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22/05/2020 11:45 EDT | Actualisé 22/05/2020 15:19 EDT

Combien de temps les masques mettent-ils à se décomposer?

Nouvel accessoire indispensable face à la crise sanitaire, le masque pose des questions de taille face aux enjeux environnementaux.

NurPhoto via Getty Images
Les masques de protection respiratoire individuelle et chirurgicaux ne sont pas dégradables.

Obligatoire dans les transports et dans de nombreux commerces en France, le masque est devenu l’outil indispensable face à la crise du coronavirus.

Pourtant, alors que le déconfinement est désormais en cours depuis une dizaine de jours en France, sur les réseaux sociaux, des photos montrant des masques abandonnés en pleine nature pullulent. Or, si jeter sa protection est un geste anodin, il n’en a pas moins des conséquences environnementales durables.

500 ans pour le polypropylène 

Les masques chirurgicaux et FFP2 (protection respiratoire individuelle) sont tous deux réalisés à partir de polypropylène, un polymère qui s’apparente à du plastique. Ce type de matière est par exemple également utilisée pour réaliser des meubles de jardin. 

Largement légitime sur un plan sanitaire, son usage engendre une pollution sans précédent. ”Le polypropylène n’est pas biodégradable dans la nature, ni compostable. Il va se dégrader par l’action des UV, l’oxydation dans un processus qui peut prendre des dizaines voire des centaines d’années. Mais sans qu’au final il ne soit biodégradé”, explique au HuffPost Ludwik Leibler, membre de l’Académie des sciences et directeur de laboratoire au CNRS-ESPCI.

Ce sont en fait les mêmes problématiques qui se posent qu’avec le sac plastique qui met près de 450 ans à se dégrader, abonde Etienne Grau, enseignant-chercheur à l’Université de Bordeaux. “Ce n’est pas le pire des polymères, mais on estime généralement que le polypropylène massif met environ 500 ans à se dégrader, avec les masques comme il s’agit de couche fines, cela pourrait être légèrement plus rapide”, précise-t-il au HuffPost. En comparaison, on estime qu’une canette en aluminium prend près de 100 ans à se dégrader dans la nature, quand un mégot de cigarette prend un à deux ans.

Devenue invisible pour les yeux après cette dégradation, la pollution au polypropylène est pourtant toujours là. “Le polypropylène est assez friable, ses molécules vont se couper en plus petites molécules qui ne pourront pas être assimilées par l’environnement et qui vont donc entraîner une pollution”, explique-t-il. 

Même avant dégradation, ces masques peuvent venir boucher “les canalisations d’eaux usées et [perturber] les systèmes d’assainissement”, tout comme les lingettes désinfectantes jetées dans les toilettes, avertit le Centre d’information sur l’eau (CIEau), émanation des entreprises du secteur.

Les masques sont-ils recyclables?

Comme les objets conçus à partir de thermoplastique, le polypropylène des masques pourrait être dans une certaine mesure retransformé. “Recycler les masques en les fondant et en ajoutant par exemple du polypropylène vierge est envisageable, mais plutôt complexe”, détaille Ludwik Leibler. “Le problème, ajoute Etienne Grau, c’est que cela supposerait de séparer les éléments et les différentes couches à un niveau infime.”

Surtout, cela suggérerait d’organiser un ramassage spécifique comme pour les piles ou les batteries, avec évidemment des enjeux sanitaires: le nouveau coronavirus pouvant rester plusieurs jours sur la surface d’un masque.

Dans les hôpitaux, les masques utilisés font partie de la famille des déchets à risque gérés par la DASRI et sont orientés vers des incinérateurs. Rien de tel en revanche dans le grand public, une situation qui expose de fait les personnes responsables du ramassage des ordures.

À cet égard, certaines municipalités ont demandé un renforcement des amendes. Une proposition de loi visant à passer l’amende de 68 à 3000 euros a également été déposée par le député LR des Alpes-Maritimes Eric Pauget.

Dans une publicité vidéo, le ministère de la Transition écologique rappelle lui qu’un masque usagé doit être jeté dans un sac poubelle dédié et fermé. Ce dernier devra être conservé pendant 24 heures avant d’être mis dans le bac à ordures ménagères.

Des masques bientôt réutilisables?

Pour pallier ce problème de pollution, plusieurs scientifiques, industriels et médecins ont lancé un groupe de recherche qui vise à explorer les différents moyens de stériliser un masque après son utilisation.

Comme l’explique le professeur Philippe Cinquin au journal du CNRS, quelques résultats préliminaires s’avèrent prometteurs. “Concernant les masques chirurgicaux, nous avons montré qu’ils conservent leurs performances après un lavage jusqu’à 95 degrés. Nous avons également de très bons résultats avec l’autoclave et les rayons gamma. (...) Sur les masques FFP2, les premiers résultats obtenus par l’agence Apave de Grenoble montrent que le traitement à l’oxyde d’éthylène en conserve les performances. (...) Enfin, Olivier Terrier et nos collègues tourangeaux, vient de réussir à démontrer que la chaleur sèche à 70 degrés détruit très efficacement une charge virale calibrée déposée sur des masques chirurgicaux et FFP2″, détaille-t-il.

La solution ne se trouve pas forcément dans les masques en tissus - dont la confection comme le recyclage engendre également un certain coût pour l’environnement, rappelle Etienne Grau - mais peut-être dans de nouveaux matériaux. Plusieurs initiatives ont déjà été lancées en ce sens. Au Canada, des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) ont notamment conçu un masque en fibre de bois biodégradables.

Ce texte a été publié originalement dans le HuffPost France.

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