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31/05/2020 19:16 EDT | Actualisé 01/06/2020 08:21 EDT

Des milliers de manifestants contre la violence policière raciste à Montréal

Parmi la foule rassemblée près du quartier général du SPVM, plusieurs manifestants ont fait référence à Pierre Coriolan, Nicholas Gibbs et Bony Jean-Pierre, tous des Noirs tués au cours d’interventions policières.

Graham Hughes/THE CANADIAN PRESS

Manifestants gazés, vitrines fracassées et indignation brûlante: cette scène observée à travers les États-Unis dans les derniers jours s’est transposée au centre-ville de Montréal dimanche.

La manifestation a débuté en fin d’après-midi, à proximité du quartier général du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Plusieurs milliers de personnes ont empli le parterre du Quartier des spectacles et les rues avoisinantes pour dénoncer la violence raciste et l’impunité policière, dans la foulée de la mort de George Floyd, cet Afro-Américain qui a péri lors d’une intervention policière lundi dernier à Minneapolis.

Onze personnes ont été arrêtées selon un bilan partiel livré lundi matin par le SPVM. L’enquête policière se poursuit et d’autres arrestations pourraient être faites.

En se déplaçant vers le square Dorchester, la foule s’étirait à perte de vue sur le boulevard René-Lévesque, scandant des slogans tels que “No justice, no peace!” et “I can’t breathe”, en référence aux derniers mots de George Floyd et d’Eric Garner, un autre homme noir mort aux mains de policiers en 2014 aux États-Unis.

Le militant de longue date Will Prosper, qui faisait partie de l’organisation de la marche, affirme n’avoir jamais vu un aussi grand mouvement pour la cause antiraciste au Québec.

“Pour que les gens sortent en période de coronavirus pour venir donner ce message-là, c’est parce qu’on ne tolérera plus ça ici”, a déclaré le cofondateur de Hoodstock, lui-même un ex-policier.

La manif en photos:

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Car l’événement se voulait non seulement une démonstration de solidarité avec la mobilisation au sud de la frontière, mais aussi l’occasion de décrier les violences vécues ici même, au Québec et ailleurs au Canada.

“Black lives matter ici aussi” et “Canada, you also got blood on your hands”, pouvait-on lire sur des pancartes brandies par les participants, qui ont notamment évoqué Alain Magloire, Bony Jean-Pierre, Pierre Coriolan et Nicholas Gibbs, tous des hommes racisés tués dans des interventions du SPVM.

Le souci de ne pas propager la COVID-19 est resté présent tout au long de la marche, avec plusieurs appels à maintenir une distance de deux mètres entre les participants, qui avaient été invités à porter un couvre-visage – une consigne respectée par l’immense majorité d’entre eux. Des masques supplémentaires étaient également distribués sur place, tout comme du désinfectant à mains.

Après quelques discours et un moment de recueillement avec les poings levés, la manifestation officielle a pris fin vers 19h, sur une invitation à manifester à nouveau dimanche prochain.

Plusieurs centaines de personnes ont rebroussé chemin vers le quartier général du SPVM, dans une ambiance toujours festive.

Quelques minutes auparavant, le SPVM a écrit sur son compte Twitter avoir observé des “comportements illégaux” sans en préciser la teneur. Sur place, La Presse canadienne a constaté que tout écart de conduite était rapidement rabroué par la foule.

Grabuge en soirée

Au retour des manifestants à leur point de rencontre, deux barrages policiers continuaient de bloquer l’accès au quartier général du SPVM sur la rue Saint-Urbain, à l’intersection avec les rues Sainte-Catherine et de Montigny, donnant lieu à des face-à-face tendus avec des agents en tenue antiémeute. La Sûreté du Québec était également présente.

L’ordre de dispersion est venu peu après 20h sur Twitter et la situation a rapidement dégénéré. Des gaz lacrymogènes ont été utilisés sur le parterre du Quartier des spectacles d’abord, où des casseurs ont tiré des projectiles dans la direction des policiers et saccagé les immeubles ainsi que des chantiers de construction environnants.

Les policiers ont mis plusieurs heures à dégager le secteur, employant à répétition des gaz lacrymogènes. Plusieurs vitrines de commerces ont été fracassées sur la rue Sainte-Catherine.

La Presse canadienne a observé une manifestante tomber au sol et se cogner la tête sur un muret de béton après avoir été plaquée par un agent. Celle qui se prénomme Aisha avait décidé de défier l’ordre de la police. “Qu’est-ce que ça veut dire “illégal″? L’esclavage était légal”, a souligné la jeune femme.

Une manifestante s’identifiant comme Leah a elle aussi choisi de rester sur place malgré les avertissements des policiers.

“Pour moi, la marche n’était pas finie, a-t-elle déclaré, peu après avoir été gazée. On fait juste rester là, on exprime notre mécontentement, on montre notre support et c’est ça que ça donne. Les policiers supportent un système qui est contre nous.”

Vers 22h, il ne restait plus que quelques irréductibles éparpillés dans le centre-ville et à minuit, le SPVM n’avait toujours pas fait le bilan des arrestations.

Des messages d’appui

Le SPVM avait initialement écrit un message d’appui aux manifestants, sans doute une première. “Le SPVM souhaite exprimer son désarroi devant la situation qui fait écho partout dans le monde suivant le décès de Georges Floyd. Autant le geste posé que l’inaction des témoins présents vont à l’encontre des valeurs de notre organisation”, pouvait-on lire.

“Soyez assurés de notre soutien et de notre accompagnement pour la manifestation pacifique tenue à Montréal en appui à toute la communauté. Nous respectons les droits et le besoin de chacun de dénoncer haut et fort cette violence et serrons à vos côtés pour assurer votre sécurité”, a-t-on ajouté.

La mairesse Valérie Plante avait également tenu à condamner ” les violences, le racisme et les discriminations systémiques” plus tôt dans la journée. “Peu importe le statut, origine ou couleur de peau, tous sont en droit de s’attendre à un traitement juste et équitable et je ne ferai aucun compromis à cet égard à Montréal. La Ville est engagée dans un important chantier de lutte contre les profilages racial et social”, a-t-elle écrit.

Son message a toutefois été mal reçu par les militants qui se sont succédé au micro avant le début de la marche pour exiger des actions plus concrètes pour lutter contre le profilage racial, entre autres.

Le premier ministre François Legault y est également allé d’un message de soutien en soirée: “La mort de George Floyd est une tragédie d’une tristesse sans nom. Ça nous rappelle que le racisme est un mal qui existe encore. Tous les humains sont égaux, peu importe la couleur de leur peau. Continuons le combat pour enrayer le racisme.”

Par ailleurs, la mobilisation aux États-Unis continue de faire des petits à l’international. Au cours du weekend, des rassemblements similaires ont pris place à Londres, à Copenhague et à Berlin, entre autres. Des milliers de Torontois sont également descendus dans la rue, samedi, quelques jours après la mort de Régis Korchinski-Paquet, tombée du balcon d’un appartement situé au 24e étage en présence de policiers dans la Ville-Reine.

À VOIR: nouvelle nuit d’émeutes aux États-Unis