POLITIQUE
23/09/2020 11:31 EDT | Actualisé 23/09/2020 15:39 EDT

Pas de police dans les domiciles sans mandat, pour l'instant, dit Guilbault

Elle a donné des précisions à la suite des propos qui portaient à confusion du Dr Arruda, mardi.

Jacques Boissinot/La Presse canadienne
La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a tenu un point de presse, mercredi matin, pour nuancer des propos du Dr Horacio Arruda.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a dû corriger le tir, mercredi, à la suite des propos controversés tenus la veille par le directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda, quant aux pouvoirs à octroyer aux policiers en vue de sévir contre les partys et autres rassemblements dans les maisons privées.

Le gouvernement n’a pas l’intention “pour l’instant” d’autoriser les policiers à entrer dans les domiciles sans mandat pour réprimer les rassemblements qui bafouent les directives sanitaires, a affirmé Mme Guilbault, en point de presse.

Mais cela n’a pas suffi pour calmer la grogne des partis d’opposition.

Selon la cheffe de l’opposition officielle, le temps est venu pour le gouvernement de “recadrer” le Dr Arruda, qui tient des propos “plus que nonchalants” et adopte “une attitude qui est irresponsable” sur une question sensible, a déploré Dominique Anglade, dans une entrevue téléphonique à La Presse Canadienne mercredi.

Jacques Boissinot/La Presse canadienne
Après avoir séduit le public au début de la pandémie avec ses expressions colorées et son sens de l'humour, le directeur national de santé publique, Dr Horacio Arruda, fait maintenant l'objet de critiques de plus en plus soutenues.

Elle estime que les affirmations du Dr Arruda ne sont en fait que le reflet du message confus livré par le gouvernement depuis la semaine dernière, alors que s’enchaînent les déclarations et les rétractations dans la gestion de la pandémie.

“Pourquoi c’est irresponsable? C’est parce qu’on parle d’un enjeu qui est vraiment important”, celui des droits fondamentaux, insiste la cheffe libérale, considérant “totalement inappropriée” et “injustifiable” l’idée de permettre à la police d’entrer chez les gens sans mandat.

“C’est comme si c’était banal”, dit-elle, estimant qu’on semble “prendre à la légère” le fait d’envisager s’attaquer au caractère réputé inviolable du domicile, reconnu par les Chartes des droits.

Le Dr Arruda “doit rester dans son rôle de santé publique” et cesser de faire de la politique, plaide Mme Anglade, persuadée “qu’il y a un recadrage à faire, certainement” de la part du gouvernement.

La veille, le Dr Arruda avait causé la surprise en affirmant en conférence de presse que les policiers allaient bientôt pouvoir intervenir dans les résidences privées sans mandat. ”Ça s’en vient”, a-t-il affirmé, “imminemment”, justifiant cette approche par l’urgence sanitaire.

Sauf que quelques minutes plus tard, il se rétractait, ajoutant au climat de confusion. “Je retire mes paroles”, a dit le Dr Arruda, précisant qu’il n’était pas avocat.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, avait renchéri pour dire: “s’il faut aller là, on va y aller”, avant d’ajouter qu’une annonce pourrait suivre “dans les prochains jours”.

Légalement, la police ne peut pas entrer dans une maison privée sans avoir d’abord obtenu un mandat accordé par un juge.

Depuis des jours, le gouvernement cherche le moyen de tenir compte de cette réalité, tout en s’assurant que ses directives seront observées.

Mercredi, la ministre Guilbault a dit que le gouvernement voulait permettre aux policiers de remettre des “constats d’infraction” aux délinquants dans les lieux privés, au lieu de “rapports d’infraction”, une mesure “plus dissuasive”, sans pour autant franchir le seuil de la maison.

Elle n’a cependant pas exclu une intervention policière plus musclée dans les domiciles, ultérieurement.

“Personne n’a de boule de cristal. Il ne faut jamais dire jamais”, a-t-elle dit, ajoutant que ce n’était pas dans ses plans “pour l’instant”.

 

Comme la cheffe libérale, le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois est d’avis que le gouvernement s’enfonce jour après jour, en affichant “de graves problèmes de communication”, qui entraînent de la confusion dans le message transmis à la population.

“Le gouvernement doit arrêter de semer le doute sur des enjeux aussi importants que ceux-là. On est censé être en gestion de crise. On ne peut pas avoir des messages ambigus et des messages flous sur des éléments aussi sensibles dans le contexte actuel”, a-t-il dit, annonçant que son collègue Alexandre Leduc allait déposer une motion en Chambre pour forcer le gouvernement à clarifier sa position et exclure l’ajout de pouvoirs aux policiers pour entrer dans les domiciles sans mandat.

La motion a été adoptée.

Le chef par intérim de l’opposition péquiste, Pascal Bérubé, a jugé le dossier préoccupant lui aussi “parce que c’est intrusif” dans la vie privée des citoyens.

Lui aussi demande au gouvernement de clarifier son message.

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