POLITIQUE
30/05/2019 08:11 EDT

La FAE suggère de reporter l’implantation de la maternelle 4 ans

L’«intervention ciblée» auprès des populations défavorisées doit demeurer «prioritaire» selon elle.

Weedezign via Getty Images

QUÉBEC — Le gouvernement Legault doit reporter l’implantation de la maternelle 4 ans universelle partout au Québec.

C’est ce que recommande la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), dans un mémoire qui sera déposé jeudi à la commission parlementaire chargée d’étudier le projet de loi 5, visant la mise en place des services préscolaires aux enfants de 4 ans. Le document a été obtenu par La Presse canadienne avant son dépôt.

La FAE, qui représente 44 000 enseignants, rappelle que les maternelles 4 ans ont d’abord vu le jour à l’origine pour aider les enfants en milieu défavorisé et que leur déploiement dans ces milieux prioritaires n’est même pas complété.

Elle déplore donc que les modifications au projet de loi biffent le concept d’élève de 4 ans «vivant en milieu défavorisé».

Le syndicat reconnaît les bienfaits des mesures budgétaires énoncées par le gouvernement caquiste pour 2019-2020 à l’attention des clientèles défavorisées, mais il craint que les mesures d’accompagnement pour ces jeunes soient «diluées ou dispersées» dans tous les milieux avec la maternelle 4 ans universelle.

L’«intervention ciblée» auprès des populations défavorisées doit demeurer «prioritaire» pour le «développement d’une société plus juste et plus égalitaire», estime la FAE, qui demande donc au gouvernement de «surseoir à l’adoption du projet de loi 5».

La maternelle 4 ans temps plein dans les milieux défavorisés est un projet de société que l’on se doit de chérir et de préserver.

«À ce compte, nous demandons au ministre et au gouvernement de déployer, d’ici 2023-2024, une offre de services de maternelles 4 ans à temps plein dans toutes les écoles de milieux défavorisés», peut-on lire.

L’implantation universelle de la maternelle 4 ans est un des engagements principaux de la Coalition avenir Québec (CAQ) en campagne électorale, mais il suscite la controverse. Il rencontre la résistance des trois partis d’opposition au Parlement et de plusieurs syndicats, notamment pour son coût évalué à plus de 2 milliards $, alors qu’il existe déjà un réseau de Centres de la petite enfance (CPE) dont l’expansion n’est même pas complétée.

Le gouvernement Legault doit renoncer, dit la CSQ

Le gouvernement Legault doit renoncer à son projet d’implanter à grands frais la maternelle 4 ans partout, exige la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).

Il doit plutôt se concentrer sur le déploiement de ces classes en milieu défavorisé, soutient la CSQ dans un mémoire obtenu par La Presse canadienne.

Le document sera présenté jeudi à la commission parlementaire chargée d’étudier le projet de loi 5 visant la mise en place des services préscolaires aux enfants de 4 ans.

Le mémoire s’intitule “En faire moins, mais en prendre soin”, un clin d’oeil au slogan du gouvernement Legault qui répète constamment, sur l’enjeu de l’immigration, qu’il veut “en prendre moins, mais en prendre soin”.

La CSQ, qui représente 125 000 employés du secteur de l’enseignement, exige tout simplement le retrait du projet de loi.

“Le déploiement de la maternelle 4 ans “mur à mur” ne nous apparaît pas judicieux, puisque les familles ont déjà accès à divers services pour leur enfant de 4 ans, peut-on lire dans le mémoire. D’autres actions nous apparaissent beaucoup plus porteuses.”

La CSQ fonde ses recommandations sur ses membres, “ce personnel qui est avec les enfants au quotidien, connaît les véritables priorités, tant dans le secteur de la petite enfance que dans le secteur scolaire”.

Selon la CSQ, il faut plutôt miser sur l’ajout de classes de maternelles 4 ans pour les enfants issus de milieux défavorisés qui ne fréquentent aucun service éducatif.

Plutôt que de dépenser 900 millions $ en infrastructures et 430 millions $ par année pour offrir la maternelle 4 ans partout, le gouvernement Legault devrait mieux financer le réseau de Centres à la petite enfance (CPE) et réduire le nombre d’élèves par classe.

Le syndicat répond d’ailleurs à l’argument du gouvernement Legault selon lequel la maternelle 4 ans permettra d’effectuer un meilleur dépistage précoce des problèmes d’apprentissage. La CSQ plaide qu’il faut agir encore plus tôt.

“C’est entre l’âge de 0 et 3 ans que s’installent les fondements du langage, de la numératie, du contrôle des émotions et des comportements sociaux, de l’audition, et de la vision. Il faut donc intervenir tôt afin de donner toutes les chances à l’enfant de cheminer.”

La centrale syndicale réclame donc des ressources spécialisées “en nombre suffisant dans le réseau public des services éducatifs à la petite enfance, pour soutenir les intervenantes et intervenants qui réalisent les observations nécessaires au dépistage des difficultés des tout-petits”.

En outre, la CSQ souligne qu’il faudrait 3000 enseignants de l’éducation préscolaire supplémentaires pour offrir le service, alors qu’il manque de relève en enseignement.

Enfin, la CSQ exprime les inquiétudes des intervenantes en petite enfance, qui craignent de perdre une partie des enfants de 4 ans qui fréquentent leurs services. Le syndicat cite une analyse du ministère de l’Éducation, qui évalue les pertes d’emplois potentielles en milieu familial régi et subventionné à 196, si 50 pour cent des enfants de 4 ans fréquentaient la maternelle, et à 2317 emplois, dans un scénario à 80 pour cent.