Masque dans les garderies: la langue des signes comme palliatif

Aussi appelée «communication gestuelle», cette pratique permet de pallier certains problèmes engendrés par le port du masque rendu obligatoire à cause de la COVID-19 dans les garderies françaises.
Avec le masque obligatoire en crèche, comment la langue des signes peut aider
Avec le masque obligatoire en crèche, comment la langue des signes peut aider

COVID-19 - Jeudi 17 septembre, Olivier Véran - ministre de la santé français - a annoncé que les professionnels des garderies en France doivent désormais systématiquement se plier au port du masque. Une obligation qui pourrait compliquer la communication avec les enfants, qui ont besoin des expressions du visage.

“Nos émotions passent par notre visage qui donne aux enfants des signaux sur notre manière d’évaluer une situation”, explique ainsi auprès de RTS Fabrice Clément, professeur en sciences de la communication et de la cognition. “C’est en regardant les expressions affectives des autres qu’ils décryptent leur environnement et adaptent leur comportement. Avec le masque, ils perdent une partie de ces informations”, poursuit-il.

C’est aussi l’avis de Delphine Miras, ancienne directrice de crèche, mais toujours active au sein du réseau Crèche Attitude. “Avec le masque qui couvre 50% du faciès, le lien d’attachement a du mal à se développer. La bouche et les expressions du visage sont des vecteurs de communication et de compréhension pour les bébés”, souligne-t-elle auprès du HuffPost.

Langue des signes adaptée aux bébés

Mais, selon elle, une pratique peut beaucoup aider à pallier le port du masque: la communication gestuelle. Celle méthode de communication est pratiquée dans au moins 60% des 290 crèches du réseau Crèche Attitude. De quoi s’agit-il?

La communication gestuelle est une forme de langue des signes, adaptée aux bébés. Cette pratique “aide tous les enfants, pas seulement ceux en situation de handicap, surtout lorsqu’ils sont trop jeunes pour parler. Ils peuvent par exemple demander à boire de l’eau bien plus tôt que s’il avait fallu attendre qu’ils puissent dire ‘de l’eau’”, explique Delphine Miras.

“Cette forme de communication permet de répondre aux enfants de façon simple, quand un petit n’est pas en âge de verbaliser ses besoins, il peut malgré tout assimiler un mot-clé à un besoin”, note Romain Brebion, directeur de crèche chez Les petits chaperons rouges à Montreuil. Parmi les mots-clés en langue des signes développés tôt chez les bébés: “encore” et “gâteau”.

Meilleure interaction

Au sein de cette crèche, la communication gestuelle est pratiquée depuis deux ans de façon sérieuse. Si elle n’est pas, selon Romain Brebion, un remède miracle au port du masque, elle est en tout cas une aide non négligeable, surtout pour les enfants qui la pratiquent depuis déjà un an. Ceux-ci “comprennent les signes qu’on leur propose”, indique-t-il. “La communication gestuelle permet d’avoir une meilleure interaction avec les enfants, de mieux comprendre leurs besoins”, ajoute-t-il.

Mais le masque continue à compliquer les choses, langue des signes ou pas. Car celle-ci “utilise aussi une partie du visage et, malgré tout, une partie des mots-clés en communication gestuelle ne passent pas avec le masque, car on perd certaines positions de bouche ou de lèvres”, précise-t-il.

Djamel Mekbel, coordinateur de l’association Crèche entreprendre, est de cet avis. “La communication gestuelle aide, sans être la panacée”, affirme-t-il, contacté par Le HuffPost. En temps normal, il est catégorique: “l’essayer, c’est l’adopter: elle permet aux enfants d’exprimer des choses avant d’avoir accès à la parole”. Selon lui, elle vient compenser un peu le fait de porter le masque, mais ne comblera pas tout le travail que doivent apporter les professionnels.

Trouver d’autres manières de communiquer

D’autres, comme Stéphanie Momey, directrice d’une crèche des Petits chaperons rouges, ne pratiquent pas la communication gestuelle, mais trouvent d’autres manières de gérer la crise. “On fait passer énormément de choses par le regard, le toucher, les interactions, on fait des jeux”, indique-t-elle, auprès du HuffPost.

“Avec le masque, les comportements changent forcément, on a peut-être plus conscience que la voix porte moins, on s’approche peut-être un peu plus des enfants pour leur parler, on adapte notre corps et notre communication”, poursuit-elle.

Cette directrice a aussi trouvé une astuce, que Romain Brebion mettra lui aussi prochainement en place: un trombinoscope des professionnels, avec ou sans masque, pour bien les identifier. Tous les moyens sont bons pour communiquer masqués.

Ce texte a été publié originalement sur le HuffPost France.