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13/02/2020 15:54 EST

Ottawa veut rencontrer des chefs autochtones pour mettre fin aux manifestations

Le ministre Miller a écrit une lettre à trois chefs autochtones de l’Ontario concernant la manifestation sur le territoire ancestral mohawk de Tyendinaga.

Lars Hagberg/La Presse canadienne
La manifestation sur le territoire ancestral mohawk de Tyendinaga a causé l’interruption du transport de marchandises et de passagers entre Toronto et Montréal.

OTTAWA — Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, et le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, tentent d’organiser des rencontres avec les dirigeants autochtones dans l’espoir de mettre un terme aux occupations de voies ferrées qui perturbent le transport de marchandises et de passagers au pays.

Le ministre Miller a écrit une lettre à trois chefs autochtones de l’Ontario concernant la manifestation sur le territoire ancestral mohawk de Tyendinaga, qui a causé l’interruption du transport de marchandises et de passagers entre Toronto et Montréal. Le ministre propose de rencontrer les chefs samedi à l’endroit de leur choix.

«Ma demande, que je vous prie de bien vouloir considérer, est de mettre fin à la protestation et aux barricades sur les voies ferrées dès que possible, a écrit le ministre Miller dans un courriel aux trois leaders autochtones de l’Ontario. Comme vous le savez bien, cette situation est très volatile et la sécurité de toutes les personnes impliquées est de la plus haute importance pour moi.»

«J’espère que vous accepterez cette offre et que nous pourrons nous rencontrer dans un esprit de paix et de coopération, qui guideront nos relations», écrit M. Miller dans son invitation qu’il a publiée sur sa page Facebook. Le ministre propose aux trois chefs de les rencontrer samedi à l’endroit de leur choix.

Le premier ministre Horgan a également rendu publique jeudi une lettre adressée à Simogyet Spookw, aussi appelé Norman Stephens, chef de la nation Gitxsan en Colombie-Britannique. Dans sa lettre, le premier ministre remercie le chef d’avoir tendu la main à son cabinet pour proposer une rencontre avec les chefs héréditaires des nations Gitxsan et Wet’suwet’en.

«Je confirme la volonté de notre gouvernement de participer à une telle rencontre», écrit M. Horgan, ajoutant que son bureau avait exhorté le gouvernement fédéral à répondre le plus rapidement possible à cette invitation. «Je comprends qu’à la réception de cette lettre et d’un engagement similaire d’Ottawa, le blocus de la voie du CN sera levé pour permettre une période de dialogue calme et pacifique.»

Un porte-parole du cabinet du premier ministre a confirmé que M. Horgan faisait référence à l’occupation des voies près de New Hazelton, en Colombie-Britannique. Via Rail a suspendu le service normal entre Prince Rupert et Prince George à cause de cette occupation. M. Stephens, quant à lui, n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire, jeudi.

Au même moment, à Vancouver, des dizaines de manifestants ont occupé jeudi le bureau de circonscription du Procureur général de la province, David Eby. Leur porte-parole, Herb Varley, a indiqué qu’ils voulaient dénoncer le rôle du ministre Eby dans ce qu’il a appelé «le génocide persistant des peuples autochtones».

À Québec, le premier ministre François Legault a déclaré jeudi matin qu’il avait discuté avec son homologue ontarien, Doug Ford, de ce dossier qui «crée beaucoup d’inconvénients et au Québec, et en Ontario», a-t-il dit. «On est tous les deux d’accord pour dire que c’est d’abord un problème fédéral — on parle d’un gazoduc en Colombie-Britannique —, c’est à Justin Trudeau à régler le problème», a soutenu M. Legault en marge de la réunion hebdomadaire du caucus des députés caquistes à Québec.

Perturbations à Via Rail

Via Rail a prolongé jeudi l’annulation du service de trains de passagers entre Montréal et Toronto et entre Ottawa et Toronto, à cause d’une occupation des voies à Belleville, en Ontario. Par ailleurs, le service de trains de banlieue entre Candiac et Montréal était toujours interrompu jeudi à cause de l’occupation des voies à Kahnawake depuis la fin de semaine dernière. Les manifestants ont déclaré mercredi qu’ils resteraient en place tant que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ne quitterait pas le territoire de la nation Wet’suwet’en.

Les organisateurs de tels moyens de pression à travers le pays sont solidaires des opposants au projet de gazoduc Coastal GasLink qui doit traverser le territoire ancestral de la Première Nation Wet’suwet’en près de Houston, dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique. Des voies ferrées ont été occupées lorsque la GRC a exécuté la semaine dernière une injonction prononcée par le tribunal contre les chefs héréditaires de Wet’suwet’en et leurs partisans, qui bloquent la construction du gazoduc.

Coastal GasLink constitue un élément clé du projet d’exportation de gaz naturel liquéfié de l’entreprise LNG Canada, estimé à 40 milliards $.

Au Manitoba, le premier ministre Brian Pallister a prévenu que le ministère de la Justice demandera une injonction pour mettre fin à une occupation à l’ouest de Winnipeg, qui sera appliquée dans quelques jours.

On apprenait par ailleurs mercredi que deux chefs héréditaires de la première nation Wet’suwet’en contestent en Cour fédérale la constitutionnalité des projets de combustibles fossiles, sur la base des engagements internationaux du Canada en matière de réduction des gaz à effet de serre.

Coastal GasLink plaide qu’elle a conclu des ententes avec les 20 conseils élus des Premières Nations le long du parcours de 670 kilomètres du gazoduc projeté. Mais les chefs héréditaires de la première nation Wet’suwet’en affirment qu’ils détiennent un droit de propriété sur une grande partie du territoire ancestral et qu’ils n’y ont jamais renoncé en signant un traité. Ils soutiennent que le projet ne peut pas aller de l’avant sans leur consentement et ils sont allés à plusieurs reprises devant les tribunaux pour l’arrêter — sans succès jusqu’ici.

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