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02/12/2020 15:38 EST | Actualisé 02/12/2020 15:40 EST

Le masque est-il moins efficace chez les barbus?

Des recherches récentes suggèrent que les hommes barbus émettent plus de gouttelettes.

urbazon via Getty Images
Le fait d’avoir des poils qui sortent du masque augmente les «zones de fuites».

Certains experts estiment que les hommes devraient se raser la barbe afin d’assurer un ajustement optimal du couvre-visage, mais d’autres croient que tout dépend finalement de l’ampleur de la barbe — et si l’occupation de celui qui le porte exige un masque plus ajusté.

Les Centres américains pour le contrôle des maladies (CDC) ont publié en ligne une infographie sur les masques N-95 et les poils faciaux, décrivant les styles plus sécuritaires, y compris les moustaches de style «guidons» et «pinceaux», ou les barbichettes de style «boucs». D’autres styles débordent un peu trop du masque, comme des boucs plus larges, ou des barbes aux énormes favoris, comme le «Wolverine» de Hugh Jackman. 

Le médecin montréalais Christopher Labos rappelle toutefois que ces recommandations visent essentiellement les travailleurs de la santé: pour les masques ordinaires, en tissu, ce n’est pas très grave si la barbe déborde. «Si le masque vous couvre la bouche et le nez, il fait ce qu’il est censé faire», dit-il. «Qu’il y ait un espace sur le côté, ce n’est pas vraiment grave: il y a toujours un certain écart, barbe ou pas.»

Mais la docteure Jane Wang, de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), qui a beaucoup étudié les couvre-visages, n’est pas d’accord. Ses recherches récentes suggèrent que les hommes barbus émettent plus de gouttelettes. De façon générale, les «zones de fuite» se trouvent surtout autour du nez, du menton et des joues — et les masques plissés ont tendance à fuir plus que les autres. Or, le fait d’avoir des poils qui sortent du masque augmente cette «zone de fuites», soutient-elle. Sa recommandation pandémique: coupez la barbe!

Garder la barbe soignée et taillée

La docteure Lisa Bryski, urgentiste à Winnipeg, a vu plusieurs de ses collègues se raser la barbe afin de bien porter le masque. Elle suggère elle aussi aux hommes qui ne sont pas dans le milieu de la santé de se raser la barbe. «C’est un choix personnel, mais tout ce que vous faites pour augmenter votre propre protection et celle des autres est approprié ces temps-ci.»

«Sinon, garder la barbe soignée et taillée peut réduire la quantité de poils et aider à sceller le masque», convient-elle toutefois.

La docteure Bryski reconnaît que pour certains hommes, comme ceux de la communauté sikhe, la barbe peut faire partie intégrante de leur identité. Les sikhs considèrent la pilosité faciale et les cheveux comme sacrés. 

Sukhmeet Sachal, étudiant en médecine de deuxième année à UBC, propose une solution. Il fait partie d’un groupe qui distribue des «masques modifiés» aux hommes dans les gurdwaras — les lieux de culte sikhs. Ces masques, fabriqués par des bénévoles, s’enroulent autour de la barbe et se nouent sur le turban.

M. Sachal en a eu l’idée quand il est entré dans un gurdwara avec son père et n’a vu presque personne porter le masque. «Nous avons entendu des gens dire qu’il n’y avait pas de masques disponibles pour eux au magasin.»

Colin Furness, épidémiologiste à l’Université de Toronto, considère la barbe comme une «variable» , mais «pas un déterminant» dans la façon dont le masque peut s’adapter au visage. Un masque peut être mal ajusté, que vous ayez une barbe ou non, a-t-il rappelé. Et bien que la longueur des poils du visage ait un impact supplémentaire sur l’ajustement, il précise que le port d’un masque n’est qu’une des mesures sanitaires que nous devrions appliquer en période de pandémie. «Je ne pense pas que la barbe devrait être diabolisée.»

La docteure Wang estime de son côté que ceux qui décident de garder la barbe devraient toujours porter un masque. «Il sera moins efficace, mais ce sera mieux que rien.»