POLITIQUE
14/06/2020 19:11 EDT

Un an après, une manif dénonce la Loi sur la laïcité de l'État

Ils veulent rappeler qu'ils n'ont pas l'intention de baisser les bras.

Graham Hughes/PC

MONTRÉAL — Les opposants à la Loi sur la laïcité de l’État ne digèrent toujours pas cette pièce législative qu’ils considèrent comme étant discriminatoire. À deux jours de l’anniversaire de l’adoption de la loi sous bâillon, une centaine de manifestants se sont rassemblés dimanche à Montréal.

Cette loi, connue avant son entrée en vigueur sous le nom de «projet de loi 21», avait soulevé un énorme tollé parmi une partie de la population québécoise, mais surtout dans le reste du Canada. Elle a été officiellement adoptée sous bâillon le 16 juin 2019.

Depuis, il est interdit à certains employés de l’État québécois, principalement des personnes en position d’autorité, incluant les enseignants, de porter tout symbole religieux dans l’exercice de leurs fonctions.

«C’est une année de trop», a lancé en début de discours la présidente du groupe Justice Femme, Hanadi Saad, qui s’est rappelé avoir entendu François Legault dire, l’an dernier, que sa loi venait mettre fin au débat.

«On est là pour lui prouver que ce n’est pas terminé! On est là et on va être dans la rue et on a des poursuites judiciaires jusqu’à l’annulation de la loi soi-disant sur la laïcité», a-t-elle poursuivi sous les encouragements des manifestants.

Pour les militantes, puisqu’une forte majorité de femmes ont pris le micro, il s’agit d’abord et avant tout d’un autre symptôme du racisme systémique qui ronge la société québécoise.

De son côté, le coordonnateur de la coalition Non à la Loi 21, Ehab Lotayef, a fait un pas de plus en dressant un lien direct avec la violence et les meurtres commis contre les Noirs et les Autochtones.

«Je l’admets, les musulmans ne se font pas tuer dans les rues de l’Amérique du Nord aujourd’hui. Mais on assiste malheureusement à la naissance des racines de ce qui pourrait mener à de tels meurtres dans le futur», a-t-il affirmé en ajoutant que ce combat pour l’égalité vise à prévenir d’éventuelles violences.

D’ailleurs, le groupe Justice Femme dit avoir recensé des dizaines d’incidents d’actes haineux, d’intimidation ou de discrimination envers des femmes musulmanes au Québec depuis l’adoption de la loi rédigée par le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion Simon Jolin-Barrette.

Depuis qu’elle a été sanctionnée, la Loi sur la laïcité de l’État a fait l’objet de nombreuses contestations judiciaires qui suivent actuellement leur cours devant les tribunaux. L’une de ces contestations a été déposée par Ichrak Nourel Hak, une étudiante sur le point d’obtenir son diplôme en enseignement, qui réclame le droit d’exercer son métier.

La loi 21 ne protège pas l’identité québécoise, elle est créée pour faire du profilage religieux et racial particulièrement envers les femmes, surtout les femmes musulmanesHanadi Saad, président du groupe Justice Femme

 

«Je ne peux pas croire qu’en 2020, je suis là devant vous à essayer de vous faire comprendre que mes droits sont bafoués. Je ne peux pas croire que je doive encore me battre pour faire comprendre qu’il n’est pas question que j’abandonne mon rêve pour apaiser de fausses craintes», a lancé la militante à la foule réunie devant le bureau du premier ministre Legault, rue McGill College.

Un combat antidiscrimination

En plus des groupes qui s’opposent à la discrimination religieuse, on retrouvait parmi la foule des membres d’autres organismes solidaires contre la discrimination, comme des militants trans ou écologistes qui réclament une véritable justice sociale.

«Je pense que ça s’inscrit dans cette montée des voix populaires qui sont fatiguées de toute cette discrimination, ce racisme systémique», a souligné la militante pour les droits de la personne Ève Torres. Elle souligne que le groupe Justice Femme a également appuyé le mouvement «Black Lives Matter» et celui visant la régularisation des anges gardiens demandeurs d’asile.

Pour la militante trans Marly Beauchamp, toutes les personnes marginalisées devraient se sentir concernées par une loi qui fait appel à la disposition de dérogation précisément parce qu’elle viole des droits et libertés.

«Une fois qu’un gouvernement se permet de suspendre les chartes pour passer une loi qui brime les droits pour une laïcité théorique, je ne vois pas ce qui l’empêcherait de brimer les miens en tant que personne LGBT pour faire plaisir à un électorat plus conservateur», a-t-elle mis en garde.

Et s’il existe encore un doute sur la persistance des opposants, Idil Issa, qui avait témoigné au nom de la Fédération des femmes du Québec en commission parlementaire préalable à l’adoption de la loi, a promis de ne jamais se taire.

«Que vous soyez musulmans, juifs, sikhs, athées, je vous demande de faire appel à votre tradition de justice et de vous unir contre cette loi, a-t-elle déclaré. Chaque année qui passe, tant que cette loi sera en vigueur, je vais prendre la parole», a promis Mme Issa qui siège au Conseil interculturel de Montréal.