qui ne se décrit pas comme une amie, a déchiré sa chemise sur le traitement qui a été réservé à l’ancienne dirigeante, notamment que son cellulaire lui ait été retiré immédiatement.

«Même si ses amis veulent communiquer avec elle, ils ne peuvent plus. Il a fallu que je passe par quelqu’un qui avait son numéro à domicile. Quand on parle de harcèlement, c’est ça du harcèlement. De dénuder une personne complètement, d’aller salir sa réputation, de lui enlever tous ses pouvoirs, de l’empêcher de pouvoir parler aux employés au risque de couper son salaire. Ça, moi, j’appelle ça du harcèlement».

À la suite de l’annonce du congédiement de Nathalie Bondil, quelques dizaines de femmes haut placées dans leur organisation respective ont signé une lettre ouverte pour exprimer leur opposition à ce congédiement qui «apparaît irrationnel à la lumière de sa feuille de route extraordinaire».

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